On me pose la question de savoir ce qu’est la « La Black Music » depuis des mois et des mois et pourquoi cette paternité (évoquée dans l’édito précèdent). Il faut encore une fois tout intégrer dans le système américain, sans le glorifier et le prendre dans son ensemble. Il faut toujours humaniser les faits et gestes de tous et comprendre qu’ils peuvent faire des erreurs, de très grosses erreurs. Et c’est quelque part l’origine de ce terme « Black Music« . La musique noire a toujours été influencée, agrippée à son contexte social. C’est indissociable.

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La définition la plus simple est la suivante, la « Black Music« , ce sont toutes les musiques faites, créées et popularisées par des noirs sur le territoire américain. Ceci étant dit, ce ne sont pas les noirs qui se sont identifiés de la sorte et c’est d’ailleurs ce que ne comprennent pas les nombreuses personnes qui aujourd’hui en temps de mondialisation passent leur temps à se demander « ah oui, mais c’est quoi la black music, ça n’existe pas. .. etc ».

Non, ça n’existe pas pour vous parce que vous êtes conditionnés à un être consommateur passif et à accepter ce système de façade où on est soudainement censé être tous pareil (ce qui n’est d’ailleurs pas le cas… lire le dossier sur le multiculturalisme) tout en gardant des privilèges visibles pour une catégorie bien précise.

Ceci étant, encore une fois, le terme « Black Music« , cette qualification ne vient pas des afro-américains et ne pouvait d’ailleurs pas venir d’eux. C’est une population qui souffrait et qui a commencé à faire de la musique pour s’exprimer, se détendre et faire entendre sa voix. Le mépris violent des ségrégationnistes blancs les a tagués de cette appellation… « Black Music ». C’était la musique des noirs, terme insultant, réducteur, dédaigneux, barbare et tout part de là.

Oui, la musique « métissée« , ça existe. Le jazz par exemple combine l’apport des rythmes noirs et des mélodies et structures harmoniques européennes au moment de sa naissance… mais quand il est arrivé, personne ne disait aux populations noires « génial, musique métisse, bravo, c’est de la musique, amusons nous« . On a qualifié cette musique de « Black Music« , d’anti-ségrégationniste, de raciste anti-blanc et on a pourchassé et tué de nombreux jazzman. Faire du jazz, c’était poser un acte totalement révolutionnaire contre la république, contre les lois établies.

Ce n’est qu’ensuite, 15 à 20 ans plus tard quand le jazz s’est mis à être récupéré par des artistes blancs… qu’il est soudainement devenu plus cool pour ces mêmes personnes. Ça vous rappelle pas une histoire? Oui, c’est l’histoire de toutes les musiques nées ou apportées par les afro-américains sur la terre américaine. On les à chaque fois, violentés, humiliés, pourchassés, pour finir par tout leur reprendre car finalement, l’histoire de la pop mainstream est assez simple – c’est un mélange de ces fameuses black music dénuées de tout message social  -.

La black music a souvent servi de porte-parole social, de cri du cœur pour de nombreux artistes et cette dimension-là qui était entre autres totalement effacée, évincée chez les artistes « blancs ». C’est la même chose pour le hip hop où les latinos et les noirs étaient « ghettoisés », c’était une musique de noir violente, barbare, avec des morts par milliers dans les ghettos américains. Et ce n’est pas si loin que ça de nous. Dans les 1970’s, les gens se cachaient de la police américaine pour faire du rap. Ces gens, c’étaient des noirs, très souvent, les oncles, les pères, les mères, des adolescents américains aujourd’hui.

Le problème qui se pose aujourd’hui est de facto assez simple. On a voulu les stopper à des milliers de reprises. Le hip hop n’était quasiment pas joué dans les radios pop américaines en 1995. En 2015? il est devenu le genre le plus diffusé.. Pourquoi? parce que comme avec le jazz et tout le reste, on s’est rendu compte que ce sont des musiques qui vidées de leur totale essence rapportent. Et c’est donc là qu’on organise cette magnifique communication où on dit sans le dire que la black music n’existe pas, nous sommes tous pareils… mais c’est beaucoup plus difficile aujourd’hui.

Tout simplement parce que les noirs ont appris à avoir de la fierté dans ce qu’ils font et ce qu’ils apportent. C’est pour ça aussi qu’ils ont inversé le sens du terme « Black Music » qui était à la base crée pour les enfermer et qui est devenu un symbole d’affirmation. Quand la communauté afro-américaine reproche aux Miley Cyrus, Zayn, Justin et tant d’autres de piller leur culture, ils vont très loin. Ils leur rappellent « oui la musique est universelle », mais ce sont pas vos parents, grands parents ou oncles, et tantes qui ont créé ce que vous chantez ou qui sont morts, violentés pour cette musique. Ce ne sont pas vos grands frères qui se sont battus pour que ça devienne mainstream et rapporte de l’argent. Ce sont les nôtres et quand les nôtres le faisaient, vos oncles, vos  grand-pères et tant d’autres, les humiliaient, les tuaient, se moquaient d’eux.. et pire encore les empêchaient d’avancer. En 2009, Miley Cyrus déclarait sur MTV qu’elle n’avait jamais entendu une chanson de Jay-Z, et ce malgré le fait qu’elle le citait dans son titre «  Party In The USA ». Elle ne connaissait donc absolument rien à l’histoire du hip hop, mais dès qu’elle s’est mise à flopper et qu’il a fallu lui changer d’image. Elle s’est soudainement mise à parodier les filles du ghetto et la culture rap, parce que ça fonctionne, parce que ça fait chic… et c’est ce qui est dénoncé par beaucoup. Cet opportunisme malsain, voire ordurier… car en plus les versions originales de Miley, les filles qu’elle copie n’auront jamais son succès ou son exposition.

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Les faits étant tous relativement récents, tout ceci est frais dans l’esprit de cette communauté. Et c’est donc ça la réalité du terme « Black Music« , c’est l’histoire du terme « Culture noire », « musique noire » dans le sens américain. La musique a joué un rôle social tellement important pour les afro-américains qu’ils s’y accrochent et se sont toujours accrochés à elle. On ne peut pas stigmatiser toute une population sur un territoire et penser qu’on va reprendre les arguments qu’on a utilisé pour la sectoriser, sans que cette population ne se rebelle. L’histoire de la musique noire américaine est jonchée de souffrances, et de coups très violents. C’est d’ailleurs pour ça que les revendications sociales (même pour les pop stars des 30 dernières décennies) restent essentielles dans l’agenda des popstars noires car elles font partie intégrante de leur culture, de leur histoire. M.J, Janet, Lauryn Hill, Aretha Franklin, Lionel Richie et tous les autres ont porté des revendications sociales dans leurs messages, car ils savent très bien que l’histoire de leur peuple, a été conçue sur ça. Ils sont là pour divertir certes, mais ils savaient qu’ils ne pouvaient pas totalement se défaire de leur rôles sociaux envers la communauté afro-américaine..

Ce rôle qu’on ne retrouve quasiment jamais chez les artistes pop blancs qui reprennent les codes de la black music à leur compte.  C’était vérifiable dans les années 30’s, et ça l’est encore aujourd’hui. Vous écoutez un titre hip hop en 1990 et vous écoutez Iggy Azalea, vous comprenez tout de suite le dessein. Miley, Zayn, Justin et plein d’autres vont faire des petits tweets bien mignons de « R.I.P. » envers les noirs qui ont été tués, mais très peu d’entre-eux iront plus loin que ça. Pink l’a fait, Macklemore aussi (et ça a d’ailleurs plombé sa carrière) car ils savent que le système les accepte pour récupérer ce qui est fait et DIVERTIR… rien que ça. C’est encore pire chez le rock qui est une musique qu’ils se sont totalement accaparé (en détruisant au passage l’image d’Ike Turner qui est pourtant l’un des fondateurs de ce genre).

La population noire-américaine revendique cependant un vécu, toute une histoire… et c’est pour ça qu’ils se permettent de dire à ces artistes que ce sont des voleurs (comme l’ont été d’autres avant eux), car ils ferment les yeux sur les revendications sociales graves pour donner la nouvelle donne « la musique appartient à tout le monde« , mais c’est une chimère totale.  L’argent appartient à tout le monde, donc quand ça rapporte, c’est sûr que c’est le cas… mais c’est difficile d’expliquer à un petit afro-américain que son grand père a par exemple été tué parce qu’il faisait du jazz, qu’elle était une musique de « noirs »,  et qu’aujourd’hui que ça rapporte gros à Norah Jones (excellente artiste au passage), que la musique doit être universelle.

Ils ont cru faire du mal à la population en fait avec ce terme pendant des décennies, mais le piège s’est retourné contre eux car aujourd’hui la population noire américaine prend la paternité de la « Black Music » comme une fierté, ils l’assument totalement, ils en ont compris la richesse et ne veulent pas s’en défaire. C’est leur sang qui a été versé, et c’est aussi ce qui leur a servi d’espoir et d’ascenseur social dans les périodes difficiles.

Le tort d’une grande partie des artistes afro-américains est que dans la popisation des grandes années du disque (1975-2005), ils ont eux aussi mis en retrait ce message social pour vendre au plus grand nombre. Et ça s’est vu à tous les niveaux, couleurs de peau, attitudes et bien sûr le fléau de bon nombre d’artistes américains : la rhinoplastie. Si vous prenez tous les gros artistes noirs d’avant cette période (Patti Labelle, Gladys Knight, Aretha Franklin, Charlie Wilson, Ron Isley et tous les autres), vous vous rendrez compte que visuellement, ils ont gardé leurs traits, leurs images, c’était aussi la défense, l’affirmation d’une chose bien précise. Les autres sont arrivés dans une période où on voulait plaire au public « mainstream », au public blanc et être le plus accessible pour eux. C’est une des raisons pour lesquelles, Michael, Janet, Beyonce, Brandy, Rihanna, et tous les autres artistes à portée mainstream ont eu recours à cette fameuse rhinoplastie. C’était pour être plus « pop », jusque dans leurs images, et ça a pu fragiliser la portée sociale, mais ça pouvait aussi être vu comme un moyen d’avoir une plus large audience, pour porter leurs préoccupations au plus haut, vu que Janet notamment n’a jamais cessé de lutter contre le racisme, y compris dans ses plus gros tubes, et très tôt dans sa carrière. Elle n’est pas la seule, on retrouve toujours à un moment ou un autre une réelle dimension sociale chez les grands artistes noirs de l’histoire de la musique.

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Lorsqu’une population est opprimée, la simple expression artistique devient un acte militant. Toutes les musiques noires enfantées et portées depuis 1900 ont été à leurs manières des actes militants. La population afro-américaine a appris à en être fier et à le revendiquer et à l’heure où le système les défavorise ( sic dossier sur le multiculturalisme) sur cette même musique, le fait qu’ils s’accrochent d’autant plus à leur héritage musical, n’est qu’un énième reflet de leur pénible histoire. Alors, bien sur la musique est universelle, bien sur tout le monde peut aimer du jazz ou vouloir faire du rap et du R&B, mais il est aussi important que tout le monde comprenne et respecte la dimension et la portée de cet héritage.. qui va heureusement bien plus loin que les tubes radios mainstream des 90’s et du début des années 00’s, surtout à l’heure où des milliers d’hommes afro-américains sont injustement assassinés dans les rues, sans que leurs familles ne puissent obtenir justice.

Triste Réalité!