Cher Robert,

C’est avec une énorme émotion que j’ai pour la première fois écouté ton titre  » When a Woman Love». Cette Ballade soul estampillée 70’s portée par ton timbre qui n’a rien perdu de sa chaleur m’a rappelé comme à tous ceux de ma génération et celles plus âgées  à quel point tu avais pu compter dans nos vies et à quel point quelque part tu le fais encore.

Certes tu en fais un peu des « tonnes » à l’image de cette couverture d’opus très  » Ray Charles». Certes tu n’es pas vraiment naturel et simple comme on aurait  voulu que tu le sois  et comme dans nos cœurs d’enfants souvent encore ta voix raisonne mais tu te rapprochais plus que jamais du toi qu’on avait connu et ça il faut bien le dire, ça n’a pas de prix.

Tu vois, une vingtaine d’années nous sépare mais j’ose m’adresser à toi  et par la même occasion te tutoyer parce qu’autant il est vrai que je cours sur ma 22eme année un peu à tâtons face à la vie de tous les jours , autant il serait tout aussi véridique  d’affirmer que tu as toujours été, à part entière, un des éléments de cette existence.

Je ne vais pas te faire le coup du fan complètement illuminé et du coup abjecte. (Non, Ta copine Mariah en a déjà fait assez à ce sujet avec le premier single de ses oubliables mémoires). Je ne vais pas te faire le coup du fan parce qu’au fond, je ne crois pas l’être et surtout parce que depuis que Pascal Obispo (T’occupes c’est un hippie français complètement ringard et désillusionné) a titré une de ses immondices par ce même mot, il me fait peur.

Je me considère plutôt comme un admirateur gracieux, une de ses personnes dont tu as bercé l’enfance avec des titres comme «  If Could Turn Back The Years »,  » You Remind Me Of something » , qui empruntait les vestes de son père pour t’imiter dans le clip de » Did You Ever Think ? » et qui  soigneusement a chacun de tes cds rangé à part dans une étagère au coin de sa chambre y compris le si mal nommé que tu nous livrais en 2009.

Un album que j’ai pour la première fois de ma vie hésité à acheter. Non pas que je le trouvais mauvais – bien qu’il soit encore clairement en dessous des pépites qui faisait que je t’appréciais –  mais surtout au vu des navets que furent ses 3 précédents. L’achat de cet album me faisait me sentir coupable, coupable de t’encourager dans cette sénilité qui t’entrainait, dans ce monde de médiocrité où tu voulais patauger et qui t’allait aussi mal que cette coiffure blonde platine que t’avais arboré  en 2008  pour la promotion du titre  » Haid Braider ».

Je dois t’avouer qu’à la vue première de cette vidéo, j’ai souhaité ta retraite. Plus précisément, j’ai cru que c’était un appel à l’aide, que tu souffrais d’être et réclamais là une euthanasie que j’aurais été par pur amour et respect (pour toi mais aussi pour mes oreilles) totalement à même de t’administrer. Nul n’aurait pu me pousser à prévoir ou à croire que tu reviendrais avec grâce via cette lettre d’amour  qui m’a, faut bien le dire,  pour le moins bouleversé.

Car hormis et surtout passé cet effet d’euphorie lié au fait de te revoir faire de la musique pour adultes, il y avait encore cette peur de la dérive, cette peur  de te voir verser dans le jeunisme au milieu de l’opus ou encore de voir les réelles failles que ton talent avait pu subir avec les années et donc finalement d’être déçu.

Il n’en sera rien. Aux questions subtilement évoquées sur le refrain du merveilleux titre qui donne son nom à l’intitulé de l’album:Did you get my card?Did you read my love letter?Did it touch your heart?When you read my love letter

Je répondrais  par 3  » Yes« .

Oui Robert, j’ai reçu ta carte. J’ai reçu cet opus dont la cohérence et la classe rappellent celle d’une carte postale que tout amoureux (se)  aimerait recevoir et où toute ta voix telle un enchantement colore et égaille les paysages simples mais non moins paradisiaques qu’évoque l’ensemble.

Oui Robert, j’ai lu les mots d’amour au dos de ta carte. Je les ai lu en profondeur et je me suis nourris de cette odeur 2 step qui en émane et qui a égayé tout mon Décembre. Number One Hit, Lost In Your Love ,Just Like That,Radio Message ou encore How Do I Tell Her, les titres qui prouvent que tu n’a finalement pas grand-chose à envier au R de tes débuts sont nombreux et insolemment succulents. Productions fines, glamour et soigneusement accordées. On vogue littéralement en ta compagnie dans ce monde où chaque mot semble venir du cœur et où cœur rime avec charme qui lui-même s’accorde avec classe. Les subtiles références à  MJ sur les pépites que sont Not Feeling The Love, le terrible Taxi Cab ou encore la reprise qui constitue finalement une suite au You Are Not alone que t’avais écrit se pose comme de la crème chantilly sur un gâteau à la fraise déjà bien savoureux.

Pour la 3eme question : Did It Touch Your Heart ?, oui, j’ai été touché par ta lettre mais je crois tu le sais et que c’est un 3eme Yes inutile, j’en ai déjà trop dit plus haut. Ce qui est certain, c’est qu’au même titre que « TP »,  » TP 2 Com », R.Kelly’‘et  «  R.», cet album s’inscrira parmi les meilleurs de ta discographie. Un de ses albums dont on sait qu’ils ne vielleront pas parce qu’au fond il représente l’essence de la musique. Love Letter m’a touché parce qu’il redonne envie de croire au sentiment glorieux mais pas seulement, au-delà de ce simple  trait de caractère: c’est une délicate déclaration d’amour de l’artiste le plus talentueux de ses 25 dernières années à la musique, à l’espoir et  en cela tout amoureux de cette même musique ne peut qu’en être touché ou du moins rassuré.

Cet opus est la preuve que le talent, le vrai ne meurt jamais quel qu’en soit les épreuves. Une leçon de vie déguisée en voyage à Venise.

Merci, Robert.

En 15ans d’un suivi sans réelle faille, je crois n’avoir jamais été aussi fier de t’admirer.

17,5/20.

Cadeau.