C’est le 11 Septembre 2001 que Mariah Carey a sorti « Glitter ».  Opus maudit, projet honni, c’est un album qui sert de bande originale au film du même nom dans lequel la chanteuse faisait ses premiers pas sur le grand écran. La réception du grand public sera aussi glaciale que les critiques seront mauvaises, face à une Mariah en pleine crise personnelle. Il a laissé une sensation d’échec, de malaise dans la pop culture, y compris chez l’artiste elle-même qui refuse d’évoquer ce projet et, pourtant, malgré tout cela, c’est sans doute aucun l’un des meilleurs bilans financiers de sa carrière.

Glitter, un opus, une histoire.

Si l’histoire de « Glitter » commence officiellement en 2001, le projet date cependant de l’année 1997. En effet, c’est à cette époque que Mariah commence à travailler sur le film « All That Glitters ». Cependant, son label de l’époque, notamment dirigé par son ex-mari Tommy Mottola, n’est pas friand du projet. Ils veulent d’abord sortir un greatest hits, puis veulent sortir un autre opus, Rainbow, qui sera un succès avec 7 millions de ventes dans le monde. Les relations sont toutefois extrêmement tendues entre Mariah et son mari. Elle veut quitter le label, lui veut qu’elle s’en aille, mais ils ont encore un dernier album à faire ensemble. Nous sommes en 2000 et c’est là que le label Virgin entre dans la discussion et décide de racheter pour 20 millions de dollars le contrat de Mariah Carey. Ils offrent 20 millions de dollars à Sony pour que Mariah n’ait plus besoin de travailler avec eux; ces derniers sont ravis de l’offre au vu des relations tendues entre l’ex-mari et son ex-femme. Virgin débourse ensuite 100 millions de dollars confiés à Mariah Carey elle-même pour l’enregistrement de 5 albums; un deal très lucratif, et record à l’époque, qui lui laisse, aussi, une totale liberté artistique sur son projet. C’est elle qui décide d’absolument tout.. et c’est comme cela qu’elle ramène donc le projet qui lui tient à coeur depuis 1997: « All That Glitters » qui deviendra « Glitter » au fil de la production. Elle prend donc le parti de finaliser cette bande originale.

« Glitter » est une prise de risque au niveau sonore. C’est une des raisons pour lesquelles Sony ne voulait pas de ce projet. En effet, le film se déroule en 1983, donc elle crée un environnement sonore qui correspond à l’ambiance générale de son projet. Le premier single « LoverBoy » est envoyé dans les radios au milieu de l’été 2001 et les réactions sont totalement partagées. Il y a tout d’abord la polémique autour de Jennifer Lopez. Mariah avait commencé à enregistrer le titre chez Sony Music et avait retenu le sample « Yellow Magic Orchestra » de FireCracker pour un de ses morceaux.

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Tommy Mottola était au courant et retient ce sample pour J.LO, ce qui force Mariah à utiliser un autre sample, « Candy », sur son single.

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La chanson a cependant beaucoup de mal à convaincre les radios américaines. Elles ne veulent pas la diffuser; le nom de Mariah ne suffisait pas et ça confirme un peu à ce moment-là ce que Sony pensait du projet. Pour ne rien arranger, Mariah entre en dépression. Elle rompt avec son petit ami de l’époque et se fait interner pendant quelques temps pour des crises. Elle poste aussi des messages cryptés bizarres sur son site internet. C’est la pagaille.. et la presse s’en donne à coeur joie. Virgin a cependant une idée de génie pour sauver la face. Ils capitalisent sur la fanbase de Mariah et décident de vendre le CD single de « Loverboy » à 0.99 centimes. C’est 4 ou 5 fois moins que le prix des autres singles sur le marché et les fans de Mariah se jettent dessus, ce qui propulse donc la chanson à la seconde place du top singles américain.

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À ce même moment, un remix avec Da Brat, Ludacris, Shawnna, et Twenty est envoyé en guise de soutien mais l’adhésion du grand public n’y est pas vraiment. Loverboy est mis en solde pendant un mois aux USA et ça se ressent sur son chart-run qui est assez catastrophique pour une star comme Mariah Carey à l’époque.

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Sur cette ligne, vous avez les positions de la chanson chaque semaine. Il entre à la 79e place, puis la semaine d’après il est 75e, puis 59e et 55e, puis 61e, puis 60e… les choses ne se passent vraiment pas bien pour un single de comeback. Virgin met en place l’opération de solde et ça l’aide pendant un mois. Elle est 2e, 2e, puis 9e, et 24e, 49e, 73e, et sort assez rapidement à la 95e place.

Le titre sauve donc l’honneur en terme de chiffres (il a été 2e) mais c’est assez artificiel car il n’est pas un succès populaire. Mariah est sommée de faire de la promotion et quand elle décide d’en faire, c’est un séisme national. 10 ans après, l’évènement parait cocasse mais la scène de M.C., qui vient se déshabiller à TRL alors qu’elle n’est même pas invitée, fait le tour du monde.

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Elle est traitée de « folle » dans les magazines et son image en prend un sacré coup. Ce n’est plus la diva à la voix formidable; c’est devenu une sorte de dépressive, pas très recommandable.  L’opus prévu à la base pour le 9 aout 2001 est repoussé au 21 du même mois, puis au 11 Septembre.

C’est le même jour que les fameux attentats aux USA et le démarrage est foireux. 116.000 ventes seulement: c’est moins que les 326.000 ventes de son album « Rainbow » et, surtout, c’est une claque pour Virgin qui vient d’investir des sommes astronomiques pour avoir Mariah Carey dans leurs compteurs. Ils avaient payé 20 millions de dollars à Sony, investi 100 millions de dollars sur elle pour 5 albums, réduit considérablement le prix du single « Loverboy » pour en  faire un hit.. tout cela sans succès et l’opus démarre très mal.

Le second single, « Never Too Far », ne change pas la donne et se classe seulement 81e au hot 100. Les radios lui reprochent un son trop 80’s.

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Il y aurait pu y avoir de l’espoir, un sursaut s’il n’y avait pas, à ce moment-là, eu une critique générale de la presse. Le film a été détruit par les critiques et sa performance d’actrice moquée, tout comme la réalisation et l’album, qui a lui aussi accusé ce choc étant donné que les critiques ont associé les deux.C’est comme cela que malgré le fait que nous étions encore dans une période d’exploitation longue et où il était possible de sauver un opus, malgré un mauvais démarrage, « Glitter » est lui mort-né. La presse, les critiques (et le rejet d’une grande partie des fans de Mariah aussi) ont fait en sorte qu’il était impossible de sauver le projet. Tous les autres singles proposés sont passés à la trappe.

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Là encore, ça aurait pu passer pour un petit échec dans la carrière d’une grande artiste, mais ce qui va faire prendre de l’ampleur à cet échec commercial est tout simplement Virgin. En fin de vie en 2001, Glitter n’est pas encore aux 500.000 ventes réelles, mais Virgin n’attendra pas que l’opus arrive aux 650.000 ventes, qu’il fera officiellement en fin de vie. Comme expliqué précédemment, les dirigeants du label entrent dans une période crise, au vu de tous les fonds investis dans ce projet. Hormis les 20 millions de dollars payés à Sony pour la récupérer sans qu’elle ne fasse un autre album avec eux, elle a reçu 23,5 millions de dollars uniquement pour l’opus « Glitter »… qui totalise à peine 2 millions de ventes dans le monde.

C’est le cauchemar  de toutes les maisons de disques. Pour comparaison, un opus comme « Fanmail » de TLC, qui a couté 2.5 millions de dollars, s’est écoulé à 10 millions d’exemplaires 2 ans plus tôt. Virgin se rend en fait compte qu’ils ont fait une erreur. Le label entre dans une crise financière réelle. Toutes les autres sorties de cette fin d’année sont annulées. Janet Jackson devait sortir « Come On Get Up » comme 4ème single de « All For You » mais c’est fichu. Les fonds manquent et la responsable est bien évidemment tout de suite désignée…

Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’ils se calment et décident malgré tout de continuer à ses côtés, le label, qui a désormais une très mauvaise relation avec Mariah, décide de la licencier sans aucun ménagement. Le contrat des 100 millions de dollars est donc revu à la baisse. Les avocats de chaque partie sont de sortie et, finalement, pour que Mariah soit mise à la porte de Virgin, ils lui paient la modique somme de… 28 MILLIONS DE DOLLARS.

Le contrat de base était de 100 millions de dollars pour 5 albums, elle dépense 23 millions pour « Glitter » et récolte 28 millions de dollars pour…… s’en aller.

C’est à ça qu’on voit bien qu’au-delà du fait qu’ils ne croyaient plus en elle, c’était un licenciement personnel plus que professionnel. Les relations étaient devenus trop invivables et ils ont préféré la payer plus cher pour qu’elle parte au lieu de la laisser sortir un album qui aurait pu remonter la pente après « Glitter ».

C’est en tout cas comme ça que Mariah Carey sort gagnante de cette histoire. Elle fait un vrai flop commercial – au vu des fonds investis et des ventes – mais part avec un chèque de 28 millions de dollars. Certains artistes n’en gagnent pas autant avec des milliers d’albums vendus sur toute une vie. Mieux encore, 5 mois plus tard, elle signe un deal avec Island Recors/Def Jam sous son propre label Monarc. Les sommes ne sont plus les mêmes. Ils la prennent pour 20 millions de dollars sur 3 albums, ce qui correspond à 7,5 millions de dollars par album. Très loin donc des 20 millions de dollars que lui donnait Virgin. Quand on met en perspective, on se rend compte que « The Emancipation Of Mimi« , qui s’est écoulé à 10 millions d’exemplaires dans le monde, a coûté 3 fois moins cher que « Glitter » qui n’en a fait que 2.. et il ne faut pas oublier que Virgin a racheté le contrat de Mariah à Sony pour 20 millions de dollars, donc Glitter leur a en réalité couté 43,5 millions de dollars.

On néglige souvent cet aspect des choses mais il est essentiel. L’échec d’un opus se voit aussi en fonction des fonds qui ont été investis. Quelques fois, des albums perçus comme des échecs peuvent être très rentables parce qu’ils n’ont rien coûté, et des albums perçus comme des succès peuvent être dans une balance négative qui se rattrape sur la tournée. Dans le cas de « Glitter« , il est évident que dans un sens, ce n’était pas le bon moment pour Mariah de prendre ce risque sonore. Le public n’était pas prêt et l’un des autres soucis de cet album vient du chant. Le chant très susurré, sucré, trop même, casse véritablement quelque chose avec les productions hip-pop-funk. Ce n’est pas exploité de manière optimale et c’est souvent trop « sucré ». Mary J. Blige aurait, par exemple, donné un éclairage plus crédible à la majeure partie de ces titres.Et c’est pour ça que l’opus ne trouve grâce ni chez le public mainstream (qui n’est pas spécialement fan de ce genre de travaux vocaux chez MC), ni chez les puristes qui n’adhèrent pas vraiment à cette manière qu’elle a de poser sur les productions. Elle aurait mis une touche disco assumée, ce serait mieux passé, mais ce coté très très « girly », sur des productions hip/funk donne à l’opus un côté parfois même indigeste en écoute sur le long terme. J.Lo est loin d’être une bonne vocaliste, l’une des pires même, mais son interprétation sur « I’m Real » est juste ce qu’il faut et « If We » n’aurait pas été un succès, même sans la sortie de cette chanson. Le coté harmonies très sucrées est surinterprété et c’est une des grosses faiblesses du disque (qui se sent beaucoup moins sur charmbracelet, vu que les thèmes sont plus sombres, sauf le fameux « Boy » qui est assez embarrassant dans son genre).  « Don’t stop » est  à cet effet un pur gâchis, tellement il tombe dans l’excès. Coté ballades, oui, il y a un problème de mélodie évident. « Never Too Far »,  » Lead The Way » sont des ballades pop très classiques, qui sont enregistrées en 2001 et qui sonnent 80’s pour coller à l’esprit du film. Résultat, elles sont déjà hyper datées à leur sortie et correspondent pas du tout à ce qu’on attend de Mariah qui reste une artiste pop contemporaine, censé suivre les différentes tendances comme elle le fait depuis ses débuts. L’opus restera cependant cher à une partie des fans de Mariah, à cause de son histoire, tout comme elle ne doit pas regretter de l’avoir fait au vu de ce qu’il lui a apporté financièrement.

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De plus, le fait que Virgin ne veuille plus travailler avec Mariah lui a donc permis de signer chez Def Jam. Ils essaient de remonter la pente avec « Charmbracelet » ( qui est encore plus mal accueilli par la critique, que Glitter), et c’est très timide, mais c’est sur ce label qu’elle rencontre L.A Reid qui orchestre donc son comeback. C’est lui qui a l’idée de miser le comeback sur « Le retour de la voix« . A la base, Mariah voulait le titre «  Say Something » comme 1er single.

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Cette chanson a été un échec commercial lors de l’exploitation du disque – qui avait une très bonne dynamique-, donc elle n’aurait sans doute pas marchée en 1er extrait. Quand L.A Reid entend la première version de l’album «  The Emancipation Of Mimi », il n’est pas du tout convaincu par les singles et renvoie donc Mariah, Jermaine Dupri et B.Cox en studio avec des instructions précises. C’est à ce moment-là qu’ils écrivent « It’s Like That » et  » We Belong Together« . Si elle était restée chez Virgin, sachant qu’elle avait la liberté artistique et pouvait faire tout ce qu’elle voulait avec son contrat, elle n’aurait jamais enregistré ces 2 chansons ( le label ayant coulé quelques années après) qui lui ont pourtant permis d’introduire le plus gros comeback des années 00’s.