Jennifer Hudson est un cas spécial dans l’industrie du disque, candidate malheureuse à American Idol. Elle a cependant trouvé grâce aux yeux du grand public en ridiculisant contre toute attente Beyonce dans le remake du «  Dreamgirls« . Le film censé servir de tremplin  pour la carrière cinématographique de la fille Knowles est finalement devenu une réelle revanche sur la vie pour Hudson. Instantanément le fameux producteur Clive Davis (derrière les carrières de   Whitney, TLC, Aretha, Pink, Toni Braxton) l’a pris sous son aile et pendant que sa reprise du « And I Am Telling You I’m Not Going »  faisait sensation dans les  cérémonies, on lui a fait enregistrer son premier album avec la crème des producteurs de R&B  de l’époque.

1.Les débuts en gueularde revancharde.

Éponyme, le premier projet d’Hudson est un opus  extrêmement vocal, si ce n’est gueulard. Pour rebondir sur le succès et le buzz du single et du film, Clive avait demandé qu’on lui concocte des titres facilement criards. Sans perdre l’objectif d’une certaine modernité et qualité avec les singles ( Spotlight, This Can’t Be Love), des chansons comme «  Giving Myself »,  « My Heart », « Can’t Stop The Rain » montraient bien la forte volonté de faire de la chanteuse, une nouvelle version des Patti Labelle, Jennifer Holiday, ou autres real soul woman.

On était dans le pur revival de ce genre de chanteuses noires  qui portent un lourd vécu, un réel message et tout semblait concorder vu qu’Hudson n’avait pas une taille de mannequin et a perdu plusieurs membres de sa famille pendant  la promotion même de l’album.  Comment ne pas avoir  de la sympathie pour quelqu’un qui vit des choses  aussi horribles mais reste debout, chante, crie sa peine devant vous? C’était ça le plan marketing de Clive Davis avec sa nouvelle poulaine. Il  lui avait façonné une image de  » vilain petit canard » fort, rassembleur. Elle ne ressemblait pas aux autres chanteuses de R&B, elle avait battu Beyonce et son image de fille sage et lisse mais ne comptait pas s’arrêter là, elle en voulait donc il fallait la soutenir. C’est ce genre d’histoires qu’on aime bien normalement dans les ghettos américains, ça fait fondre et il y aurait du avoir un front ou une levée Hudson mais ça n’a pas eu lieu. Elle a provoqué beaucoup d’émules certes mais n’a pas suffisamment su toucher le public de sorte que celui-ci aille acheter son album.

Environs 760.000 ventes aux U.S.A. Pour la période, l’exposition maximale et le fait qu’elle ait eu des prix et chanter à quasiment toutes les cérémonies (Golden Globes, Oscar, Grammys), c’était maigre. Correct quand on est gentil mais bien maigre comparé aux objectifs d’un Clive Davis.

2. La transformation en Whitney Houston.

Ce dernier a donc entrepris de changer de technique. Pour commencer, il l’a maintenu médiatiquement. Il n’y a pas un hommage, une cérémonie ou un deuil où il n’a pas réussi à la caser entre 2009 et 2010, enceinte ou pas enceinte, elle chantait.  Dans le même laps de temps, on a eu le retour de Whitney Houston avec  » I Look You« . Un retour très mal géré médiatiquement parce cette dernière ne voulait pas assurer de grosses promotions mais bizarrement, elle a trouvé près de 2 millions de preneurs assez facilement. Illumination dans la tête de Clive, ce sera ça :J.Hudson sera ma nouvelle Whitney vu que j’ai énormément de mal à gérer la vraie.

On a appelé Jennifer, on lui a fait faire un régime, on lui a donné une image toute lisse et surtout on lune liste de producteurs pour son second album absolument identique à celle du  » I Look To You » de Whitney. R.Kelly, Swizz Beats, Alicia Keys, Manson,  Stargate tous les gars présents sur «  I Look To You » ou presque se sont retrouvés pour  » I Remember Me » et  là tout a changé.  L’image est devenue plus glamour, plus svelte, ce n’est plus la fille ghetto qu’il faut soutenir, c’est la diva  en devenir, qui s’assume et chante sans trop crier. Car en effet, l’autre grosse surprise de l’opus réside  dans le chant. R.Kelly lui ré-apprend totalement à poser sa voix, sur  » I remember Me« ,  tout est doux, scolaire, maîtrisé et l’opus est de bonne facture. On retrouve toujours les petits hommages à sa famille décédée mais c’est fait de manière plus fine, plus classe, plus diva. En la regardant de très loin dans ses premières émissions promos, on pourrait voir Whitney 2 ans avant. Dans la manière de se poser, dans la gestuelle, on est bien dans le travail de l’image mais cette fois là encore, le public américain ne mord pas. Ils aiment bien Jennifer Hudson donc elle passe dans pleins de show télés et ils la regardent mais il n’y pas le truc qui fait en sorte qu’ils vont tous se jeter sur l’album. Loin de là, celui ci séduit seulement 430.000 d’entre eux en fin de vie. C’est une nouvelle fois correct, très correct mais bien loin de ce qu’on pourrait attendre au vu de son exposition.

[Chronique] Jennifer Hudson – Jhud.

3. De La R&B Girl à la Dancefloor Queen?!

Nous sommes à ce moment-là en fin 2011 et Clive Davis  un peu à court d’idées va lâcher Arista à RCA. Du coup avant de totalement le faire, il se dit et si on essayait la carte de la chanteuse R&B typique. On ne peut pas rééditer l’opus, ça causerait trop de pertes si ça ne marchait pas. Alors on trouve la vielle technique, à savoir une bande originale de films. C’est dans cet esprit-là qu’il lui fait enregistrer  » Think Like a Man » avec Ne-Yo et Rick Ross. Pour la 3eme fois de sa carrière, Hudson change encore d’image. On laisse tomber le côté un peu diva, très maîtrisé  pour revenir dans le ghetto dansant à la Keri Hilson, Brandy et autres chanteuses plus classique. L’exact contraire de ce qu’elle était censée représenter dans ses débuts.  Il essaie de tester les eaux pour savoir si cette voie-là lui conviendrait mieux et une nouvelle fois, c’est un échec. La chanson  n’arrive pas à faire un top 30 dans les charts R&B et  ne séduit pas plus sur Itunes même après la sortie du film et quelques lives télés.

A ce moment l’équation se complexifie car tous les domaines testés avec elle ont des réceptions plutôt tièdes ou juste polis, aucune explosion. Il n’y a passablement rien qui fasse en sorte qu’elle emballe totalement le public. Son nom reste bien plus grand que sa carrière réelle. Dans la foulée Whitney Houston meurt et pour Davis, c’est un peu un point de non-retour. Il force et fait en sorte qu’elle soit quasiment toujours la seule à lui rendre hommage mais c’est un peu le geste du père désespéré qui ne veut pas totalement accepter la réalité. Pour cause? L’idée de faire une  » nouvelle whitney » était  plutôt bonne tant que Whitney vivait. C’est à dire que l’image de Whitney plutôt mauvaise aux yeux du grand public à l’époque aurait pu bénéficier à la nouvelle. Les gens se seraient dit «  au moins, elle sait chanter, au moins elle ne se drogue pas..« , il y aurait pu avoir de comparaison entre la diva déchue et la diva montante qui aurait été au profit de la seconde.

Mais Whitney étant décédée, le public lui a remis la place d’icone qui est la sienne, ne retient globalement plus que son meilleur et il est assez impossible de s’imposer  car l’aura de Whitney morte dans l’esprit du public est encore plus puissante que celle de la Whitney des dix dernières années.

Ce n’est donc plus un créneau viable et ça chez RCA, ils l’ont compris vu qu’on vient d’apprendre que J.Hudson est en studio avec Red One. Le mec derrière  » Starships »  » One The Floor »,  » Just Dance » et autres ne lui offrira rien d’autre de bien différents que sa braille habituelle. Elle semble bel et bien prendre le parti de passer dans la dance après avoir déjà tâté le terrain dans une récente collaboration avec  Guetta.

Edit.

Le mouvement dance s’est arrêté en plein milieu de l’enregistrement de son album. le r&b a repris ses droits et elle a fait pareil. Elle a oublié les demos des Dj’s et proposé un single avec T.I et Pharrell Williams. Pourquoi? Elle voulait suivre les traces du succès de « Blurred Lines« .  Le public n’a pas mordu à l’hameçon mais ça ne lui a pas fait changer de logique vu que le second single est une production de Timbaland qui s’inscrit typiquement dans ce qu’il avait offert à  Justin Timberlake dans  » The 20/20 experience ». On peut imaginer qu’elle lorgne vers un opus rnb-light soul mais il y a clairement des chances que  son projet change complètement si la mode musicale passe par exemple au zouk dans les mois à venir.

Est-ce que ce sera enfin le créneau qui lui donnera la reconnaissance qu’elle cherche? Mais surtout au fil de toutes ses transformations, et au-delà de son talent réel, qui est la vraie Jennifer Hudson? Qui est l’artiste derrière le masque et  quel avenir pour elle?

[Chronique] Jennifer Hudson – Jhud.