Je parle très souvent des radios, des audiences radios, des slayages radios, des flops radios et quelques musicfeelingslovers m’ont justement fait remarqué que ce n’était pas une notion accessible à tout le monde. Tout le monde n’en comprend pas forcement l’importance ( pourtant cruciale dans l’analyse des chiffres aux U.S.A) alors l’idée m’est venue d’en faire un petit dossier.

Alors tout d’abord, il faut savoir qu’aux U.S.A , plus que dans n’importe quel pays dans le monde, pour premièrement cartonner il faut avoir les radios de son coté. Le classement officiel,le Billboard dépend largement des audiences radios, c’est à dire du nombre potentiels d’auditeurs qui ont pu écouter une chanson.
C’est un calcul réalisé à la journée. Chaque jour, les titres sont diffusés et on totalise leur bilan d’auditeurs potentiels, qui sera inclus ensuite dans leur classement hebdomadaire au Hot 100.
Bon maintenant un peu moins avec les règles Billboard qui ont fait entrer le streaming, Spotify et autres mais les radios jouent toujours le rôle absolument prépondérant dans le succès ou d’un titre et d’un artiste aux u.sa.

1. Les différents formats de radios et d’audience aux U.S.A.

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Ensuite, il faut savoir qu’il y a plusieurs types de « radios » aux U.S.A.
Il y a les radios rock, les radios country, mais aussi les radios urbaines ( Rap/R&B), Urbaines adultes ( R&B/soul), Rythmic ( qui font un peu de tout), et bien sur , les radios Pop qui sont les plus importantes.
Parce que bien évidemment, chaque courant à ses grosses radios et toutes les radios n’ont pas le même nombre d’auditeurs.
Les radios Pop ( encore appelées les CHR) ou le Top 40 sont celles qui rassemblent le plus d’auditeurs. Elles sont 40 et ce sont celles là que les «  blancs » ou plus simplement la grande partie des américains écoutent .
Un titre qui est uniquement diffusé sur les radios pop peut facilement atteindre la barre des 150 millions d’auditeurs potentiels, si ce n’est plus. C’est le plus gros format, c’est celui là qui donne des téléchargements sur Itunes.
Ensuite, on a le format Rhytmic qui regroupe un peu de tout, pop, R&B, Rap quand ça leur chante, mais surtout ce qui fonctionne…et eux peuvent récolter environs 48-50 millions d’audience quand un titre y est uniquement joué. ( ce qui n’arrive jamais en réalité, vu que c’est un format suiveur) Plus simplement, le premier dans les radios Rhythmic peut prétendre à environs 48-50 millions d’audience au maximum, souvent plus mais c’est rare.
Ensuite, on a le format urbain. Comme vous en doutez, on parlera beaucoup de ce dernier qui diffuse en général exclusivement des titres R&B/rap/Soul. Le premier dans ce format peut atteindre les 35 millions d’audiences ( auditeurs ayant potentiellement écouter la chanson).
Et pour finir, le format sur lequel nous tablerons est le UAC qui diffuse du R&B/Soul uniquement et qui fait généralement aux maximum quelque chose comme 16-18 millions d’audience à son favori du moment.
Voila, je ne sais pas si c’est compris mais je reprends, les audiences sont calculés par 2 organismes mais nous en choisirons un, Mediabase.
Il calcule chaque jour le nombre de fois qu’un titre passe et le nombre d’auditeurs potentiels que cette chanson a pu toucher.

Dans le top 40 , le premier ( titre le plus joue) peut avoir les 150-160 millions, en étant uniquement joué là.
Dans les rythmic, il peut avoir environs 50 millions d’audience.
Dans les urban, 35 millions et dans les UAC. 16-18 millions de nos jours.

C’est bon tout le monde suit? ( au pire, n’hésitez pas à poster des commentaires sur des points precis où vous auriez du mal)

2. Les Cross -Over et les artistes priviligiés.

Bien sur, comme vous vous l’êtes sûrement déjà dit, les chansons peuvent être des «  cross-over », c’est à dire qu’une chanson R&B sera jouée en pop, en urban, en UAC, etc…
C’était le cas dans les années 2000’s notamment au début des années 2000’s.

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Le R&B/Pop était à la mode alors chaque fois qu’un artiste proposait des chansons, elles étaient tout de suite diffusées par quasiment tous les formats, du moins le label les envoyait à tous les formats et ça a donné d’énormes succès comme Beyonce avec «  Irreaplacable » qui avait eu 196 millions d’audiences ou encore Mariah Carey qui avait atteint les 212 millions d’audiences avec «  We Belong Together ». Pour la petite histoire, un organisme à l’époque avait expliqué que ça signifiait que la chanson était diffusée toutes les 30 secondes à la radio. Enorme !

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Bon en revenant sur le sujet de base. Dans les années 2000’s, on avait une perméabilité entre les formats notamment entre le format UAC=URBAN=POP . Les labels envoyaient un titre R&B à sa sortie à tous les formats de manière assez naturelle en fonction de sa réception.

Aujourd’hui, la donne a totalement changé. Les radios pop ( qui sont les plus importantes donc du pays) ne diffusent plus du tout de R&B à l’exception de quelques artistes bien précis et en fonction de contrats.

C’est à dire que quand un artiste R&B lambda sort une chanson de nos jours, il a 2 formats sur lesquels il peut jouer à la base.

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Le format urban où il peut espérer ses 35 millions d’audience ( s’il est premier) et le format Uac où il peut encore espérer les 17 millions d’audience en cas de pole position toujours. Ca lui fait une maximisation d’environs 50 millions d’audiences. Mais les UAC sont strictes, ils ne jouent par exemple pas des chansons du genre » Put It Down » de Brandy ou «  Ice » de Kelly Rowland. Ils se sont limite fait violence pour jouer «  Motivation ». Eux, ont du vrai R&B/soul en playlist sans trop de references sexuelles, sans trop de rap, ce qui réduit donc encore la manœuvre de plusieurs artistes R&B du moment.

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Ceci étant, avec un succès en urban ,il y a moyen de toucher le format Rythmic et toujours finaliser avec 75 millions d’audience au cas où ceux ci se laissent prendre au jeu mais ce n’est pas toujours facile. Le format Rythmic suit les tendances donc il faut avoir un nom ou vraiment un buzz de fou pour prendre une première place dans leurs playlists seulement avec son nom.

Les artistes pop par contre n’ont pas ce soucis. Quand Britney Spears, Maroon 5, Aguilera, Lady Gaga, Katy Perry et autres sortent des chansons, des  singles. Ils dont des deals avec les grosses radios pop ( le top 40) du pays qui diffusent leurs chansons chaque heure pour commencer et sont directement envoyés à ces radios là. On leur donne directement la possibilité de toucher un énorme public, ce qui par la même occasion maximise leurs téléchargements de singles.

C’est en grande partie pour cette raison que les chansons R&B sont très mal classées sur Itunes Us pendant que celles pop gèrent plutôt bien. Les titres R&B ne sont juste pas diffusées dans des radios où le public acheteurs de singles peut les entendre.
Ce qui ne signifie par forcement qu’elles n’ont pas la capacité de plaire. Prenons le cas Ariana Grande qui nous a offert un single purement R&B old school, qui a réussi à faire en sorte que son single soit diffusé dans le top 40 et qui cartonne avec des scores bien plus stables que ceux des singles de Demi Lovato ou encore Avril Lavigne avec leurs derniers singles.

Le fait est que les labels ne croient plus du tout au R&B dans leur grande majorité. Quand Kelly Rowland propose «  Motivation », elle réussit à avoir un carton sur plusieurs formats (Rythmic, UAC, Urban) mais ne décolle que très très tardivement dans le top 40. Elle finit par y atteindre la 17 eme position mais c’est bien loin de ce que la chanson aurait pu avoir si ça avait été un grand nom ou si le label avait totalement misé sur elle.

Prenons encore le cas de Justin Timberlake qui avait eu une très bonne réception sur les radios pop avec  » Suit and Tie ». Le titre a cartonné parce que c’était Justin qui le portait, que le label avait investi mais une chanson du même acabit ou genre chanté par Mario n’aurait jamais décollé ou déclenché un quelconque intérêt de la part des radios pop.

Comme ultime confirmation, on avait eu le cas Tamar Braxton, avec la sortie de son premier single «  Love and War« , elle s’était classée en 24heures environs à la première place de Itunes. Un score de grosse star ( Britney, Gaga et mieux que tous les singles de Beyonce pendant l’ère  » 4″..etc..), une vraie démonstration de force, très rare dans la planète du R&B, pourtant les radios pop n’ont jamais joué la chanson. Le label n’a pas osé investir car ils savaient que c’était de toutes façons peine perdue. Beyonce aurait eu un single suscitant ce même engouement qu’on l’aurait directement matraqué et qu’il se serait maintenu.. pas Tamar, surtout  que la benjamine Braxton avait un autre handicap, elle est vielle.

L’ageism.

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C’est ce qu’on appelle l’ageism aux U.S.A. Le public, l’auditeur pop n’en a rien à faire d’une chanteuse de R&B de 36ans qui fait ses débuts sur la scène, elle est déjà bien trop vielle. Dans la planète pop, on veut du neuf, de la fraîcheur et dès qu’on passe le milieu de trentaine, ça commence à devenir très compliqué d’imposer une chanson dans le fameux top 40. Madonna, Janet Jackson, Mariah Carey ou encore R.Kelly et Celine Dion en savent quelque chose.

La première a compris la technique et essaie à chaque début d’ère depuis 2008 d’avoir une collaboration avec des artistes qui cartonnent sur le moment( en 2008, Justin, Timbo, en 2012, Nicki Minaj) mais c’est toujours la même pirouette. Si les radios mainstream diffusent un minimum les collaborations de la Madonne avec les petits jeunes, dès qu’on en arrive à ses singles solos à elle ( Girls Gone Wild, Hung Up, Sorry etc..), il n’y a plus personne. Et ce n’est pas forcement la qualité des chansons qui est en cause, c’est.. purement et simplement l’ageism.. elles/ils sont devenu(es) trop vielles ou vieux pour s’allier avec la programmation des radios jeunes. Un concept complètement con mais bel et bien réel  qui est quelque part aussi contradictoire.

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En effet, pour être diffusé par ces mêmes radios mainstream, il ne faut pas être trop jeune non plus.  (oui oui) Les artistes trop jeunes comme Willow Smith par exemple ne sont pas du tout appréciées. Pareil les artistes qui ont des publics essentiellement composés de pré-ados sont boudés. Et ça tout le monde y est passé, Britney Spears à ses débuts, Hilary Duff, N’sync, Miley Cyrus, Christina Aguilera ( elle ne s’est en d’ailleurs jamais vraiment remis elle, mais ça c’est un autre sujet) One Direction,  et même encore récemment Justin Bieber. Ils ont tous eu du mal à s’imposer réellement dans le top 40 du fait de leur trop jeunes ages ou alors du fait de leur public ou image bien trop teenage.

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L’espoir n’est cependant pas mort pour la zone urbaine.

Vous l’aurez compris dans cette première partie du dossier sur les radios. Il faut sacrement s’accrocher quand on veut avoir une carrière sur le marché américain. En plus une carrière en R&B ou Rap, qu’on soit un nouvel artiste ou un plus vieux, c’est très compliqué.

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Cependant l’espoir n’est pas encore totalement mort. La mort de la mode « dance » s’éteignant, les radios mainstream semblent de moins en moins fermées à diffuser des morceaux orientés urbains comme le dernier single de Drake , et certains gros succès dans les radios urbaines peuvent souvent espérer monter jusqu’à une 30ème position dans les radios pop. C’est une avancée comparée aux 4-5 dernières années mais ça reste  très léger et c’est pour ça qu’on ne peut d’ailleurs plus comparer les succès de chansons R&B ou chansons pop. Les standards ne sont plus du tout les mêmes comme à une époque. Avec les énormes fonds ( Deal Radio, etc..) misés sur  » Work Bitch » de Britney Spears, le fait que la chanson se soit vendue à seulement 300.000 en 3 semaines en fait un gros flop. De l’autre coté, si on prend  » Hurt You » de Toni Braxton avec Babyface , la chanson ne doit pas encore avoir dépassé les 50.000 ventes mais le label ne doit pas du tout être déçu. Le titre n’est exploité  pour le moment que sur le fomat UAC ( où il est 3eme donc il y cartonne) et ils espèrent toucher un public plus adulte afin dans la mesure du possible,de maximiser les ventes d’albums.

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Voici donc à peu près tout pour cette ébauche sur le fonctionnement des radios et sur la difficulté pour un artiste R&B de s’imposer à nouveau dans les charts, sans avoir un buzz autre que musical ( Télé réalité, Clip hot pour Robin Thicke etc..) mais ce n’est pas encore fini. Dans  la prochaine partie, je parlerais des différences de promotion en radios, de la différence de traitement entre les artistes féminins ou masculins donc du sexisme, des deals précis de certains labels ( Rocafella) pour rester en haut de l’affiche mais aussi du racisme pratiqué dans certains formats radios.

Stay Tune!