On a souvent parlé de Justin Timberlake et de son sens inné de l’opportunisme qui est à dissocier de ses pures capacités artistiques, comme on l’expliquait dans le dossier sur son album « The 20/20 Experience« . Justin est un expert qui sait gérer les situations, toutes les situations de façon à toujours paraître sous son meilleur jour. Il est né gendre parfait, il espère mourir gendre parfait. Que ce soit pour casser du sucre sur ses rivaux de Backtreet Boys, abandonner Janet Jackson et la fuir en pleine tornade contre l’Amérique (ce qui lui avait d’abord attiré les foudres d’Usher, qui l’avait traité de lâche à l’époque), Justin a de la malice. Une bonne équipe de communication qui fait toujours ressortir le meilleur de lui et une qui a subi ça de plein fouet est bien évidemment la personne qui l’a aidé à lancer sa carrière solo. Britney Spears.

Justin et Britney.

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C’était le couple phare de la scène pop du début des années 00’s.  Justin Timberlake, le charmant garçon des N’sync et Britney Spears, la superstar de la pop. Les jeunes filles rêvaient d’être Britney et d’avoir Justin comme petit ami. C’était l’accord parfait, le couple marketing pour faire fonctionner leurs 2 machines. Le fait d’avoir une relation sentimentale avec Britney Spears a permis à Justin de réellement exister en tant que personnalité médiatique, alors qu’à la fin du groupe, il n’est pas certain de réussir en solo. JC Chasez était le meilleur chanteur du groupe mais Justin avait l’image. Il lui fallait donc la confirmer, exister sur la scène médiatique, et la relation sentimentale avec Britney était une idée pour entrer dans le quotidien des gens et la scène pop, d’une autre façon que « le chanteur du groupe N’sync ».  Elle lui a confirmé un prénom. De son coté à elle, Britney Spears a gagné un petit ami au visage angélique qui lui permettait aussi d’avoir une stabilité auprès des ménages. C’était la grande sœur parfaite, au petit ami parfait et qui surtout ne couchait pas avant son mariage.

Tout ça puait le textile chinois à plein nez, mais c’est une histoire qui a passionné le monde de la pop, jusqu’au moment où les choses se sont gâtées et le moment fatidique de la rupture est bien évidemment arrivé.

Si c’était  inévitable pour un couple aussi bling-bling et clairement calculé à tous les niveaux, cette rupture arrive au parfait moment pour Justin Timberlake. Il va enfin sortir son premier album solo… et très logiquement, la presse ne peut que prendre parti pour lui. C’est simple, à ce moment-là, il n’est encore « rien ». Les médias aiment le sang, ils aiment voir souffrir et c’est Britney la superstar donc, c’est chez elle qu’on cherche la faute. Tout est encore plus beau quand on révèle que c’est elle qui a trompé Justin..

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C’est une vraie aubaine pour lui à ce moment-là. Il n’est plus « Justin le super mignon chanteur des N’sync qui sort avec Britney« , il devient  » Justin, le super mignon garçon que la méchante Britney a largué… le pauvre« . Hasard? Un hasard très alors, ça tombe très bien. Quelques semaines du lancement de son premier disque et il devient le chouchou de la presse;.

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Justin, le héros et joue alors sur le double sens du « Cavalier seul » pour le lancement de son disque avec le single « Like i Love You ». Un titre composé par Pharrell Williams pour Michael Jackson et qu’il refile à Justin quand ce dernier la refuse.

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« Like I Love You » est 11e au Hot 100, ce qui est un score toute somme correct pour l’époque. Une chose qui s’explique par le changement radical de son. Bien qu’il avait déjà côtoyé un son un peu plus  urbain à la fin avec son groupe, il restait un chanteur pop pour ados et le son de « Like I Love You » était très loin d’être celui des chansons qui avaient accompagné les N’sync. C’était un lancement sympa, mais encore moins réussi par exemple que celui de Zayn en 2016 avec « Pillow Talk » par exemple, ou que le changement de Jesse McCartney avec « Leavin ». Le public aimait bien, mais ce n’était pas la folie. C’est là qu’il a eu cette idée de génie, à savoir celle de combiner l’intérêt du public pop sur un titre bien représentatif de sa nouvelle direction musicale. Il s’agit bien sur de « Cry Me A River » mais il introduit habilement et brillamment cette chanson au public qui se passionne pour sa rupture avec Britney. Cette dernière est décriée, traitée de petite traînée, et c’est à partir de ce moment précis que son divorce commence à se faire avec une partie de l’Amérique.

 

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Et Justin décide de pleinement capitaliser là-dessus. Il se rend d’abord chez la très célèbre Barbara Walters pour une interview très regardée et désormais célèbre où il fait là encore preuve d’un génie pour ce qui n’est pas une interview, mais une mise à mort. Il y est avec sa mère qui le soutient dans ce rôle du garçon parfait, bafoué par la petite traînée. Cette dernière joue son rôle à la perfection et décrit son fils comme la réincarnation terrienne de Jésus, pendant que Barbara pose des questions à peine voilée sur Britney et là il dit « je lui ai promis que je ne dirai jamais spécifiquement ce pourquoi nous avons rompu »… et quelques secondes après, il est triste et se met au piano pour chanter une chanson qui s’appelle « The Horrible Woman (La femme horrible) » où il parle très clairement d’une fille pas très cool qui l’a déçu avec des paroles « I thought our love was so strong / I guess I was dead wrong / But to look at it positively, hey girl / At least you gave me another song about a horrible woman.”

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Le tout parsemé d’extraits de son single du moment qui était donc « Like I Love You ». C’était l’IMMENSE coup médiatique. Tout le monde parlait du pauvre Justin, de la méchante Britney et il avait même déjà pensé à faire ce lien avec la musique  avec cette « chanson » pétrie de pathos et proposée devant des millions de téléspectateurs… tout en leur disant au même moment « non aucune chanson de mon album ne parle d’elle« . Fausse ambiguïté, pour quelque chose qui est cependant savamment huilé. Il était devenu Justin, le jeune chanteur mignon blessé par Britney pour lequel tout le monde compatit, mais le mieux c’est bien évidemment le moment où il donne le coup de grâce après tout ce petit cinéma.

Barbara lui pose la fameuse question de savoir si Britney était réellement restée vierge pendant toute leur relation et il l’humilie de la manière la plus innocente et charmante possible. Il éclate de rire.

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Mais ce n’était que le début, vu qu’il lui assénera désormais partout où il pourra de jolies petite piques partout où il peut, dans chaque interview avec toujours cette même pointe d’innocence.

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Et après avoir joué ce jeu de victime et de préparation mentale du public, il balance le CLIP de la chanson « Cry Me A River » qui est donc le COUP ultime, avec un sosie de Britney Spears.

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C’est un séisme dans le monde la pop. Tout le monde en parle, tout le monde écoute, les magazines people, pop et donc aussi R&B font le relais et tout est parfaitement huilé, car tout le monde a une raison d’écouter ce titre, que ce soit ceux qui sont là pour sa qualité, que ceux qui sont là pour l’odeur du scandale…

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Mais là encore , Justin est très malin car il met un point d’honneur à dire tout le temps que cette vidéo avec le sosie de Britney et qui l’évoque donc clairement n’est pas à propos d’ELLE.

C’est à propos de lui, lui le pauvre petit Justin qui souffre. Il sait qu’il aurait pu y avoir ce doute et que le public aurait pu trouver violent de l’exposer de la sorte, mais en allant dans chaque émission et en précisant cette position du garçon qui avait besoin de se confier, d’expier sa relation, il coupe fin à toute remontrance du grand public, surtout qu’en réalité, il les prépare depuis des mois via différents médias à accepter le coup qu’il est entrain de jouer. C’est le succès plein vu que tout le monde parle de « Cry Me A River » et qu’il s’est établi par la même occasion en tant que personnalité solo et acteur public.

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Il continuera pendant toute la promo américaine de l’album à avoir quelques phrases bien piquées pour son ancienne petite amie,  pour finir par déclarer  à la radio Hot 97 qu’il avait bien eu des relations sexuelles orales  avec Britney Spears, sabré d’une référence à la rivale « Yeah, I did it, i’m dirty« . Là, il voulait s’assurer une crédibilité urbaine encore mal acquise… et quand ça finit par prendre, il se débarrassera aussi de Mariah Carey. Quand il était en doute sur son lancement, il avait accepté et posé sur la chanson »Yours » , un extrait de l’album « Charmbracelet » de cette dernière. C’était une superstar donc ça ne pouvait pas lui faire de mal.. et quand son album  lui se met à cartonner et qu’elle est très critiquée par la presse, il annule la sortie du duo parce qu’il ne voulait pas que son image soit entachée par celle de M.C.

Ensuite, il y a eu le fameux épisode « Janet Jackson » ( qui était sa reine quand elle l’a pris en première partie de sa tournée avec les N’sync, il ventait ses mérites dans tous les magazines) où il s’est arrangé pour ne pas du tout être touché, puis il l’a attaqué dans un titre 2 ans après, tout en taclant Prince. C’était dans la chanson « Give It To Me » avec Timbaland et Nelly Furtado. Janet avait décidé de pas parler de lui et de son comportement chez Oprah. Chacun envoyait des piques sur ce titre qui s’est classé à la première place en adoptant le thème des chanteurs qui dominent la planète musicale. Timbaland était sur Scott Scorch avec qui il était en plein clash à l’époque à propos des crédits du titre  » Cry Me a River« .  » Je suis un vrai producteur, tu n’es qu’un mec qui joue du piano » (Scott répondra plus tard). Nelly en avait après Fergie avec qui elle commençait à se clasher et Justin taclait Prince.
Au moment de la sortie de «  Sexyback« , Prince interrogé sur la chanson avait dit que pour lui le sexy n’était jamais parti. Justin l’a mal pris.

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« Si le sexy n’est jamais parti, pourquoi est ce que tout le monde adore ma chanson. Ne viens pas me détester juste parce que ce n’est pas toi qui l’a sorti ».

Et un diss pour Janet Jackson . Il avait mal pris son interview chez Oprah en 2006 et a balancé :

 » Quand on est assis au top des charts, c’est difficile de t’entendre d’aussi haut. Je t’ai vu essayé de faire la maligne à la tv… laisses moi remettre les choses au clair.
Nous t’avons manqué dans les charts, la semaine dernière.. ah oui, c’est vrai, tu n’étais pas là« .

A ce moment, elle n’était plus chanteuse qui l’a aidé à se lancer, l’a fait venir à son Superbowl et qui était l’une des plus grandes « inspirations » de sa carrière. Pareil, pour Prince qu’il recopie allègrement depuis ses débuts… mais le public lui pardonne toujours ses impairs. En 2008, c’est encore Britney qu’il assassine publiquement au profit de Madonna pour la promo de « Hard Candy » : « Le monde a eu beaucoup de wannabe Madonna, je suis sorti avec plusieurs d’entre elles ».

En revanche, il vit toujours très mal la moindre attaque. C’est cocasse au vu du personnage, mais c’est très logique vu qu’il essaie toujours d’être  très bien vu.

Avec d’autres personnes, ça ne passerait pas, mais  cette image de gendre parfait de l’Amérique qu’il travaille toujours, et a continué de travailler (en rappelant toujours subtilement l’épisode Britney au fil des années) le sert très bien. D’ailleurs sa popularité réelle dépasse largement ses ventes, car il n’a pas d’opus qui dépasse les 5 millions de ventes dans ce pays, mais tout le monde l’aime, parce qu’à ce moment-précis de sa carrière, alors qu’il pouvait avoir un avenir incertain à la sortie son groupe, il s’est brillamment arrangé pour avoir une image de victime à laquelle il s’attache depuis tout ce temps.

Ce qui n’a rien à voir avec la qualité de sa musique ( vu qu’il a une bonne discographie et un sens artistique réel)  mais qui montre bien comment le personnage reste un fin calculateur, un génie de la com.

[Chronique/ Dossier] Justin Timberlake – The 20/20 Experience 2.

Ceci étant, en Afrique, on dit souvent « 99 Jours pour le voleur, et un jour pour le.. patron »… et il a une chanson qui le résume très bien.

 

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Triste Réalité!