Daniel Loeillot – candi­dat de la Star Academy 9 a décidé d’arrêter d’essayer de faire carrière dans un message assez long, mais poignant sur sa page fan Facebook. On ne parle quasiment jamais des émissions de télé- réalité sur Musicfeelings, mais j’ai décidé de re-poster ce message parce qu’il y a beaucoup de vérités dans ce qu’il dénonce et dans ce qu’il critique sur le monde du disque français.  Il est passionné, mais aussi très ferme dans ses propos que j’ai décidé de vous retranscrire entièrement.

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Pour vous dire la vérité, je m’en fous.

Je me fous de ne pas être reconnu en tant qu’Artiste dans un pays qui n’en vaut même pas la peine. Je ne parle évidemment pas du public français, puisqu’il boit allègrement toute cette soupe insipide que lui diffuse la radio, la télé & autres médias… Mais je parle bien des maisons de disques, labels et boites de production qui, ayant peur de prendre des risques, de tenter de nouvelles choses, de braver l’originalité et les nouveaux concepts, préfèrent se cantonner aux codes habituels du business.

Et c’est à ce moment précis que l’Art disparait.
C’est-à-dire, il y a très longtemps, pour la France.

Paris est le meilleur endroit pour se créer un réseau d’amateurs et de professionnels de la musique. Je côtoie ces endroits depuis quelques années maintenant même si je m’en éloigne de plus en plus car je ne m’y sens pas à ma place. Autant dire que j’ai rapidement pu constater à quel point la France était BOURRÉE de talents! Blancs, noirs, arabes, asiatiques, gros, minces, petits, grands et j’en passe… Des voix qui, selon moi, méritaient et mérite encore aujourd’hui de prendre la place de beaucoup de « stars » de la chanson française. Mais malheureusement la qualité unique d’un artiste, qu’est le talent, n’intéresse ABSOLUMENT pas les maisons de disque et toutes les « hautes sphères » de l’industrie de la musique. Ils ne parlent qu’en billets et en n°x au top iTunes. Et le peuple achète, consomme, adule, rentre dans le moule sans même se rendre compte qu’il n’achète même plus de la musique mais de la bouillie. De la bouillie oui, mais de la bouillie de luxe. Puisque des sommes astronomiques sont versées chaque année sur des artistes qui ne savent même pas chanter juste plus de 4 secondes, transmettre de l’émotion, défendre des textes, composer seul etc…

Certains penseront que je me surestime en écrivant ce texte.
Mais pour vous dire la vérité, je suis plus énervé par cette « non-culture » musicale française, que par mon retour à l’anonymat.

Oui, il y a 2 ans je suis passé à la télévision pendant 3 mois.
Oui, je suis passé de l’ombre à la lumière en un claquement de doigts.
Oui, je pensais que ma vie allait littéralement changer pour le restant de mes jours…
Oui, j’ai eu de magnifiques opportunités de travailler avec des personnes avec lesquelles je n’aurais même pas oser rêver collaborer.
Oui, ma maison de disque m’a TOTALEMENT laissé tomber après m’avoir fait des éloges majestueuses pendant des mois et des mois.
Oui, j’ai connu une période extrêmement difficile après cette tornade de changements et d’événements.
Oui, j’étais et je suis encore jeune et je ne suis pas à même de tout contrôler.
Oui, j’ai reprit un travail « normal » pour pouvoir vivre, tout simplement.

Oui, aujourd’hui je suis persuadé que la France n’est pas faite pour moi.
Et je ne finirai certainement pas mes jours dans un pays dans lequel je ne peux pas vivre de ma plus grande passion, comme ils ont tendance à l’oublier, à savoir : CHANTER.

Je crois en mon talent.
Comme j’y ai toujours cru.
Et même dans les périodes où je me suis retrouvé à terre, ridiculement seul, au fond de moi j’y croyais encore, secrètement.

Je crois avoir dit l’essentiel de mes pensées, je suis disponible pour répondre à toutes questions, tous débats.
Mais je peux d’ores et déjà vous apporter la réponse qui, je l’imagine, vous préoccupe à la vue de ce statut :

Non je ne sortirai pas d’album, ni même de single dans les semaines, mois, années à venir.

Et j’en suis le premier désolé.

J’espère avoir éclairci tout ce mystère autour de mon actualité.
Merci pour tout!

Daniel Loeillot

 

L’avis de Musicfeelings :

Je ne parle jamais des artistes de télé-réalités et j’avoue aborder assez rarement la question du disque en France hormis dans 1 ou 2 éditos. Cependant, ce message m’a paru assez important dans son genre. Beaucoup le traiteront d’aigri ou de mauvais perdant, mais c’est surtout révélateur du fait qu’on ne laisse pas les talents en France s’exprimer. Comme il le dit, il y a beaucoup de gens qui sont capables d’offrir de très belles choses, mais on continue d’investir sur des valeurs « sûres » commercialement parce que l’oreille musicale du grand public français a été habituée à de la musique d’une très pauvre qualité.

C’est un véritable problème pour les nouveaux artistes. Je l’avais déjà dit dans l’édito  » La création musicale française est- elle morte », mais ça ne s’arrange pas au fil des années. La France doit être l’un des seuls pays au monde où les opus de reprises produits à la chaîne fonctionnent autant et où les artistes qui ont commencé leurs carrières il y a 30 ans ( Johnny, Mylène Farmer, Goldman, Aznavour, VoulzyCabrel) sont toujours parmi les meilleurs vendeurs chaque fois qu’ils sortent des disques. On a du mal à laisser la place aux jeunes, et quand on la leur laisse, c’est pour les classer dans un créneau très similaire à ce que faisaient déjà les vieux.

Le cas Nolwenn Leroy est frappant car c’est un véritable talent. On peut reprocher beaucoup de choses à cette demoiselle, mais elle sait chanter et a un sens inné des harmonies. On l’entend notamment dans l’opus enregistré «  The Cheshire cat et moi » avec le chanteur Teitur : il n’a pas du tout fonctionné en France, mais dès qu’on l’a ramenée dans un carcan plus classique et vieillot avec l’opus de reprises un an après, 1 million de Français ont suivi et c’est à présent limite fini pour elle. Ils la coinceront dans cette veine musicale parce que c’est rentable. On ne la laisse pas s ‘exprimer musicalement malgré sa popularité, alors qu’elle rêvait de se rapprocher des sons d’une Kate Bush. Ce doit être encore pire pour les artistes débutants, surtout ceux qui sont noirs ou métisses.

Ces derniers posent un véritable problème parce qu’en étant jeune ou noir, on t’assimile à la culture urbaine. Ceci étant dit, si tu veux faire de la musique urbaine de qualité et mature en France – si par miracle, un label a décidé de te produire –  aucun diffuseur ne t’ouvrira ses portes. Quand je parle de diffuseurs, je parle des radios qui sont très importantes dans la vie d’un disque. Ces médias sont lobotomisés et habitués à diffuser les mêmes genres musicaux : ils auront donc du mal à diffuser par exemple un disque de R&B ou de soul mature par un nouvel arrivant. C’est une des raisons qui font que les labels n’investissent pas dans ces genres là. Ils savent dès le début qu’ils n’ont pas de moyen d’atteindre le public avec ce genre de projets.

C’est donc pour ça qu’on n’a quasiment toujours affaire à de l’urbain pour les jeunes. De la pop urbaine très peu mature avec pleins d’onomatopées. Ainsi, NRJ ou Skyrock vont diffuser ces titres et ça peut rapporter plus facilement. C’est la règle du risque minimum.

Le public.

C’est surement dans ce créneau R&B/Soul mature qu’un garçon comme Daniel Loeillot aurait voulu s’installer, mais il a été bloqué par un premier souci. En fait, quand on fait une émission comme la Star’ Academy, le public qui regarde, ce sont les jeunes. Principalement des filles de 8 à 21 ans. C’est donc un public teen qui te soutient et te regarde au fil des semaines. Partant de là, quand tu sors de la Star Academy, c’est très compliqué de venir dire à un label  » oui, je veux faire de la musique originale ou sortir du carcan etc. » vu que pour eux, tu es né dans le carcan. Tu as une notoriété chez un public jeune, donc ils vont te faire une musique à la Maitre Gims, Kendji etcde la « bouillie » comme il le dit lui-même, parce que les gens sont pré-disposés dans leur esprit à attendre ça de ta part.

Si tu veux t’éloigner de ce format, tu ne leur sers plus à rien, que tu sois talentueux ou pas. Ce n’est pas un souci de talent, c’est un souci de cible et de public. Aux U.S.A, c’est plus facile de s’imposer par son talent car il y a une architecture et des diffuseurs pour ce genre de choses. En France, c’est plus complexe et les labels sont là pour se faire de l’argent. L’industrie étant en crise, on ne se l’éloigne pas du chemin.

La bisexualité.

Autre chose qui a peut-être pu saper Daniel Loeillot, c’est le fait qu’il ait relevé être bisexuel. C’est un acte bravoure dans les faits. Il faut beaucoup de courage pour le faire, surtout quand on veut faire carrière en France. Ceci étant, l’un des atouts qu’il avait sur le public jeune et sur les jeunes filles qui le regardaient est qu’elles fantasmaient sur sa plastique. Je ne suis pas en train de dire qu’il n’est pas talentueux, mais je souligne le fait que son physique était un de ses atouts. Dès la seconde où il fait comprendre à tout le monde qu’il aimait autant les garçons que les femmes, son profil a logiquement moins intéressé les labels. Non pas parce que les gens du label sont de méchants homophobes, mais parce que dans les atouts de Daniel, il y avait le fantasme du  » beau gosse« .

Dès qu’une partie de ses fans filles s’est rendue compte que l’artiste qu’elles adulaient aimaient les hommes, elles sont retournées chez  chez Matt Pokora ou Kendji car le physique et le fantasme font partie des atouts d’un artiste. Ça n’en fait pas des homophobes ou des méchantes et ça peut paraitre cruel, mais le physique et le positionnement sexuel compte dans l’industrie et partout.

Beyoncé est excellente et sexuelle sur scène,  et c’est un de ses points forts : c’est totalement assumé. Elle aurait fait 100 kilos de plus avec la même chose que ça n’aurait pas eu le même impact. Là, elle est un fantasme pour les hommes, tout en étant mariée. Ils la regardent, ils savent qu’ils n’auront rien Mais espèrent quand même. Pareil pour Usher : les filles aiment ses abdos, le vénèrent même quand il annonce ses mariages ou fiançailles, et elles gardent espoir. Si Usher dit qu’il est bisexuel, il ne perdra pas son talent, mais le coté fantasme disparaitra. Il aura toujours une carrière parce qu’il est suffisamment assis pour continuer, mais cest beaucoup plus compliqué pour un artiste qui débute dans un pays comme la France, et qui sort en plus d’une émission de télé-réalité.
Beaucoup d’artistes n’arrivent pas à faire la différence entre ce qu’ils sont et ce qu’ils transmettent, le « comment ils sont perçus » . Ils ne se voient qu’eux, leur art, mais il ne faut jamais oublier de voir à quel public tu t’adresses et comment le public te perçoit. C’est le nerf de la guerre, c’est ce qui te permet de maximiser tes points forts et de corriger tes points faibles. Clairement, l’industrie du disque ne se focalise pas sur le chant et le talent et elle ne le fera plus jamais.

C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut toujours très bien réfléchir et savoir exactement quelle carrière on veut avoir avant d’aller dans une émission de télé-réalité comme Star’Ac ou The voice. Ce sont des créneaux très ciblés et très carrés. Avant même de vous voir, avant même que vous postuliez à l’émission, le label sait déjà l’album qu’il veut vous faire faire au cas où vous participeriez. On ne s’éloigne quasiment jamais de ça … et ça nous fait perdre beaucoup de bons artistes.

Dans le cas de Daniel cependant, je ne pense pas que tout soit perdu. Je pense qu’il a besoin de se penser musicalement et de se représenter au public différemment, par une autre voie. Ce n’est jamais facile d’être dans une telle situation, mais c’est dans l’adversité qu’on mène les plus beaux combats. Aujourd’hui, il sait comment fonctionne l’industrie, il n’a plus d’illusions et c’est une bonne chose, car il va devoir trouver d’autres voies pour y arriver.

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Triste Réalité!