Pour le nouveau dossier, nous parlerons de Toni Braxton, mais avant de s’attaquer à l’histoire cette légende, cette icône du Rythmn and Blues. Il serait bon de la présenter avec quelques chiffres, de montrer ses nombreux accomplissements. Toni Braxton c’est:

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  • 7 Grammys Awards
  • 7 American Music Awards
  • 9 Billboard Music Awards
  • 4 Soul Train Awards

 

 

66 millions de disques vendus et à la clé de tout ça, le second plus gros succès de tous les temps par une artiste féminine, à savoir “Unbreak My Heart” qui a, entre autres, passé 11 semaines en tête des charts américains. C’est aussi la seule chanteuse de R&B à avoir réussi à avoir ses 2 premiers albums certifiés 8 fois platine (pour 8 millions de ventes) aux U.S.A, ce qui lui avait permis d’être appelé « The Queen Of R&B » notamment à la fin des années 90. Aucune chanteuse de R&B n’a jamais réussi un tel exploit. Ses deux premiers opus se automatiquement classés dans le top 10 des albums R&B les plus vendus de tous les temps. Elle a tout eu et sa voix singulière a fait chavirer le monde des 90’s.

1. LES DEBUTS.

Toni Braxton n’était, à la base, pas censée faire une carrière solo. C’est à dire que ce n’était pas son but premier. Elle a grandi dans une famille où tout le monde chantait, avait appris à harmoniser en groupe sur des chansons gospel avec ses sœurs Towanda, Trina, Traci et Tamar Braxton. Elle est l’aînée de la tribu et c’est en tant que « The Braxtons » qu’elles signent leur premier single « Good Life » chez Universal Records. Le titre est un flop et le label se sépare des filles notamment à cause des différences d’âge. Ils estiment qu’il y a un trop grand écart d’âge entre les sœurs (Toni a 23ans alors que Tamar, la plus jeune, en a 13) pour pouvoir avoir une vraie cible en terme de marketing. L’opération ne leur semble pas rentable, elles sont remerciées mais c’est le début de l’aventure pour Toni qui, au même moment, s’était fait remarquée par Babyface et L.A Reid. Les deux hommes tombent sous le charme de son timbre velouté et lui propose d’enregistrer une démo « Love Should I Brought You Home » pour Anita Baker pour la bande originale du film sur Eddy Murphy « Boomerang ». Cette dernière est enceinte à l’époque mais adore la version de Toni et propose donc aux producteurs de la sortir. Nous sommes en 92, ils le font, et ça devient le tout premier hit single de la chanteuse. Elle signe immédiatement sur Laface Records (quelque chose qu’elle regrettera amèrement par la suite) pour son premier album qui sort l’année d’après. Son association avec Babyface (qui produit) fait mouche. « Another Sad Love Song », « You Mean The World To Me », « Breathe Again » sont des tubes et font légion dans cet essai qui se vend à environ 11 millions d’exemplaires dans le monde. Carton plein ! Les gens se sentent prochent de cette fille aux cheveux courts et au timbre si particulier qui interprète les histoires d’amour tristes comme personne. Ils lui font une place dans leurs foyers. C’est aussi l’ère la mieux gérée de sa carrière.

2. SECRETS

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A l’heure du second album « Secrets », elle change de fusil d’épaule. L’opus est lancé par une chanson plus sexy « You’re Making Me High », à la base composée pour Brandy mais qu’elle finit par récupérer. Elle aborde une image plus sexy, plus sulfureuse qui surprend le public sans le désarçonner. Le titre devient son premier numéro 1 au Hot 100.
Parallèlement, son image de femme triste ne la quitte pas vu que son titre « Let It Flow » dans la bande originale du film « Waiting To Exhale » se classe aussi numéro 1.
C’est pour ça qu’elle refusera à la base de chanter le titre qui la propulsera totalement : « Unbreak My Heart ». A la première écoute, elle va détester la chanson, parce que c’est très poppy mais aussi parce que c’était selon elle une énième chanson sur les peines de cœurs. Elle ne veut pas du titre et c’est après de nombreux fights et débats avec son producteur L.A Reid qu’elle décide de l’enregistrer. Il la met en second single de l’opus et le titre devient l’énorme succès qu’on connaît.
Tout le monde est content… Ou presque ! Toni garde cette frustration, elle veut sortir du carcan de l’artiste triste.
Le marketing est cependant bien plus fort. Le succès d’ « Unbreak My Heart » couvre toute l’ère et bloque l’exploitation des autres chansons. « I don’t Want To » est envoyé comme simple single radio et « How Could An Angel Break My Heart », lui, est le dernier titre exploité. Une autre ballade mélancolique qui se fait cependant ensevelir par l’énorme succès des autres singles. L’album « Secrets » totalise cependant 15 millions de ventes dans le monde.

3. PREMIÈRE DESCENTE AUX ENFERS.

En 1996, Toni Braxton est plus ou moins la reine du monde. C’est elle qui domine le R&B. Elle est adulée dans le milieu mais a toujours des problèmes financiers. En faisant l’état de ses comptes un matin, elle se rend compte qu’elle a… 2000 dollars malgré 20 millions de disques vendus. Comment ça se fait ? Elle a été exploitée, pressée de signer son contrat, elle signe ce qu’on appelle dans le milieu un slave contrat (contrat d’esclavage). Elle est exploitée du début à la fin par la maison de disques, toutes les dépenses que ces derniers doivent faire (studio, chambres d’hôtels pour les concerts, paiements de producteurs, robes de soirées etc..) sont en fait déduits sur son compte à elle. C’est à dire qu’il ne fait aucune dépense, elle était juste là pour leur rapporter. Ils ne dépensaient en réalité rien, mais engorgeaient tous les bénéfices. Elle n’avait pas bien lu son contrat en signant (comme les TLC à qui il arrive la même chose au même moment) et c’est la crise totale. Elle essaie de porter plainte contre le label Laface mais perd son procès parce qu’elle avait signé effectivement le contrat. Elle est alors obligée de se déclarer en banqueroute. Elle n’a plus aucun sous, elle est endettée, tous les médias américains en parlent, c’est tellement violent qu’on lui prend tout, y compris ses Grammys et ses American Music Awards parce qu’elle ne peut pas payer ses créanciers. Les huissiers font une perquisition chez elle  et prennent toutes les récompenses. L’humiliation est totale. Les médias américains ne se gênent pas pour passer la vidéo en boucle. Elle racontera aussi que c’est à ce moment là qu’elle a découvert les prix monétaires avaient une valeur financière.
Au début de l’ année 98, on l’envoi chez Oprah pour essayer de calmer le jeu et redorer son image auprès du public mais ça ne se passe pas comme prévu. En effet l’interview fait le tour du monde et Toni décrira ce moment comme la chute de sa carrière. Elle dira que plus personne ne le verra comme avant après cette interview. En fait Oprah lui dit « J’ai entendu dire que vous aviez des couverts Gucci. Je suis Oprah Winfrey et je n’ai pas de couverts Gucci. »

Cependant, elle reprend du poil de la bête, va à Broadway, joue dans plusieurs pièces à guichets fermés. Elle accumule assez d’argent pour racheter ses Grammys, tous ses prix, on les lui remet et signe avec Arista pour un nouvel album.

4. Un comeback résolument « Hot ».

Sans titre 10The Heat est le premier album où elle s’impose. C’est le premier qu’elle produit au niveau de l’exécutif, c’est donc le premier sur lequel elle a son mot à dire.
Elle peut faire les choix de chansons, de singles et fait d’ailleurs travailler son mari de l’époque avec elle au détriment de Babyface qui est bien moins présent qu’habituellement.
Son but principal est de continuer ce qu’elle avait entamé avec « You’re Making Me High » sans pouvoir le finir. Elle veut tuer l’image de diva fragile, innocente, malheureuse et à qui on brise le cœur tout le temps pour passer à quelque chose de plus corrosif.
Elle veut être la femme sexy de caractère qui met les hommes à la porte. D’entrée de jeu, elle balance « He Wasn’t Man Enough«  qui est une véritable révolution. C’est le son des années 2000, c’est du Rodney Jerkins mais c’est aussi une fracture.
Avec le recul, on a du mal à le voir mais une partie des admirateurs de Toni de l’époque ont réellement vécu la chanson comme une claque. En tous points, l’image, les paroles, la chanteuse et elle-même : tout avait changé.
La chanson était très bonne, elle a fonctionné mais elle crée tout de même le premier fossé entre Toni et son audience.
Les singles qui suivent ne cartonnent pas « Spanish Guitar » (à la base pour Céline Dion) atteint la 98ème place du Hot100 et « Just Be man about It » qui est un revival de ce qu’elle était, à savoir une ballade triste façon dame de caractère, ne se classe que 32ème. La concurrence est rude avec le changement de son sur la scène mainstream et l’album termine à deux millions de ventes aux U.S.A pour environs six dans le monde. C’est encore très bien, mais c’est déjà aussi moitié moins que le précédent.

Ceci étant, chez elle, il y a une prise de conscience. Les chiffres sont loin d’être catastrophiques, ils sont bons pour l’époque malgré l’avènement de la concurrence. Elle décide de continuer sur la voie qu’elle avait envie de suivre. Le prochain album « More than a Woman » lui est essentiellement écrit par elle, son mari, soeur Tamar et son amie Brandy (elle fournira 2 titres).

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C’est un album d’amour, un opus profondément sentimental, mélancolique sans jamais trop l’être, sûrement son plus personnel.

Cependant c’est aussi à cette période bien précise qu’elle fait ses plus grosses erreurs car Toni veut suivre la mode, elle veut concurrencer les petites jeunes, hors à ce moment-là, elle a 35ans.
Babyface n’a qu’une seule chanson et elle fait appel aux producteurs à la mode pour le premier single. Nous sommes en 2002. Irv Gotti (Ashanti, Ja Rule) et les Neptunes sont les personnes les plus à la mode. Elle prend les deux. Le premier lui fait la chanson « No More Love » et le second «  Hit The Freeway ». « No More Love » devait être le premier single à la base. Cependant Irv Gotti envoi la chanson sans son consentement aux radios et elle se rabat donc sur « Hit The Freeway » en compagnie de Loon.
C’est encore une fois, un écart de Toni envers son audience mais cette fois, elle ne lui pardonnera rien.
Le single est un flop violent (86ème au Hot 100) . Elle est enceinte, a du mal à le défendre, à faire de la promo et la chanson est bien trop urbaine par rapport au son R&B qu’elle a l’habitude de représenter. Dans le même temps, elle se fait trahir par Jay-z, ce qui n’arrange rien.

4.2. La polémique et la guerre avec Jay-Z.

En effet, le titre « Me and My Boyfriend » qui sample le fameux titre  » Me and my Girlfriend  » de 2Pac Shakur était prévu en single. Le label veut l’exploiter mais ils veulent que Toni soit soutenu dessus par un rappeur. Ils envoient la chanson à Jay-z. Au lieu de poser dessus, il ignore ou fait sembler de le faire. Quelques mois plus tard, il propose la chanson « Bonnie and Clyde » avec Beyoncé.

Toni vivra très mal le vol de son idée. Elle passera d’ailleurs dans plusieurs émissions télé expliquant que Jigga volait l’argent « de l’école de ses enfants. »
Jusqu’à ce jour, cet album reste l’échec qu’elle vit le plus mal et on le voit dans son « Behind The Music« .

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l’idée du titre  » Bonnie and Clyde » de Jay-z et Beyonce viendrait d’ici.

L’ère  » More Than a Woman » se termine avec un disque d’or pénible mais c’est aussi la fin de la collaboration entre Toni et son label Arista. Tout le monde est déçu par les ventes et la confiance n’est plus partagée.

Toni s’en va chez l’oncle d’Aaliyah, elle signe sur le label « Blackgrounds » pour l’album « Libra » qu’elle prend deux ans à concevoir. Toutes les critiques diront que c’est son meilleur essai avec « Secrets« . Libra est la quinte cesse d’un R&B à la fois très actuel et intemporel. Cependant, elle ne dirige plus les opérations. On ne la retrouve plus en productrice exécutive. Elle lâche les manettes, déçues par la précédente aventure. C’est donc le label qui gère et lui propose de travailler avec les producteurs du moment. Son ami Babyface n’a aucune chanson.
Le premier single « Please » est produit par Scott Scorch. Il fait une jolie jointure entre le son de Toni des 90’s et le son de l’époque. Cependant, le format de Toni, les radios ont du mal à suivre. Les fans sont cependant plutôt présents. Libra débute avec 114,000 ventes au Billboard. Un meilleur score que « More Than A Woman », une preuve qu’il y a quelques fans réceptifs au projet surtout qu’elle essaie dans le clip du premier single de retrouver l’image de ses débuts avec les fameux cheveux courts notamment. C’est très sobre mais aussi très bien pensé mais malheureusement la promotion de l’opus se poursuit très mal. Une nouvelle fois, elle se rend compte qu’elle a signé un mauvais contrat. Cette fois, c’est le label qui n’a quasiment pas de fonds et est surendetté. Ils envoient un second single « Trippin » en radio produit par Bryan Cox mais ils le font en même temps que « Be Wihout You » de Mary J. Blige. Les deux chansons se ressemblent énormément pour l’époque. Les fans de Toni sont particulièrement vexés contre MJB à l’époque mais celle-ci a le plus gros label, le plus gros soutien, sa chanson cartonne. Toni, elle, envoi « Take This Ring » produit par Rich Harrison (Crazy In love de Beyonce, One Thing de Amerie etc.) mais son audience n’apprécie pas, ça fait trop actuel et surtout il n’y aucune promotion derrière.
C’est un autre échec pour Toni et l’album qui avait toutes les chances de lui redonner une certaine lumière termine avec 500 000 ventes, un disque d’or mais une autre déception. Derrière, c’est la guerre entre le manageur Barry et elle. Ils vont devant les tribunaux. Elle l’accuse d’escroquerie, de vols et ne finira par avoir son contrat qu’en 2008.

En 2006, elle décide alors de prendre du recul, elle s’éloigne de la scène classique et en 2008, on la retrouve à Vegas dans le spectacle « Flamingo ». Le show est un énorme succès et est renouvelée à de nombreuses reprises jusqu’en 2008… où on lui découvre un lupus. Elle est sur scène et fait une attaque cardiaque, c’est une nouvelle crise.

5. DEUXIÈME BANQUEROUTE .

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Elle est obligée de se remettre en banqueroute. Les promoteurs et assurances n’avaient pas prévu une annulation du show en raison de sa santé et ils lui demandent de payer. Elle est en incapable et se retrouve une fois sans argent et retourne vers les studios.

Cette fois c’est chez Atlantic qu’elle pose bagage. C’est un autre bordel parce qu’ils savent qu’il y a un public derrière la chanteuse. Il y a des gens qui l’aiment, le show l’a prouvé mais ils ne savent pas comment ramener ses gens vers un nouvel album d’elle.

Au début, ils partent pour un album R&B contemporain, le petit frère de « The Heat« , Rodney Jerkins est appelé pour la chanson « Get Loose« , une sorte de petit frère de « He Wasn’t Man Enough » qui leak cependant prématurément. Le titre était censé avoir Lil Wayne sur son remix mais le label abandonne rapidement l’idée.
Ils font la même erreur que pour le précédent album, ils viennent vers le son qui se fait en 2009/2010.
Toni est renvoyée en studio cette fois pour un album plus pop/R&B avec un autre premier single « Yesterday » qui s’inscrit dans la lignée des ballades proposées par Leona ou Beyoncé à peu près à la même période. Le marketing de « Pulse » sera une catastrophe à tous les niveaux. Le contrôle de l’image est désastreux. Les thèmes sont totalement éloignés les uns des autres. Entre la pochette du projet, les vidéos et les singles, il n’y a aucune liaison. On se retrouve avec deux singles très pop (« Make My Heart » et « Yesterday ») mis en avant et la ballade « Hands Tied », plus dans la trame de l’ancienne Toni, a du mal à s’imposer du fait du manque total de cohérence de l’ensemble.
Ce sera son échec le plus cuisant.
L’album finit avec 180 000 ventes aux U.S.A et environ 300 000 dans le monde.

6. L' »AGEISM » ET LE MANQUE DE RECUL.

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Tout ceci s’est passée de cette manière principalement parce que comme dit entre les lignes plus haut, Toni Braxton a manqué de lucidité. Comme beaucoup de chanteuses R&B des années 90, elle n’a pas su anticiper et a, à tout prix, voulu suivre la mode.
L’âge, la concurrence et plusieurs autres facteurs auraient de toute façon fait en sorte que ses ventes chutent. C’était inévitable Cependant, elle aurait pu s’assurer un maintien sur la scène, si elle ne s’était pas autant éloignée de fan base adulte. Dans l’industrie du disque américain, il y a une chose qu’on appelle l’ageism. Pour le dire très brutalement mais aussi véridiquement, les vieux sont défavorisés. Les principales radios ne les jouent pas, certaines télés seront moins à même de vous diffuser, vous êtes vieux. Toni Braxton s’est perdue parce que c’est un détail qu’elle a oublié dans sa course au succès. Elle a voulu suivre les modes trop souvent sans penser à d’abord reconquérir son public de base. La musique était de qualité, ça a toujours été son avantage, elle a su faire d’excellents opus même en suivant les tendances et les modes. Cependant, l’industrie est sans pitié et le public aussi. Quand elle sort « Hit The Freeway » en 2002 par exemple, la chanson est très urbaine mais c’est aussi le son que tout le monde propose à ce moment-là. Hors, une chose est claire, le jeune de 15 ans qui écoute les Neptunes en 2002 va toujours préférer aller écouter ce que les Neptunes vont proposer avec les jeunes stars que ce qu’ils ont fait avec Toni. Et de l’autre côté, les fans de Toni de la première heure, eux, sont délaissés.
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« He Wasn’t Man Enough For Me » quant à lui bénéficie du fait que c’est objectivement un des meilleurs titre R&B de tous les temps et du fait qu’elle sort d’un énorme succès (Secrets) mais en regardant attentivement, la chanson ne se classera que 2ème au Hot 100. C’est très bien mais on peut imaginer que chanter par quelqu’un de plus jeune à l’époque, quelqu’un qui avait l’attention du public, la chanson aurait été encore plus haut.
Entre 2000 et 2010, elle suit beaucoup les tendances avec ses premiers extraits et c’est ça qui la perd.
Autre point, c’est son image. Elle a eu un marketing extrêmement amateur à ce niveau-là. Ils n’ont jamais su réellement donner une direction claire de bout en bout à une ère depuis « More Than A Woman ».

C’est à dire que Toni Braxton connaissant son âge aurait dû plus chérir sa base fan originelle quitte à se priver de succès single, ils auraient acheté ses albums. C’est le choix qu’a fait Céline Dion : entre 2000 et 2010, elle ne se mêle pas du tout aux modes et ça paie vu que bien que ses ventes d’albums chutent, elle reste très stable. Il y a un public qui lui reste fidèle car son image américaine de la diva sobre aux grands cheveux blond est travaillée et quadrillée pour chaque album.

La seule fois où Céline Dion se plante ? C’est en 2013. Pourquoi ? Parce qu’elle fait exactement ce que Toni a fait les années précédentes. Elle fait faire un premier single « Love Me Back To Life » par Sia qui écrit pour toutes les pop stars : Rihanna, Britney, Lea Michele . C’est le son radio du moment, son public le rejette brutalement, les jeunes eux logiquement n’iront pas écouter de single de Céline Dion. Total : 235 000 ventes. Hyper sévère comparé à « Taking Chances » où elle réussissait à écouler 1,3 millions de son album sans grand problème.

wearetheworldLes tentatives trop mainstream répétées et ses changements d’image trop abruptes ont fait en sorte qu’on oublie quelques fois qui elle était et que les jeunes puissent la comparer à des Beyoncé, Brandy etc qui n’ont pourtant pas sa carrière. Et ces comparaisons lui ont profondément desservies sur la longueur car les jeunes des années 2000 se sont assez naturellement senties plus proches d’une Beyoncé et d’une Brandy que d’elle et son public des 90’s, perdu par ses changements, l’a abandonné. Ce n’est pas possible d’être plus « vielle, proposée des sons similaires (même producteurs) aux chanteuses R&B qui ont 10 ans de moins et espérer les battre sur le marché du disque. C’est une bataille perdue d’avance et elles s’y sont toutes loupées… Hormis Mariah. Pourquoi ? Parce que Mariah a la chance de revenir avec son producteur. C’est son producteur, le mec qui lui a fait ses succès R&B dans les 90’s qui s’impose avec elle sur The Emancipation Of Mimi. Ils font une association basée sur l’ancienne image de Mariah. « The Emancipation Of Mimi » est vendu sur le retour de LA VOIX, de la diva et c’est comme ça qu’il fonctionne.
Actuellement aussi, une des seules chanteuses mainstream d’ailleurs à avoir compris et analyser ce phénomène est Beyoncé. Depuis l’ère « 4 », Beyoncé est devenue vielle pour le public jeune. Ils n’achètent pas ses singles. Aucun titre qu’elle n’a proposé n’a passé la certification platine depuis contre les Rihanna, Katy Perry et cie qui, elles, enchainent des titres aux 5 ou 6 certifications platines. Cependant, Beyoncé gagne parce qu’elle a un format : le format urbain principalement et elle s’obstine à leur rester fidèle et leur vendre ses albums. Ce ne sont plus les ventes des Dangerously In Love, certes, mais ça reste suffisamment bien pour faire face aux plus jeunes et c’est ça que Toni aurait dû penser à faire à son époque.
Dernier point qui est en fait en phase avec les deux précédents, c’est le fait qu’elle ait sorti ses trois albums entre 2002 et 2010 sur 3 labels différents. Tu ne peux pas faire trois échecs avec trois labels différents. Ça veut dire qu’il y a un souci, ça peut venir des labels mais ça vient aussi de ta manière de gérer.
C’est simple, quand un artiste signe un contrat avec un label pour un album, ils se fixent un schéma promotionnel, une image, tout ce qu’il faut. Quand ça ne marche pas, beaucoup se disent que l’idéal c’est de changer de label. Une fois, oui. Deux fois, oui, mais pas trois fois parce quelques fois recommencer avec le même label te permet d’analyser les erreurs. C’est eux qui savent quelles étaient les stratégies, les astuces utilisées et du coup, ils savent ce qu’il faut changer pour la prochaine fois. Toni a choisi l’éternel recommencement et a fait la même chose les trois fois. 2002, single avec les neptunes, 2005 single avec Scott qui cartonne, en 2009 single avec DJ Frank E et quand la dance cartonne et qu’elle se retrouve seule, elle ose même sauter dedans et propose la chanson « I Heart You ».
C’est la preuve qu’il n’y avait aucune vraie prise de recul, personne n’a vraiment pris le temps de voir ce qui n’allait pas dans sa carrière hormis un homme… L’homme de ses débuts : Babyface.

7. REINTRODUCTION EN GRÂCE : LOVE, MARRIAGE, DIVORCE.

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Babyface veut reprendre Toni en main dès l’échec de « Libra » mais celle-ci trouve toujours le moyen de s’échapper. Quand elle est mise à la porte d’Atlantic en 2011, n’a plus de label et est une 3ème fois de sa vie obligée de se déclarer en banqueroute, elle accepte de faire l’album commun qu’il lui propose. Ils signent tous deux sur son label Motown et le projet sort le 11 février dernier. Une réconciliation entre Toni et sa fanbase : « Hurt You« . Toni Braxton a son plus gros succès UAC depuis 10 ANS. La chanson a été 7 semaines numéro #1 et depuis son leak (en août) à l’heure où je vous parle, on la trouve toujours dans le top 10 de ce format.

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Elle revient vers son public de base et s’appuie exactement sur quoi elle s’était arrêtée en 96. Mélodies bien ficelées et mélancoliques pour des chansons d’amour tristes ou de ruptures.  Et ils ont pensé à tout. Elle a la même image, la même coiffure qu’à ses débuts. En les regardant tous les deux, on peine d’ailleurs à croire que 20 ans se sont écoulées. La critique a adoré. L’opus a pour le moment les 200 000 ventes en 2 mois avec un seul single mais comparativement à l’industrie R&B actuelle (où R.Kelly vend 400 000 albums en 5 mois en étant le meilleur vendeur), ça lui a permis de très bien se repositionner. Aucun album à elle et aucun album à Babyface ne s’était aussi bien maintenu dans le Billboard depuis 2000. Si tant et bien qu‘Oprah est venue vers elle et elle jouera dans un film de la chaine de cette dernière. Elle a cartonné à Broadway le mois dernier, ira en tournée avec Babyface et prépare déjà un autre album solo qui sera cette fois un album de reprises produit par David Foster (producteur de Unbreak My Heart) et encore Babyface. Love Marriage Divorce ne lui aura servi au final que de réintroduction. Il lui aura fallu 14 ans pour qu’elle comprenne enfin ce que son public attendait d’elle. C’est une bonne chose car cela aurait été une vraie tragédie de perdre une diva telle qu’elle : sa discographie est exceptionnelle, une des meilleures du R&B, sa voix a marqué l’histoire ; sa stature, ses hauts, ses bas et sa vie font partie de celles qui inspirent les grands films.

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