7 ans d’attente, c’est long, voire très long. On n’y croyait plus, ou presque, mais Janet Jackson est finalement bel et bien de retour avec son onzième album solo « Unbreakable ».

Un titre fort et évocateur pour celle qui a vécu une décennie tumultueuse. Trahie, humiliée, rejetée et bannie des Grammy Awards après le Superbowl, les opus qui suivirent ont été aussi tièdement appréciés par les critiques que par le monde, et, en 2009, elle perd, malheureusement, son grand frère. Une série noire qui l’éloigne du showbizz et du monde musical en général. Miss Nasty aka J.J., la femme aux 130 millions de disques vendus, s’envole vers d’autres horizons et devient introuvable. Chacune de ses apparitions crée un buzz au cours des 3 dernières années avant qu’elle ne retourne en studio avec ses 2 compères, Jimmy Jam et Terry Lewis. Cet album est un manifeste, un retour en grâce, mais aussi surement l’un des projets les plus travaillés et subtils de sa carrière. À 49 ans, Janet abandonne l’amour de chambre, et se veut plus mature sur 17 chansons qui varient entre les milles et un mouvements qu’elle a empruntés au cours de ses 30 ans de carrière.

  1. Un prénom : Janet.

160 millions d’opus vendus.

33 Billboard Music Awards. ( record, plus que n’importe quel autre artiste !)

5 Grammys Awards.

10 numéros 1  aux U.S.A.

7 albums numéros 1 aux U.S.A. 

9 MTV music awards.

12 American Music awards.

13 soul train awards ( record, plus que n’importe quel autre artiste!)

Seule femme à classer des numéros 1 sur 3 décennies d’affilée aux U.S.A ( 80’s, 90’s, 00’s)

9 records Guiness dont celui du nom le plus recherchée sur internet depuis sa création…

..etc..

En France, on a toujours beaucoup de mal à placer Janet dans le clan Jackson. Son immense popularité et impact dans la culture pop américaine n’est plus à démontrer mais le reste du monde, et surtout la France, n’a réellement connu Janet qu’entre 1995 et 2001, ce qui n’a pas permis de voir la réelle force qu’elle a été sur la scène. C’est pourtant la fille qui relève tous les défis, là où on ne l’attend pas.

Benjamine d’une famille de superstars, elle nait quand tous ses frères sont en haut de l’affiche. Elle est la dernière, elle est en surpoids, mal dans sa peau et le père Jackson décide, en premier lieu, d’en faire une actrice. Les Américains la découvrent donc dans la série « Good Times » avant de la retrouver quelques années plus tard dans « F.AM.E« . Damita Jo (son deuxième prénom) se passionne pour la comédie et veut devenir actrice, mais là encore, Papa Jackson met un frein et la redirige vers la scène musicale. Un choix qui, de prime abord, l’inquiète car elle a à peine 15 ans. Ses frères sont au top des charts: son frère Michael a un des opus les plus vendus de tous les temps (Off The Wall), il y a également les Jackson 5 et toute la famille sort des solos. Latoya, Marlon et aussi Jermaine, qui avant Michael est la première star solo de la famille. Janet ne sait pas où se positionner et les débuts sont laborieux.

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Les 2 premiers albums passent un peu inaperçus. L’un deux, « Dream Street », fait 500.000 ventes, mais c’est assez faible. La direction de Papa Jackson ne porte pas ses fruits, elle décide alors de le quitter et de prendre le « Control » sur sa carrière. Quand, à 20 ans, elle débarque avec « Control », en 1986, elle est aux bras de ses 2 éternels compères, Jimmy Jam et Terry Lewis. Ils lui offrent un mélange de pop, de rnb et de funk absolument décapants avec des chorégraphies dantesques. C’est le carton: les Américains et le monde entier tombe amoureux de la « Baby Jackson ». À partir de 1990, elle devient la plus grosse vendeuse d’albums du clan dans son pays. Janet est plus R&B, plus sage et bien plus précise au niveau de la communication que son frère à la fin des années 90.

Elle est ensuite propulsée par Rythmn Nation, qui trouve plus de 9 millions de preneurs aux U.S.A, des chiffres à égalité avec ceux de « Bad ». En 1991, Dangerous de M.J. en est à 6,5 millions. En 1993, son album « Janet » passe les 7,4 millions. En 1995, Michael propose « History », qui trouve 3,5 millions de preneurs. La même année, elle fait aussi le tour de ses 10 ans de carrière avec « Design of a Decade » qui, lui, totalise 2,5 Millions de preneurs. Elle n’y inclut pas le duo « Scream » avec son frère qui n’est pas un carton à l’époque, même si le clip marque toute une génération. En 1997, elle assemble 3,2 millions d’acheteurs sur The Velvet Rope qui est boudé par les radios au départ et, en 2001, quand M.J. propose « You Rock MY World » et « Invincible », l’opus fait un démarrage à 391.000 ventes. Il est loin derrière sa petite soeur qui, la même année, propose « All For You » et trouve 601.000 preneurs avec, au passage, un record vu qu’elle est la première femme noire à vendre autant en première semaine d’un album.

La preuve qu’elle s’est fait un prénom, JANET. Contrairement à ses frères et soeurs, elle n’a jamais eu de titres ou de productions de Michael. Elle a su rester à l’écart pour se construire un héritage qui est plus que réel et très différent, M.J lui-même le reconnaissait. La plupart des médias américains titrent encore « Queen Of Pop » quand on parle d’elle car elle est tout simplement la reine mère de toutes les chanteuses R&B-Pop des 30 dernières années. Janet a poussé le R&B-Pop au mainstream, a franchi des barrières qui ont ensuite été reprises par les TLC, Destiny’s Child, Ashanti, Beyonce, Jennifer Lopez, Chris Brown, Usher, Justin Timberlake, Nelly Furtado, Britney Spears, Ciara, Brandy et des tonnes d’autres artistes. Elle n’est pas la « Queen of Pop » dans le sens « pop » du terme, mais c’est elle qui a assouvi un certain R&B qui est ensuite devenu mainstream, et donc pop.

Si le Superbowl l’a fait rentrer dans une période de sombre déclin et la sort du socle des petites fiancées de l’Amérique, Damita Jo n’a pas perdu confiance en son art. C’est pour cela qu’elle ose proposer une pochette sans préciser son nom ou le titre du projet, même après 7 ans d’absence. Elle reste audacieuse et rebelle comme ce fameux discours porté contre l’Amérique toute entière quand elle était victime d’une chasse aux sorcières.

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« Je suis convaincue que nous, les femmes noires, possédons une force indestructible, quelque chose de spécial qui nous permet non seulement de descendre, mais aussi de se lever, et de passer à travers, pour avoir la chance de renaitre. »

C’était son cri du coeur, sa rébellion face à tous les médias américains qui la pourchassaient et « Unbreakable » prend la suite de ce discours. C’est l’opus qui aurait du suivre cette rage, celui de la réflexion, mais aussi de l’espoir.

Unbreakable: un opus varié et optimiste.

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L’une des grandes forces de Janet est qu’elle a su et pu aborder des thèmes tout à fait sérieux et profonds (le racisme, la faim dans le monde, le sida, la perte d’un être cher, etc.) au cours de sa carrière et en faire des hits populaires, tout en gardant cette image de jeune fille joviale, sensuelle et parfaitement accessible. Le tournant de tout reste la décennie 2000 où les titres sexuels prennent le pas sur le reste et fâchent une partie de son audimat déjà éreintée par le superbowl. Unbreakable va à contre-pied de ce courant-là. Désormais mariée, elle se refuse à faire une nouvelle fois l’apologie du sport de chambre. No Sleep est le slow-jam le plus aguicheur de ce projet qui est surement le plus pop de sa carrière, tout en restant profondément « Janet ». Lumière sur les 17 chansons qui le composent.. et pourquoi c’est une vraie résurrection.

  1. Unbreakable : Second single officiel de l’album et chanson qui lui donne son titre, Unbreakable est un mid-tempo R&B inspiré par les Jackson 5. On la retrouve dans un mélange de soul, funk et hip-hop profondément jovial et enivrant. Une production qui aurait pu venir de Kanye West, mais qui vient bel et bien de Jimmy et Terry Lewis. Ce titre rappellera beaucoup l’ambiance de The Velvet Rope à ceux qui n’ont pas écouté ses projets depuis un long moment. Il aurait en réalité tout à fait pu trouver sa place sur le fameux, et injustement mal aimé, Damita Jo. Le refrain est magnifiquement chanté et l’intro est totalement en accord avec un projet qui a créé une telle attente. Elle ouvre la porte de l’album et accueille du bout des lèvres l’auditeur.
  2. Burnitup ft Missy ElliottBurnitUp! est un up-tempo de Janet Jackson dans la stricte lignée de ce qu’elle a proposé dans les années 2000. On dirait un mix entre « All Nite » et « So Excited« , le seul réel avantage de ce dernier est qu’il a un refrain beaucoup plus efficace et plus évident que ses grands frères. On y retrouve aussi des références à Rythmn Nation, comme un petit clin d’oeil à M.J, dans la manière de poser sur la fin qui donne à l’ensemble une vibe très groovy. Tout en étant très pop, le titre ne ressemble à rien de ce qui est proposé actuellement sur la scène musicale. Les couplets de Missy apportent une réelle plus-value au titre sur le plan sonore, mais on aurait aimé qu’elle travaille un peu plus son texte qui ne veut absolument rien dire. On dirait qu’elle joue la Fatman Scoop féminine. Ce n’est pas du grand J.J., mais c’est sympathique et plutôt énergique. On y retrouve tout ce qui a fait la carrière de Britney Spears.
  3. Damnn Baby : Première surprise de l’opus, Jimmy Jam et Terry Lewis qui s’essaient au son de Dj Mustard. Damnn Baby est un mélange entre une production urbaine très actuelle et un mid tempo pop 80’s de J.J. Si on lui retire cette fameuse rythmique urbaine, on se retrouve avec un titre groovy dans la vibe de chansons comme « Do it 2 Me ». Le titre a pour lui de rassembler les éléments de son passé et de les lier au son mainstream actuel tout en reprenant même le break-down de « I get so Lonely ». C’est surement un des titres plus funs, faciles et addictifs de l’opus, il pourrait être un single avec un concept.
  4. The Great Forever : D’abord teaser comme second single, The Great Forever est une sucrerie pop qui rappelle beaucoup Michael Jackson. J.J s’amuse à singer le timbre de son frère comme jamais dans les couplets. Ils sont froids et stridents, parfaitement calibrés et laissent exploser un refrain plus punchy et gai. Le titre n’est pas de ceux qui s’apprivoisent à la première écoute, mais on comprend aisément pourquoi ils ont d’abord voulu en faire un single. Il est très efficace, la mélodie du refrain est particulièrement entêtante et elle y aborde le fait d’aller de l’avant malgré les épreuves. La volonté de constamment se renouveler pour atteindre une éternelle sérénité. Il aurait pu être promu comme second extrait de l’album.
  5. Should Have Known Better : Soyeuse production qui mêle influences pop rock et sonorités électroniques. Janet y est mélancolique. C’est le moment de faire le parallèle entre les rêves, la volonté de changement qu’elle nourrissait à 20 ans pour les différentes causes qui la touchaient (faim dans la monde, enfance mal vécue, viol, abus sexuels, etc.) et le fait de voir qu’il n’y a finalement pas eu de changement. Il y a en fait beaucoup plus de choses à faire aujourd’hui. On l’entend répéter dans le refrain « Nous n’accepterons aucune excuse, nous n’avons besoin d’aucun abus et nous ne pouvons nous sentir à l’aise avec des victimes sur les bras ».  Il y a un aspect « musique de stade » dans la construction du titre qui brille par son bridge resplendissant de musicalité qui montre que Jimmy Jam et Terry Lewis restent des monstres dans leur domaine. C’est comme si les Coldplay rencontraient Kylie Minogue et c’est un domaine tout à fait nouveau pour elle. Le titre se termine par un appel de conscience propre. Damita y susurre « j’ai eu cette magnifique épiphanie, Rythmn Nation n’a été qu’un rêve, je suppose que, la prochaine fois, j’y serai mieux préparée ».
  6. After You Fall :   Première ballade de l’album, After You Fall est sombre et brumeuse comme une matinée hivernale. C’est un nouveau parallèle assez fort entre ce qu’elle a vecu au cours des dix dernières années et ce qu’elle est aujourd’hui. On l’entend répeter à plusieurs reprises  » Qui sera là, après que tu es tombée » sur une mélodie au piano enivrante et particulièrement efficace. L’interprétation est d’une justesse et d’une émotion infaillibles avant qu’elle ne termine sur le fameux « I do » comme pour dire qu’elle a finalement été la personne la plus à même de se rattraper et de se relever après les différents échecs qui ont été les siens.
  7. Broken hearts Heal : Dans la suite logique du titre précèdent, Janet rend directement hommage à son grand frère sur le « feel-goodmusic », « Broken hearts Heal« ,  les coeurs brisés guérissent. Hymne à la rémission qui partage l’auditeur entre joie et tristesse. C’est raconté comme une comptine enfantine et c’est d’ailleurs toute la force du titre qui, tout en étant répétitif, fonctionne de manière graduelle. Comme si elle avait besoin de se répéter elle-même le texte plusieurs fois pour croire au message d’espoir qu’elle s’envoie après la perte de son frère. C’est dans la simplicité du titre que repose son efficacité.  Il en découle quelque chose d’intemporel et d’émouvant mais aussi de profondément lumineux.
  8. Night :  Au cours de sa carrière, Janet a souvent flirté avec l’electro comme sur « Rock With U » ou encore sur « Slo Love » ou même le superbe « Throb », extrait de l’opus Janet, en 1993. Cependant, c’est rarement allé aussi loin que « Night » qui plonge dans une vibe electro un peu plus ferme, inspirée des pays de l’est. Les superbes harmonies du titre sont la principale force qui peine véritablement à convaincre. Les refrains sont agréables mais l’ensemble est bien trop générique et passe-partout. Un titre totalement dispensable.
  9. No Sleeep : Véritable petit classique R&B au groove indémodable, No Sleeep est une pure bouffée d’air qui s’apprécie encore mieux dans la globalité de ce projet. C’est sans doute le titre le plus R&B de cet album et il aurait été classé parmi les classiques des 90’s de Janet s’il était sorti à cette période. C’est un mini best-of très réussi dans son genre et dans lequel les fans se reconnaîtront immédiatement. Elle sait créer des ambiances, installer des univers et on peut reconnaître tout ça à l’écoute de cette chanson. Le titre dégage quelque chose qu’on aime … ou qu’on n’aime pas. Sa voix dans le bridge est un plaisir, tout comme les références hip-hop purement 90’s, renforcées par la présence de J.Cole et infiltrées dans les backgrounds. Une perle et sans doute le meilleur premier single possible à cet album.
  10. Dream Maker/Euphoria : Pour la seconde partie de l’album, on arrive directement sur un sample soulful, on aurait pu penser, connaissant les habitudes de la chanteuse, qu’il s’agirait là d’un nouveau slow-jam très sensuel, mais il n’en est rien. Dream Maker, qui repart aux sources de la soul-R&B de ses 2 premiers albums, demande un monde meilleur. Petite ribambelle optimiste, le titre
  11. 2 B LOved : C’est l’autre chanson inspirée par le son actuel de Dj Mustard. Elle fonctionne sur le même principe que « Damn Baby » même si le résultat n’est pas le même. 2 B Loved mélange un son hip-hop très marqué par l’époque de sa sortie face à quelque chose de très « Janet », un mid tempo pop très classique de sa part. À chaque interview pour décrire ses 3 précédents opus, elle avait une phrase qui revenait dans chaque interview au point où elle a souvent été parodiée : « c’est du Janet, c’est toujours moi avec un petit twist ». Elle l’a tellement ressortie que c’est devenu une sorte de blague et on retrouve cela ici. Tous les ingrédients qui font un mid tempo pop urbain de Janet sont remis au goût du jour de manière plutôt l’alléchante. Le titre souffre peut-être de son texte un peu trop léger et « bon enfant » mais, de manière globale, il ressort une petite fraicheur avec l’entrainant refrain mais surtout l’imparable bridge. Une jolie chanson d’album.
  12. Take Me Away : Second ratage du disque, c’est surement « Take Me Away », la chanson voit Janet essayer de s’épanouir sur une pop assez teenage. Les couplets sont très mélodieux, mais laissent place à un refrain convenu et cliché qui casse la dynamique de la chanson. Il en résulte un message qui se veut romantique mais qui parait surtout girly et peu fédérateur. Sans nul doute, on aurait pu se passer de cette titre.
  13. Promise : L’extrait de la chanson « Promise » (disponible entièrement sur l’édition Target) nous propose une ballade aux influences bossanova qui nous rappelle qu’elle a toujours été une grande fan de musique brésilienne et a même pensé à un moment faire un album inspiré de ce style. La chanson est coupée sur l’album, ce qui laisse une impression d’inachevé car c’est (dans sa version entière) une pépite.
  14. Lessons Learned :  Titre évocateur, lessons learned raconte une histoire d’amour qui tourne mal. Ballade mélancolique et épurée, la production scintille et laisse totalement s’exprimer la voix de Janet. C’est une sorte de comptine pour adultes aussi bien dans les détails mélodiques que dans la manière dont elle mime chacune des émotions jusqu’aux dernières notes.
  15. BlacK Eagle: C’est sans doute aucun l’un des points culminants de cet album, si ce n’est l’une des meilleures chansons. C’est en tout cas l’une des meilleures de Janet depuis les 90’s et elle aurait tout à fait pu trouver sa place dans « The Velvet Rope« . Les influences Soul, Jazzy et Pop de ce titre semblent parfaitement s’accorder les unes aux autres. C’est un doucereux crescendo et le changement de rythme qui transporte dans un univers soulful à la Robert Glapert est absolument délicieux. Elle prend encore la défense de ceux qui n’ont pas  de voix pour le faire. On l’entend chuchoter  » Je chante cette chanson pour montrer mon soutien à toutes les très belles personnes qui n’ont pas l’opportunité de le faire…Les choses stéréotypées sont les pires. Comment tenir face à une aussi cruelle vérité? Comment vous sentiriez vous si c’était vous, toutes les vies comptent ». Ce titre est en fait très violent et assez cru dans sa manière d’aborder les choses. Il pourrait tout à fait correspondre à la situation actuelle des noirs aux U.S.A, c’est d’ailleurs surement pour ça qu’elle l’a écrite et pourtant, si on n’y fait pas attention, on n’y voit que du feu. Du grand Janet!
  16. Well Traveled : Ryan Tedder aurait pu produire ce titre qui est en fait le vrai final de l’album. C’est l’avant-dernière chanson, mais c’est le vrai final de part son texte. « Well Traveled » boucle la boucle. « Bien Voyagé » en français reprend sur le parcours et les étapes qui ont du être franchi pour y arriver et pour finalement revenir et livrer cet opus. C’est une ballade pop très classique avec un second couplet particulièrement bien interprétée  et très fin. Well,Well, Well,
  17.  Gon Be Alright : C’est donc un peu la chanson « bonus« , elle fait partie de l’album, mais elle est dans une autre dynamique, c’est le rappel à la fin du concert où on sait qu’on va partir et on se décide à tout donner sur un son pop rock qui agit surtout comme un appel au positivisme  « Nous allons tous aller bien! ». Ce n’est pas blackcat; sa voix grave est saccadée. Les cordes sur le titre sont très bien mises en exergue. Il y a une énergie qui fait en sorte que ce sera intéressant de la voir défendre ce titre sur scène en compagnie du public. Il a été conçu pour!

Unbreakable est donc un album varié, très varié et surement l’un des plus variés de sa carrière au niveau des styles musicaux. Il n’est pas du tout dans l’unique lignée du single « No Sleeep » (ce qui peut être aussi un tord vu que c’est l’un des meilleurs titres de l’album) mais il englobe diverses sonorités qui montrent qu’elle a, d’une part, envie d’avancer mais qu’elle avait, d’autre part, besoin de se prouver à elle-même qu’elle a plus d’un tour dans son sac. Damita Jo n’est pas une grande voix, mais c’est surement la meilleure en termes d’harmonies dans toute l’industrie. C’est de cette façon qu’elle a réussi à palier à son manquement et à s’imposer et c’est aussi ce qui lui permet de franchir les barrières des genres sans aucune crainte. Elle a un timbre et une dextérité harmonique qui lui permettent de marquer son empreinte sur n’importe quel titre. Aussi, ils n’ont été que 3 (avec Jimmy Jam et Terry Lewis) à encadrer toutes les sensibilités artistiques et à leur donner une cohérence, c’est impressionnant et c’est la grande force de ce projet. En effet, malgré tous les styles touchés, ça reste un album typique de Janet Jackson. On y retrouve les mêmes ingrédients que sur les prédécesseurs. Elle a réussi à réunir la mélancolie d’un Velvet Rope à la force et à l’espoir de Rhymn Nation; Unbreakable est une sorte d’assemblage entre ces 2 projets avec néanmoins un ancrage actuel et une vision d’avenir. C’est un album écrit, et pensé avec de vrais textes en plus des mélodies, quelque chose qu’on voit de plus en plus rarement, mais qui a longtemps été sa marque de fabriques. L’opus peut pêcher par son excès d’optimisme. Elle a une volonté folle, un dynamisme presque excessif, celui qu’ont ceux qui ont trop vécu et reviennent de très loin; c’est normal, mais ça peut aussi créer une déconnexion avec l’audience qui peut n’y voir qu’un excès de bons sentiments. L’autre chose qui fait défaut, c’est aussi l’absence de chansons plus R&B. On comprend cette envie de se ressourcer et de voyager dans différents styles, mais elle est la reine des slow-jams. Un album de Janet, où on en retrouve qu’un seul, ça déçoit un tout petit peu même si l’ensemble est plus qu’élégant. L’histoire aurait surement été différente si cet album avait été proposé à la suite de Damita Jo, mais il est totalement à la hauteur des 7 ans d’absence et de son incroyable héritage. Il n’y aura surement aucun tube mainstream, aucune véritable promo, mais ce n’est pas du tout dans cet esprit et ce pourquoi l’opus a été construit. Elle voulait rassembler ses fans, son noyau dur et cimenter sa stature de légende ultime de la pop music et au vu des critiques dithyrambiques de la presse américaine, des chiffres, mais aussi de la folie autour de sa tournée, c’est assez brillamment réussi.

16/20.

Un petit bravo s’impose.