Quand on a fini de parler du système américain et des nombreux tords qu’il peut infliger aux artistes R&B et Hip Hop, dans le dossier sur le multiculturalisme, il faut se tourner vers un autre gros souci auxquels font face les artistes R&B/Hip Hop, à savoir leur public. Bien sûr que comme on l’a évoqué dans le dossier précèdent, le système favorise les artistes comme Iggy Azalea, Justin Timberlake ou Macklemore qui sont plus accessibles et peuvent toucher un plus large public en terme de Marketing. Mais une fois que l’on a observé tout cela, la question qui se pose est : Que font les fans de R&B et de Rap pour leurs artistes ? Pas grand Chose! Ils sont nombreux à l’avoir dit et redit et Kendrick Lamar l’a encore signalé à la radio Hot 97 à ceux qui critiquaient les chiffres de Taylor Swift. Pourquoi les artistes Hip Hop et R&B ne peuvent plus faire 1,000,000 en première semaine ? Parce que leurs fans n’achètent pas. Et là que les choses soient claires, nous ne parlons plus de Nicki Minaj, Chris Brown, ou autres, nous parlons des artistes R&B et Hip-Hop qui sont toujours là, continuent très souvent à livrer de la musique de qualité et se retrouvent avec des chiffres absolument minables alors que leur public est là, les écoute très souvent, télécharge illégalement mais n’achète jamais. Ils disent vouloir se battre pour cette culture, défendre certaines valeurs, mais en fait, ils sont une partie intégrante du système.

  1. La défiance irraisonnée.

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« – J’en ai marre de cette coquille vide de Taylor Swift, je ne sais pas comment elle réussit à vendre, ça m’enerve, comment les gens peuvent acheter ça?

– Quel est le dernier disque que toi tu as acheté?

– Ah euh ‘R&B de rue » de Matt Houston… »

C’était il y a 12 ans. Vous prenez une grande partie des fans de R&B, et même certains fans de Hip-Hop, et vous les trouverez souvent dans cette situation. Sans faire de généralisation exacerbée, c’est une réalité: ils n’achètent pas. Ils se sont mis en tête que les artistes étaient suffisamment riches donc n’avaient pas besoin de leur argent et préfèrent se servir sans payer. Au début, on disait que la musique n’était pas assez bonne mais on sait maintenant qu’il y a des artistes qui font de la bonne musique. En 1 ou 2 clics sur Internet, tu les trouves et tu peux les soutenir, aussi bien dans la gamme Old School que New School; mais ils ne le font pas. Il y a comme une défiance, une curieuse mentalité. On se dit que si on achète la musique de l’artiste, il va devenir plus riche ou alors il va se vanter un peu plus. Des raisons finalement curieuses. Quand vous entrez dans une épicerie et que vous êtes obligé de payer pour un produit, vous ne vous dites pas que ça va faire en sorte que l’épicier devienne plus riche. L’image du bling-bling et la démocratisation du Web ont sûrement beaucoup joué dans cet état d’esprit qui fait en sorte que l’on se retrouve dans une génération de « supporters » plus ou moins inutiles pour le mouvement Hip Hop.

Des gens qui vont s’insurger de la tournure des choses, qui ne vont pas aimer ce que Beyonce, Rihanna ou Iggy Azalea représentent mais qui n’iront jamais soutenir Brandy, Joe ou Nas. Pas parce qu’ils ne les aiment pas, ils les écoutent mais préfèrent rester des passagers clandestins quand il s’agit de construire quelque chose, de mettre sa patte à un édifice, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Quand on achète une chanson R&B ou Hip-Hop en 2014, quand on soutient les artistes qui font de la qualité avec 99 centimes, ça vaut bien plus que tous les commentaires haineux qu’on pourra balancer sur Iggy Azalea ou sur Macklemore, parce que c’est l’addition de vos 99 centimes qui va permettre à ces artistes de se financer, de peser dans l’industrie pour ensuite donc faire une sorte de blocus au système qu’on a longuement décrié.

Dans leur énorme majorité, les noirs ne soutiennent pas les artistes noirs, or le système veut qu’un artiste noir fasse d’abord l’unanimité dans son public avant de l’envoyer en mainstream, ce qui est une contrainte épargnée à une Taylor Swift« . Ça n’a aucun sens? Le plan promo de la sortie de l’opus de Taylor Swift fut gigantesque. Son label l’a casée absolument partout, toutes les émissions, tous les shows possibles. Pourquoi ? Parce que ses pré-commandes étaient excellentes, elle était demandée donc ils ont investi sur elle. L’opus de Faith Evans est par exemple sorti il y a un mois sans aucune télévision de prévue, ou presque. Pourquoi ? Les fans de R&B n’en ont rien à faire. Ils iront tranquillement télécharger, ni vus, ni connus, et prendront ensuite le temps d’aller insulter les fans de Taylor de pauvres « idiots ».

Et pourtant ce ne sont pas eux les cons dans l’histoire. Ces gens protègent ce qu’ils aiment, ce qui leur ressemble, ce qui leur appartient. Le fait de les insulter est une fabuleuse perte de temps et aussi l’un des principaux gasoils du système dans lequel aucun artiste R&B n’est diffusé, ni en télé, ni aux grammys.

Des bébés « trop gâtés » du système.

  • Ah oui, Faith Evans a sorti un album?
  • Mais pourquoi on n’en parle pas? Je ne l’ai vue nulle part, on ne fait que parler de Katy Perry, Rihanna, etc., j’en ai marre.

La fameuse question sur l’oeuf et la poule. On est aussi confronté à ce genre de situations où l’on se rend compte qu’une grande partie des fans de R&B est devenue soit totalement opaque, à savoir qu’ils n’écoutent plus que les chansons des 80-90’s et se sont fermés au début des années 2000, soit extrêmement passifs, à savoir qu’ils attendent que ça arrive.

Et on voit donc que ce sont des bébés gâtés du système. Ils ont été choyés par l’industrie à l’époque où ils achetaient, où ils rapportaient globalement beaucoup d’argent et ils veulent que ça revienne. Qu’on remette du bon R&B et du Rap à la télé, qu’ils vont pouvoir écouter en boucle, qui pourrait dégager Rihanna, David Guetta… MAIS surtout (et ça c’est un point d’honneur chez eux) qu’ils n’achèteront pas. Personne ne se demande comment cela pourrait être possible, comment l’industrie tiendra, comment récompenser le bon R&B ou un bon titre Hip-Hop. On est dans une logique de l’extrême facilité qui ne s’accorde pas du tout avec les revendications que l’on a et ça ne s’arrête pas là.

La vendetta Iggy Azalea.

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Il n’était pas dans mon intention de faire un paragraphe sur Iggy, mais vu la situation et le fait qu’hier soir encore, on a assisté à Q-Tip qui lui a raconté l’histoire du hip hop dans plus de 40 tweets sur Twitter et Lupe Fiasco qui a essayé de la défendre en disant qu’elle n’était ni la première, ni la dernière, il m’a paru évident qu’il fallait finalement en parler parce que cette jeune fille de 23ans est finalement présente au mauvais endroit, au mauvais moment.

Elle est « coupable » de ce dont ils l’accusent, ça se sent qu’elle n’écrit pas ses textes. Elle parle effectivement avec l’accent australien et rappe comme une fille de Memphis, ce qui donne l’impression qu’elle est en show parodique. Elle fait clairement de la pop, promue et vendue comme telle, et n’a aucune notion des ghettos américains, ce qui est logique, elle n’y a pas du tout vécu. Ce n’est quelque part pas son histoire, c’est juste une fille qui voulait faire de la musique mainstream, a saisi des opportunités et le système lui a permis d’y arriver … comme beaucoup d’autres avant elle. Le seul souci est qu’elle le fait quand la majeure partie des artistes R&B/Hip Hop américains comprennent que le système leur est totalement défavorable aujourd’hui et qu’il y a risque de ce fait que Iggy soit assimilée à du hip hop et qu’on ne retienne plus qu’elle devant eux. Ce qui peut être une crainte légitime.. mais ce qu’ils oublient tous de dire est que Iggy Azalea est une enfant de Nelly, Nicki Minaj, Flo Rida et autres. Iggy Azalea marche exactement dans les mêmes bottes que tous ces gens-là. Ce sont ces gens qui ont dénaturalisé le message du Hip Hop ou de la musique black au fil des années parce que ça les arrangeait, parce que c’était rentable. Si Anonymous aujourd’hui menace Iggy, ils auraient dû violenter Nicki Minaj en 2012 quand elle a reçu le prix de la meilleure artiste Rap  avec des chansons comme « Starships ». C’est-à-dire que ce sont les artistes noirs, avides de succès, qui ont façonné des chansons pop/electro, hip hop electro, qui ont dégouté les puristes et sont arrivés au top. Maintenant qu’ils voient la même chose être faite par une fille blanche avec plus de moyens et plus de facilités du système et sans aucune base (parce qu’encore une fois, il faut bien reconnaitre en toute objectivité qu’elle réunit tous les caractéristiques de la poupée qui n’est pas à sa place), cela les agace. C’est aussi pour ça qu’elle est cette proie facile…. mais c’est un combat trop subtil pour le grand public. Ils ont gobé des «Pound The Alarm» et des «Superbass» de Nicki Minaj, et maintenant vous vous fâchez parce qu’ils achètent du « Fancy ».. bah non, c’est la même chose. C’est contre Nicki Minaj qu’il fallait gueuler déjà à la base et ça il faut le comprendre. Azalea paie le prix qu’elle paie aujourd’hui mais Gwen Stefani, Fergie, etc. ont fait des choses très similaires à ce qu’elle fait. Gwen aurait d’ailleurs pu chanter « Fancy » mais elle n’a pas toute cette rage contre elle. Les gens ont compris ce que la perméabilité extrême des genres R&B/Hip Hop avait entrainé au fil des années et comme Azalea est là en ce moment, c’est elle qui récolte le prix mais elle n’est pas l’objet principal du débat, elle n’est qu’une de ses infimes manifestations. Tout ça ressemble beaucoup à du « faisons partir l’étrangère et réglons les soucis avec les autres à la maison », ce qu’on peut considérer comme étant du communautarisme peut-être… mais pas du racisme parce que les fans de R&B et de Hip-Hop sanctionnent froidement tous les artistes qui touchent à la pop depuis de longues années. Usher, Ne-Yo, Nelly et tous les autres se sont effondrés à cause de ça, en sacrifiant leurs fan base pour des tubes faciles. La violence envers Iggy est causée par le fait que ses ventes ne sont pas contrôlables, vu que ces fans ne sont pas ses acheteurs cette fois-ci. Ils n’ont pas de moyens de « sanction », il n’y a aucun bagage et ça fait peur, surtout qu’elle est citée dans les catégories Hip-Hop alors qu’elle fait effectivement de la pop. Elle aurait été citée en pop avec des Katy Perry, comme les Gwen Stefani en leur temps, que tout ceci lui aurait été épargnée, mais ce qu’il faut comprendre est que même si elle disparaissait, le problème, lui, ne serait pas réglé.

Le manque de respect pour l’histoire ou les légendes.

Legend

On essaie dès à présent de faire croire à tout le monde que la musique n’est que la musique, qu’elle n’a jamais portée de couleur de peau, que la musique noire a la même valeur que n’importe quelle autre et qu’on ne devrait pas plus la « protéger » qu’une autre. C’est peut être vrai sous certains aspects mais la majeure partie des gens font volontairement l’impasse sur le fait que les différentes musiques noires (qui sont ensuite devenues des rythmes populaires), tous ces courants musicaux, sont issus de la rue. Le Hip Hop et le jazz sont des mouvements musicaux, certes, mais ce sont surtout des mouvements revendicateurs, ce sont tous des mouvements socio-politiques, nés grâce à des gens sous-éduqués et rangés dans des ghettos malfamés américains. Les gens qui ont porté ces courants les ont portés avec des idées sociales bien précises en Amérique, c’était leur moyen à eux de se rebeller contre le système. C’était leur moyen à eux de se différencier. C’était leur VOIX. Il y a seulement 20ans de cela, les codes du hip hop, aussi bien vestimentaires que musicaux, étaient expiés aux U.S.A, mais aussi en France. Demandez à Otis Redding, à Duke, à Cab Calloway, à tous ces grands artistes qui se sont battus dans la Nouvelle Orléans si c’était facile pour eux de défendre leurs genres musicaux. Demandez à Q-Tip, à Ice Cube, et même à Diddy, si on leur a ouvert les portes quand ils se sont pointés avec leurs casquettes et bagguys à la fin des années 80. À tous ces garçons qui ont porté le Hip Hop dès les 70’s sans que personne n’y croit. Ça ne l’était pas. On les fuyait comme la peste. Un exemple, Mariah Carey est encore vue comme une ovni: elle est rentrée dans la légende pour avoir proposé le titre « Fantasy »… une collaboration avec un rappeur pour une chanteuse pop, c’était du jamais vu ou presque, en 1995, et tout le monde a pensé que c’était un trop gros risque pour sa carrière, pour son public. Cela montre à quel point, non, encore très récemment, ces genres musicaux qu’on veut aujourd’hui banaliser ont eu du mal à s’imposer et parce qu’ils ont eu du mal à s’imposer, les gens ont le droit de vouloir conserver leur âme première. Ce sont des choses que la nouvelle génération oublie et beaucoup d’artistes hip hop (noirs comme blancs), assoiffés de succès ces dernières années, ont contribué à faire oublier cela. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas la réalité, ça ne veut pas dire que la base du problème n’est pas concrète.

On a quelque part affaire à une génération qui manque de culture musicale (sans injure ou sans vouloir blesser quiconque), ce qui est logique et qui n’est même pas leur faute. Dans les 90’s, le talent était récompensé, alors on voyait beaucoup les jeunes artistes de l’époque aux cotés de légendes comme Steevie Wonder, Diana Ross, Prince, ce qui a permis à la jeunesse des 90’s de connaître ces artistes et de les respecter. Il suffit de regarder les MTV ou Grammys Awards 98-99 et regarder ceux en 2011-2012 pour bien comprendre. Il y avait une union des générations évidente, logique, qui ne s’appuyait pas uniquement sur les chiffres de ventes mais bien sur l’apport à l’industrie. Un événement comme le VH1 d’Aretha Franklin avec Whitney, Céline, Mariah, Gloria Estefan, Shania Twain, serait impensable aujourd’hui pour ne citer que celui-là. Pourtant, ils ont permis un rapprochement entre la jeunesse qui voyait ça et les différentes légendes. Aujourd’hui, les gens n’ont pas ça. Ils connaissent vaguement Aretha Franklin, Diana Ross, Anita Baker, mais ces noms restent flous et lointains pour eux parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de les connaître. On ne leur a pas présenté ces légendes et ils vivent dans un monde où tout se fait sur l’instant présent. Résultat: ils méprisent ce qu’ils ne connaissent pas. Or, c’est un très grave manquement aux principes d’une culture d’avoir des gens qui méprisent ou se permettent de moquer constamment les gens qui ont établi les bases.

(Exemple : Les fans de Beyonce n’arrivent pas à comprendre qu’au lieu de les traiter de floppeuse, il faut absolument respecter, glorifier même, ce qu’ont accompli les autres grandes dames avant elle. L’histoire de la musique est souvent très cruelle et très injuste. Le fait, dans ce cas précis par exemple, de croire qu’on soutient Beyonce en traitant celles d’avant de vielles has-been est une idiotie pure, parce qu’en croyant qu’on soutient Beyonce, c’est en fait une idéologie qu’on véhicule. C’est-à-dire que comme vous ne respectez pas le travail des autres et ce qui a été fait avant pour adouber votre artiste, sachez que les plus jeunes que vous qui arrivent feront exactement la même chose avec le travail – et ce ne sera pas difficile dans son cas – de Beyonce et au final, la black music n’en sortira pas gagnante.)

On ne peut absolument rien dire sur les Beatles, rien sur The Police, rien sur Barbra Streisand; d’ailleurs il est certain que quelqu’un qui lira ces lignes se dira ‘celui-là ose citer de vrais artistes dans son article sur ses petites stars du r&b’ et c’est exactement comme cela qu’on doit réfléchir. Il faut pouvoir défendre le travail des New Edition, Keith Sweat, Blackstreet, Jodeci, TLC, Usher ou Brandy; il faut pouvoir être fier de ce qu’ils ont représenté, de ce qu’ils représentent. Il faut pouvoir se dire que si j’aime une chanson R&B, je peux donner à cet artiste mes 99 centimes parce que c’est du travail, parce que ça prend du temps, parce qu’ils en ont besoin aujourd’hui plus que jamais.

Il y a souvent cette tendance chez les fans de musique R&B à ne pas être fier de ce que leurs artistes accomplissent ou ont accompli, mais c’est un danger. Il ne faut pas toujours attendre des autres qu’ils fassent l’histoire.

L’exemple « malheureux » du Jazz.

Jazz

Prenez du recul, respirez et observez, dans la dernière décennie, dans les 15 dernières années, on a eu très peu de succès jazz par des artistes noirs, pour dire la vérité, on en a eu aucun. Aucun vrai gros succès populaire jazzy par un artiste noir. On a des artistes noirs jazz mais ils sont déjà mal acceptés par leur communauté mainstream et vendent très très mal, il faut le dire. En revanche, le jazz reste un secteur rentable mais… Mais d’où vient le jazz?

Comme beaucoup de styles musicaux issus de la rue, le jazz s’est embourgeoisé pour être d’une certaine manière mal aimé par le public noir. C’est pourtant une musique qui est née de l’oppression. C’est une musique qui a été interdite et pourchassée par les « blancs ». Les gens se cachaient pour en jouer avec leurs jukebox, jusqu’à la fin des années 30. C’était leur moyen de revendiquer et, d’une certaine manière, d’exister. Aujourd’hui, Norah Jones (fabuleuse artiste à la base, tout le monde le reconnaitra) a été elue artiste jazz de la décennie 2000-2010. Diana Krall, Jamie Cullun ou Tony Bennett sont également des artistes qui cartonnent dans ce genre. La musique jazz a totalement perdu son message et se dirige maintenant essentiellement vers le public blanc adulte. Ce sont eux aujourd’hui qui sont le marché de cette musique, qui est finalement très récente. Le jazz n’a pas encore vraiment fêté son siècle d’histoire et c’est cette route que sont entrain de prendre le R&B et le Hip Hop. Dans quelques années, Norah Jones sera sûrement la plus grande artiste jazz de tous les temps (c’est elle qui aura le plus vendu) dans les livres d’histoire. Encore une fois, cette femme est un gigantesque talent, on ne peut le nier mais une fille noire avec le même talent, comme par exemple Esperanza Spalding, n’aurait jamais eu le même succès en promouvant cette même musique. 

La vie n’est pas facile, elle ne l’est pour personne. Pas plus pour ces artistes que pour vous, et sûrement encore moins pour cette musique que vous aimez. Au lieu de se battre contre ceux que vous n’aimez pas, qui ne sont pas le système (Iggy Azalea n’est pas responsable de ce qui se passe, elle l’est moins par exemple que Nicki Minaj qui a gagné des prix hip hop avec « Starships » sans que le public noir ne s’agace à ce point), soutenez les artistes que vous aimez car, comme Tank le disait récemment, ils ont des familles, ils se battent pour y arriver dans un système qui ne leur est pas favorable et surtout surtout TOUT travail mérite salaire. Il faut arrêter de se dire qu’ils sont riches ou d’essayer de juger leurs vies personnelles (qui n’est souvent qu’une apparence); focalisez-vous sur le fait qu’ils vous ont offert une chanson ou un album que vous aimez, et qu’en cela ils doivent être récompensés.

Ils sont encore là (peu nombreux, sans les mêmes moyens certes, mais encore là), ils n’ont pas cessé de croire en vous, alors ne cessez pas de croire en eux. Les gens qui vous disent que ce n’est que de la musique ne savent pas. La musique c’est l’histoire, la musique noire l’est encore plus car elle est jaugée, parsemée de revendications sociales. En ce moment, à l’heure où j’écris cet article et où vous le lisez, vous êtes dans l’histoire. N’attendez pas qu’on vous la raconte dans une quinzaine d’années pour que ça vous énerve ou que ça vous agace, n’attendez pas que les autres l’écrivent; prenez la peine, en soutenant vos artistes, en les cherchant sur la toile s’il le faut, de l’écrire vous-mêmes parce que le système étant trop fort, c’est le seul moyen de défendre la culture que vous aimez.

Triste Réalité!