Alicia Keys est sans doute aucun l’une des figures majeures de la musique noire américaine moderne. Lancée au début des années 2000, elle reste à ce jour la chanteuse de R&B qui a vendu le plus d’albums aux USA au 21è siècle. Le monde entier est tombé amoureux de son tube « Fallin », un peu au lendemain des attentats du 11 Septembre. Elle avait ce côté gauche, un peu garçon manqué, qui la démarquait de toutes les autres chanteuses de sa génération, avec une revendication musicale plus noble et des influences allant de Stevie Wonder, Marvin Gaye ou Prince, à Aretha Franklin. La chanteuse a su imposer un style, une certaine grâce, qui s’est cependant effritée au fil des choix musicaux un peu caduques et d’un manque d’inspiration parfois avéré. Toutefois, avec 20 millions d’albums vendus aux USA et près de 100 millions de disques vendus dans le monde, elle a déjà sa place dans l’histoire, au delà même de sa propre histoire, sur laquelle on revient aujourd’hui quelques mois après la sortie de son dernier album « Here ».

Alicia In The Minor

Née à New-York le 25 Janvier 1981. Keys est considérée comme un petit prodige. Très tôt, sa mère qui l’élève seule se rend compte de ses incroyables capacités et de son oreille. Elle décide de lui donner dès l’age de 7 ans une formation de musique classique. À 16 ans, la chanteuse est diplômée du prestigieux lycée professionnel de Manhattan, et continue à l’université de Columbia à New-York. Toutefois, ses relations avec le monde du show-bizz se font déjà sentir: à 5 ans, elle avait participé au Cosby Show en tant que membre d’un petit groupe.

En 1994, elle rencontre un homme qui va compter énormément dans sa vie, à savoir son manager Jeff Robinson, qui lui permet de signer quelques mois plus tard chez Capitol Records. Elle décide à ce moment-là d’abandonner ses études pour se consacrer uniquement à sa carrière musicale. Les premiers travaux de la chanteuse sont donc réalisés avec Jermaine Dupri, qui lui signe un contrat de démos. C’est l’un des producteurs stars de l’époque mais il ne sait pas réellement comment exploiter Alicia. Ils enregistrent ensemble le titre « Little Drummer Girl« , qui sort en 1997, sans grand bruit.

La chanteuse enchaine avec une chanson qu’elle écrit et compose elle-même qui sera sur la bande originale du film Men In Black.

Là encore, rien ne se passe et Alicia, agacée par le manque d’intérêt de Columbia, concentré sur des artistes plus R&B mainstream, finit par décider de quitter le label.

Un choix couillu qui lui sera bénéfique. En effet, son manager la présente au producteur Clive Davis (Whitney, Aretha Franklin..) qui est, à cette époque, à un point fatidique de sa carrière. C’est un monstre dans le domaine de la production mais la jeune génération pense qu’il n’a plus sa place; on veut qu’il prenne sa retraite. On pense qu’il n’a plus le flair, ce qui fera naitre, en lui, un esprit de revanche. Ce fait jouera un grand rôle dans la carrière de Miss Keys. En effet, Clive réussit d’abord à la signer chez Arista. Le label est immédiatement racheté par Sony qui ne veut pas travailler avec Clive Davis. Alicia a le choix entre rester chez Sony et partir avec Clive, qui décide à cette époque de lancer son label J Records. Elle prend le risque de se jeter dans l’aventure avec lui et c’est ainsi que le conte de fées commence.

La naissance d’Alicia Keys.

Peu de gens le savent mais Alicia Keys n’est pas le vrai nom d’Alicia. En effet, elle s’appelle Alicia Augello-Cook et quand elle signe chez Clive Davis, ils travaillent sur son nom de scène. Au début, elle veut s’appeler Alicia Wilde mais Clive ne trouve pas cela assez vendeur. C’est au fil des discussions, de la direction de l’album et de son habilité au piano, qu’ils finissent par décider qu’elle s’appellera Alicia Keys et restera comme elle est.

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L’un des soucis du début de carrière d’Alicia Keys est qu’elle n’était pas assez marquetée pour faire du R&B populaire et n’avait pas un personnage assez fort pour être mise face à des Erykah Badu. Elle était selon Columbia trop « ghetto« , trop « garçon manqué » etc. et ce sont justement sur ses « faiblesses » que Clive Davis va s’appuyer pour vendre Alicia, qu’il va nommer « La première dame de J.Records ». C’était la femme de son label, la carte de visite de sa revanche et il met tout à sa disposition pour que la mayonnaise prenne. C’est un album R&B avec des influences soul où on fait appel à de grands noms (Prince, Isaac Hayes) mais aussi à des garçons plus actuels (Kandi Burruss, Jermaine Dupri, Brian McKnight ou Jimmy Cozier). C’est un album qui reprend à son compte des sonorités purement soul des 60’s/70’s; il surfe sur la vague néo-soul en ayant toutefois ce côté easy-listening pop parfaitement accessible pour le grand public. Elle doit être capable de toucher les ménages noirs, tout en ravissant le public blanc. À la base, l’opus doit s’intituler « Soul Stories In a Minor » mais ils trouvent eux-même le titre trop peu attractif pour le public afro-américain. C’est alors qu’arrive cette idée de génie de jouer sur un album de Stevie Wonder connu de tous, « Songs In A Key Of Life». L’opus s’appelle «Songs In a Minor» comme un clin d’oeil, une référence directe; un album qui fut un énorme succès, aussi bien commercial que critique. Alicia et son ami Krucial Keys supervisent la production et l’écriture de la majeure partie des titres de ce disque qui s’avère être la formule parfaite pour son producteur. Il la présente comme l’électron libre, totalement différente de toutes ses consoeurs, qui joue sur leurs attributs physiques. Alicia, elle, elle chante au piano et s’éloigne totalement de cette vague bling bling. Le buzz commence en avril avec la sortie du single « Fallin ». L’album arrive en juin et, poussé par cette communication du label J.Records et de Clive (qui est attendu au tournant), l’attention se porte sur Alicia. On note sa différence, on loue son élégance et les ventes commencent à monter en flèche au fil des apparitions télés. Quelque chose nait réellement et le bouche à oreille fonctionne. La première semaine atteint 226.000 ventes et la seconde, portée par un buzz fou, est de 450.000 ventes. Elle renverse absolument tout sur son passage et « Fallin » atteint la première place au Hot 100 avant même la fin de l’été. Le 11 Septembre amplifie l’impact et l’ampleur d’Alicia Keys dans le domaine. Comme une autre « nouvelle » chanteuse de la même époque (Norah Jones), elle représente une envie de revenir à une musique plus apaisée, plus sobre et rassurante pour les auditeurs. «Fallin» deviendra ainsi la 9e chanson la plus vendue des années 2000, portant ainsi l’opus vers des sommets inespérés. Le second single « A Woman’s Worth », bien qu’ayant un moindre succès, confirmera Alicia dans cette lignée de la chanteuse qui revient aux fondements de la musique noire, sans fioritures et tout en étant assez accessible.

Même si les autres singles, « How come you don’t call me », repris de Prince, et surtout «Girlfriend», ne prennent pas vraiment (prouvant ainsi, pour ce dernier, qu’on ne l’attendait pas sur un registre plus R&B sucré), sa place et son image sont cimentées: 12 millions de personnes achètent le disque. Elle gagne en une soirée 5 Grammy Awards, notamment dans les catégories chanson de l’année, meilleure performance vocale Soul/R&B féminine et meilleure chanson R’n’B/Soul. Une consécration, car elle devient par la même occasion l’artiste solo féminine ayant gagné le plus de Grammy Awards en une seule nuit, après Lauryn Hill.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Alicia qui écrit même la chanson « Impossible » pour l’album d’une de ses camarades, Christina AguileraElle a trouvé son créneau.

Le journal de la confirmation.
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Clive Davis sait cependant que le public oublie vite et ne veut pas prendre trop de temps entre le premier et le second disque d’Alicia, qui rentre donc assez rapidement en studio pour un album plus personnel. Elle reste aux manettes de la production de ce disque: Kanye West, Timbaland ou encore Dre & Vidal sont contactés et réussissent à trouver le moyen de s’intégrer à cet album R&B/Soul pour une touche plus hip hop et moins jazzy que la première fois. «The Diary Of Alicia Keys » sort en décembre, lancé par le single « You Don’t Know My Name », produit par Kanye West, et même si la chanson n’a pas le même impact que « Fallin », Alicia reste le meilleur démarrage de l’histoire pour une artiste noire. Elle bat le record établi par Janet Jackson, 2 ans plus tôt, avec « All For You». C’est un plébiscite. Elle a un public et n’a plus qu’à dérouler, ce qu’elle fait magnifiquement. La grande force de « The Diary » sur son prédécesseur est qu’il a plusieurs singles à gros succès. Là où « Songs In a Minor » commercialement s’était énormément reposé sur « Fallin », Alicia propose des titres comme « If I Ain’t Got You », « The Diary » (porté par les radios sans clip) et a même un coup de chance assez énorme… En effet, Usher cartonne avec son album «  Confessions » et est censé enregistrer un duo avec une chanteuse. Cette chanteuse c’est Brandy qui enregistre sa version du titre « My Boo » mais a des soucis avec son label Atlantic. Elle trouve la promo de son album «Afrodisiac » très mal gérée, s’emporte, s’agace et finit par tout abandonner. Le chanteur ne prend pas le risque de sortir son single avec une artiste en conflit avec son label. Il propose donc à Alicia de re-enregistrer la chanson, ce qu’elle fait et vu qu’à cette époque il était le roi des radios, c’est un énorme succès et ce sera donc le numéro 1 au Hot 100 d’Alicia dans cette ère. Elle réédite même l’opus pour y ajouter sa version.

Tout dans la promo de ce disque confirme Alicia Keys comme la chanteuse soul/r&b simple, accessible et assez proche de son audience, sans trop en faire non plus. Le succès critique du disque est immense, encore supérieur à son premier essai et elle gagne 4 nouveaux Grammy Awards au passage: meilleure performance vocale R&B féminine (If I Ain’t Got You), meilleure chanson R&B (You Don’t Know My Name), meilleur album R&B/Soul (The Diary of Alicia Keys), meilleure performance duo R&B (My Boo, réalisé avec Usher).

8 millions de personnes, dont 4.5 millions aux USA, achètent l’album. L’impact international s’est légèrement amoindri, mais la crédibilité de la chanteuse en tant qu’icône de sa génération et réelle vendeuse d’albums n’est plus à faire.

Elle s’offre, pour le plaisir, un album live Unplugged au Brooklyn Academy of Music pour la chaîne MTV. Au cours de cette session, Alicia ajoute de nouveaux arrangements pour ses chansons originales ainsi que de nouvelles chansons. La session est publiée sur CD et DVD en octobre 2005. Simplement intitulé Unplugged, l’album débute à la première place au Billboard 200 avec la vente de 196 000 copies, dès la première semaine. L’album se vend à plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis, où il est certifié disque de platine par la RIAA, et vendu à plus deux millions d’exemplaires au niveau mondial. Là encore, c’est un record et l’album live le plus vendu de MTV après celui du groupe Nirvana. Tout ce qu’elle touche se transforme en or. Une superbe idée que de sortir cet album live à ce moment-là, car elle est aussi à son apothéose vocale: tout les titres y sont magnifiquement interprétés et confirment son statut sur la scène.

Elle décide, suite au décès de sa grand-mère, de s’éloigner quelques temps de la scène; elle se lance un peu dans le cinéma et explore d’autres horizons avant de décider de faire son retour en 2007, soit 4 ans après son dernier album.

Or, la scène musicale, et notamment la scène R&B mainstream, change énormément entre 2004 et 2006, au niveau des rotations radios. C’est quelque chose qu’elle comprend et anticipe, pour le meilleur…. et bientôt aussi le pire.

La tentation « Every One».

« As I Am », le 3e album de Keys, est lancé par le single « No One ». C’était la dernière chanson enregistrée pour l’album et aussi demandée par la maison de disques qui, à la première écoute de l’opus, n’y voit pas de singles porteur. Alicia écrit le titre toute seule, puis le finalise avec Krucial Keys et cela donne un titre R&B aux sonorités Hip Hop chanté, voire un peu hurlé, un demi-octave au-dessus de sa tessiture habituelle. À l’heure où la scène mainstream se transforme avec Timberlake, Leona Lewis ou même Aguilera, « No One » sonne comme une sorte de synthèse sonore et devient un hymne national radiophonique mondial. Le titre est diffusé partout, acheté partout et passe 10 semaines en tête des charts américains. Son plus gros succès sur ce format. Dans cette énorme dynamique, il porte aussi l’album « As I Am » qui améliore son précédent record avec 741.000 ventes en première semaine. La meilleure première semaine de tous les temps pour une chanteuse de R&B, prouvant ainsi que la fanbase d’Alicia, fidèle, avait encore répondu à l’appel, malgré qu’elle jouait encore sur les 2 tableaux. Sa crédibilité étant intacte, elle propose aussi des singles plus R&B comme « Like You’ll Never See Me Again » ou encore « Teenage Love Affair » et «  Superwoman ». Il y a encore ce besoin de rester toujours fidèle à son audience mais, passé le buzz fou-furieux de « No One », on commence à apercevoir une sorte de dichotomie entre la première audience d’Alicia et elle-même. Les autres singles du disque ont beaucoup de mal à trouver leur audience et ses prestations vocales, souvent hurlées, se font parfois critiquer.

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Elle réussit malgré tout à franchir la barre des 5 millions de ventes. C’est bien. 3 millions de moins que la première fois, mais c’est encore bien. La grosse différence est qu’elle vend énormément sur les premiers jours (le buzz) et que l’érosion est assez rapide. Le public urbain n’est pas totalement présent dans cette ère. Elle gagne 3 autres Grammy Awards: le prix de la meilleure performance vocale R&B féminine et le prix de la meilleure chanson R&B et plus tard aussi la meilleure performance vocale pour une artiste féminine R&B pour son single Superwoman.

Toutefois, c’est là qu’elle commence à se perdre et ne plus savoir ce qu’il faut réellement faire. Comme tout artiste dans sa situation, elle veut garder ses 2 audiences. Le souci est que « No One », chanté comme il était chanté, aurait très bien pu être proposé par Leona Lewis à la même époque. Si c’est un tube sur le coup, il lui fait perdre de ce côté très authentique que beaucoup aimaient chez elle dès les premiers jours. De ce coté, ayant l’impression que « No One » a marché, elle se dit que le public attend d’elle de continuer dans cette voie et décide pour le prochain album de se libérer.

Sauvée par New-York.

« The Elements Of Freedom » porte à cet effet bien son nom, car c’est l’opus « mainstream » d‘Alicia: elle entend se démocratiser. L’album s’inspire grandement de l’aspect pop de l’oeuvre de Prince des 80’s, avec une volonté de toucher un large public sans paraître trop vorace. Elle tient cependant bien à changer son image et contacte même Beyonce pour un duo produit par son mari Swizz Beats (Put In a Love Song), qui s’éloigne totalement de son son habituel. Elle a aussi recours aux services d’un jeune artiste de l’époque, Drake, qui lui sauvera un peu la mise.

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En effet, Alicia Keys arrive en se disant que son public attend d’elle qu’elle fasse plus de mélanges sonores. Elle comprend mal le message envoyé sur « As I Am » qui est en fait l’inverse. Elle décide ainsi dès le premier single de faire une copie de « No One » qui s’intitule « Doesn’t Mean Anything ». Un single très poppy, basé sur une boucle de piano simple et répétitive. La claque est violente. 60e place au Hot 100. C’est le plus mauvais accueil pour un lead single dans sa carrière. Le public réagit immédiatement par la négative. Elle enchaine ensuite avec « Try To Sleep with a Broken Heart » qui est un peu plus dans l’attente de son public tout en restant très prince, mais qui souffre déjà de la mauvaise réception du 1er extrait ; En réalité, Alicia sera sauvée dans cette ère par son fameux duo avec Jay-z « Empire State Of Mind », extrait de l’opus «  The Blueprint ». Là, encore, c’est un coup de chance vu que c’est Mary J Blige qui devait chanter la chanson, mais à la dernière minute, Jay-z parit sur Keys et la chanson cartonne, notamment dans les radios urbaines ; Elle en fait même sa propre version « Empire State Of Mind ( part II) » qui lui permet de tenir la promotion de son album et d’être très visible sur la base de ce titre. L’illusion prend bien car elle arrive avec 417.000 ventes en première semaine, mais les critiques sont moins enthousiastes sur les précédents opus. Le bouche à oreille fonctionne aussi moins bien. Clive Davis comprend à ce moment qu’une deconnection s’est crée entre Alicia et son public de base, alors qu’elle prévoit de sortir le single « Put In a Love Song » avec Beyonce, il a la très bonne idée d’annuler l’exploitation de ce titre. Le titre aurait continué d’éloigner Alicia de sa base et n’aurait servi qu’à mettre en valeur Beyonce dont c’est le créneau. Malgré un clip tourné, le titre est annulé et c’est « Unthikable », co-écrite avec Drake et beaucoup plus R&B, qui est servi aux radios ; une excellente idée qui permet à Aicia de retrouver son audience. La chanson passe plusieurs semaines en tête des charts R&B et elle pousse plus de 600.000 copies, pendant l’exploitation de ce titre.

« The Elements Of Freedom » finit sa course à 1.4 millions aux USA et à 3.5 millions de ventes dans le monde. Là encore, c’est bien, mais on voit bien à l’exploitation du disque que ses 2 plu gros tubes (Unthikable) et «(Empire State Of Mind), les chansons qui ont permis de vendre cet album, n’auraient pas été exploitées, si ça ne tenait qu’ à elle. Elle avait envie d’assumer le pont qu’était cet album vers une nouvelle Alicia, une nouvelle liberté, mas le public n’était pas réellement prêt à le faire. Clive Davis et son équipe réussissent cependant à rattraper le coup à sauve l’honneur.

Mais à la fin de l’exploitation de cet opus d’Alicia, il se produira un événement assez majeur dans sa carrière . Le fameux label de Clive Davis sur lequel elle avait signé (et dont elle était la reine) J Records ferme ses portes. Les artistes sont transférés chez RCA et dans son envie de s’émanciper, elle se sépare de son fameux manager Jeff Robinson et travaille beaucoup moins avec son producteur et ami de depuis les débuts Krucial Keys.

La fille est en Feu…

Le divorce.
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Pour ce 5e album, Keys décide de s’entourer de plusieurs gros producteurs R&B dans une démarche qui s’opposait finalement à celle dans laquelle avait été construite. Clive avait compris qu’il était important pour elle d’avoir un son précis qui s’émancipait, mais pas que les autres lui donnent des sons qui s’identifient à eux. Qu’ cela ne tienne, libre, elle prend Rodney Jerkins, Babyface, Pop & Oak, Salaam Remi ou encore Dr.Dre et Emeli Sandé sur cet album. Elle comprend aussi le flop de « Doesn’t Mean Anything », les envies de son public urbain mais pense avoir trouvé la parade ; La chanson « Girl On Fire « est un nouveau titre plus pop gueulé pour séduire les grosses radios populaires et elle se dit qu’en proposant plusieurs versions, le public R&B y trouvera son compte.

On a une version pop solo.

Une version pop avec Nicki Minaj.

Et une version R&B dans l’esprit de la Alicia Keys des débuts.

Bien sur, c’est la version pop qui est mat traquée aux radios (avec une énorme aide d’RCA), mais la version R&B censée rassurer l’audience d’Alicia ne le fait. Au contraire, la diffusion massive et la promotion massive de « Girl On Fire » dans les médias créent un divorce entre Keys et ses fans les plus hardus. Ils le lui font savoir dès la première semaine de ventes de l’opus qui début à 150.000 ventes seulement. C’est un séisme pour celle qui était la meilleure vendeuse d’albums de la génération passée. Un signe fort avancé par l’érosion de la fanbase, mais la lassitude ne s’arrête pas là. Aucun des autres singles ne trouvera réellement dans les charts pour des raisons finalement assez simples.

En proposant « Girl On Fire », le public pop très logiquement attend d’elle qu’elle soit toujours dans une ligne de chansons identiques ou qu’elle suive les modes. Le public R&B de son côté, lassé et usé par ses différentes démarches lui ne la suit que moyennement et même des titres qu’il aurait pu porter comme « Fire We make » de Maxwell, tombent finalement à plat. La rencontre entre les 2 icônes du R&B rehaussent un peu les ventes de l’album qui finira sa course à 800.000 exemplaires, mais sa petite exposition est à ce moment-là le signe qu’Alicia a perdu cette image, d’incarnation de la soul moderne pour la scène R&B. Elle est devenue au fil des errances une chanteuse un peu comme les autres,qui pour eux n’incarne plus réellement la fraicheur et l’affirmation de ses premiers pas. Sa banalisation avec des premiers singles très pop la dessert auprès de son audience mère, qui est pourtant celle qui achète ses albums.

Et ces derniers le lui font payer cher, car le désintérêt autour d’Alicia et le divorce se signe avec ce single et cet album, qui n’aura aucun autre single classé au hot 100 que « Girl On Fire  » .

A partir ce moment-là, elle est aux abois et essaie tous les styles pour se relancer. Un titre très urbain hip hop avec Swizz Beats  « new day« , essaie de revenir aux sources avec  » Tears Always Win »,.. mais quelque chose s’est brisé.

Tentative de relances.

A la fin de l’opus « Girl On fire », Alicia et son équipe comprennent assez bien la déconnection avec son audience et ils en comprennent même les rasons, mais ils ne savent plus ce qu’il faut faire pour les retrouver. Elle se lance alors dans une reconquête plutôt difficile. Elle crée un site de partages d’inédits « The Vault  » pour tisser un lien fort avec ses fans, mais celui-ci ne prend pas. Elle fait alors ce qui sera un mauvais choix. C’est le choix de tester plusieurs styles, en espérant que l’un prenne.

Quand Pharrell cartonne de nouveau avec Robin Thicke et « Happy ». Elle fait appel à lui pour un single produit avec le rappeur du moment Kendrick Lamar. « It’s On ».

Il est censé être inclus dans la B.O de Spiderman, mais ne prend pas du tout.

Ensuite, elle fait marche arrière

  • Une ballade R&B-pop mielleuse « We Are Here » censée lutter pour une cause humanitaire.

Là encore, c’est sans effets.

  • En 2015, voyons le retour du son urbain, elle a un single très hip hop «  28 Thousands Days » qu’elle propose, mais là encore, rien ne se passe.

C’est à dire qu’elle accumule les titres très différents les uns des autres, qui ne plaise pas au public pop, mais qui continue de dérouter les fans de la première heure. Outre sa musique, la POP dévoile les faiblesses d’une interprète qui n’a plus la même flamboyance vocale. Le fait de chanter des titres gueulés à répétition et souvent au dessus de sa tessiture lui fait beaucoup de mal . Des gens qui ne la reconnaissent plus vraiment et beaucoup décident de lâcher l’affaire.

La déception « here ».
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En Novembre 2016, « Here » le dernier album de Keys est sorti et il totalise moins de 200.000 ventes dans le monde à ce jour. Un naufrage… mais un naufrage annoncé. Keys a enregistré une centaine de chansons et on peut sans doute assumer qu’elles étaient dans des styles différents. Il y a depuis quelques temps aux USA, une montée de la « blackness », une envie de s’assumer en tant que noir. C’est un mouvement qui poussé par le Black Lives Matter touche les artistes. Soucieuse à sa manière de beaucoup de causes sociales, elle ne pouvait pas se dérober à cette « tendance », sauf que là encore, elle n’a pas très bien sur jouer ses cartes.

Toujours dans cette idée de touche le public pop et de les amener vers quelque chose de plus « noir », elle n’a pas su assumer son projet pour ce qu’il était. Elle a voulu l’introduire avec un titre pop urbain sympathique et radiophonique « In Common » qui aurait très bin pu être porté par Selena Gomez ou Drake. La chanson aurait d’ailleurs surement été un carton avec ces deux-là, mais malheureusement pour Alicia, ce n’est pas du tout ce que son public attend de sa part. Le single sera donc un échec aussi bien en streaming, que dans les classement de ventes. Il n’entrera même pas au Hot 100 américain. Une première pour un single de Keys. Pareil, la ballade pop gospel « Hallelujah » ne séduit pas et elle se retrouve bloquée. Pourquoi ? Parce que c’était les 2 chansons censées permettre au grand public de s’intéresser à l’album. Perdue et finalement un peu désespérée, elle décide après une promotion intensive de supprimer les 2 chansons de certaines éditions américaines de l’album, afin qu’elle ne serve pas de repoussoir au disque.

Un album gâché.

En effet, « Here » est un album qui repart sur l’histoire des noirs de New-York. Bien que souvent très redondante, elle essaie d’aborder à sa manière les préoccupations de ses familles, des hommes et des femmes de la ville où elle a grandi. C’est aussi pour ça que le son du disque est profondément hip hop old school avec des influences soul/jazzy. C’est une ode à l’histoire d’une ville et, s’il avait été assumé dès la base comme tel il aurait sans doute permis à Alicia de se reconnecter avec beaucoup de ses fans. Le fait d’avoir voulu se donner une image ( le #nomakeup) qui s’est avéré un coup Marketing totalement raté l’a empêchée de vendre son album pour ce qu’il était vraiment , aux gens qui auraient pu écouté et acheté ce disque. Ce qui lui a permis de vendre autant d’albums et d’être encore aujourd’hui la chanteuse noire qui a vendu le plus d’opus aux USA depuis 2000,  loin devant Beyonce ou même Rihanna, c’est la relation de confiance qu’elle avait avec son public. Beaucoup moins de tubes populaires, mais un gage de qualité. Les gens savaient ce qu’ils voulaient et ce qu’ils allaient trouver dans un album d’Alicia et c’est comme cela que Clive l’avait conçu, comme expliqué plus haut. Dès qu’elle a commencé à perdre cette spécificité pour aller jouer sur le terrain des autres. Elle s’est brulée les ailes, car son audience est partie et on le voit avec « Here ». Sans être du très grand Alicia Keys, l’album fait un pont. C’est effectivement un retour aux sources avec des titres beaucoup plus soul comme «  Illusion Of A Bliss »   le terrible  » Work On It » ou encore l’engageant «  Pawn It All » avec sa directe liaison aux chants des negro-spirituals. Globalement, il y a un souci mélodique évident et vocalement, c’est beaucoup moins soyeux qu’avant, mais dans l’idée,  elle a fait un album urbain assez cohérent. Seulement,  les tentatives de singles dans tous les genres et le titre  » In Common » ( qu’elle désavoue au final quand elle comprend son erreur) ont tué son ancienne image et son coup du #NomakeUp a malgré elle élagué le propos de fond du disque. Très peu de gens savent finalement quels sont les thèmes réels de « Here » et c’est en ça qu’il est gâché, car certes, ce n’est pas un album calibré pour les grosses radios, beaucoup moins « easy-listening« , mais c’est un album bien plus cohérent que ses 2 prédécesseurs.  

La Playlist.

Cette playlist regroupe les très bons titres d’Alicia Keys qui n’ont pas été des singles. Elle suit chronologiquement l’article avec 3 chansons pour chaque album. Suivez le compte de Musicfeelings sur Deezer pour découvrir plusieurs autres inédits.

Un retour possible.

Avec un nom comme le sien et la carrière qu’elle a eu, Alicia a toujours des chances d’inverser la tendance et de se relancer, surtout qu’elle a une chose qui la différencie des autres chanteurs de R&B ( notamment Usher), c’est qu’elle est loin d’être bête. Elle comprend et fait toujours l’analyse de ses échecs. Ses réactions sont souvent tardives ou inadaptées, mais elle sait toujours ce pourquoi ça marche moins bien. Le fait d’avoir proposé une version R&B de « Girl On Fire » ou le fait d’avoir retiré « In Common » de la version simple de « Here » par exemple, montre qu’elle a été consciente  de ce qui agaçait ou repoussait son audience. Autre fait qui a marqué sa carrière, c’est son mariage très médiatisé aux USA avec Swizz Beats.  Les américains ont cette manie de lier vie privée et vie publique qu’on retrouve  peu en France, par exemple. Alicia en a fait les frais en épousant Swizz Beats,  qui était mariée à une autre chanteuse Mashonda. Une histoire de « tromperie » et de « voleuse de maris » qui a pris des proportions absolument énormes.  Mashona a fait le tour des médias américains en ex-épouse éplorée et une grosse partie des ménagères noires américaines (le socle d’Alicia) se sont senties concernées et ont été très violentes  à son égard. Très souvent (et même de nos jours encore), on retrouve des références à cette affaire sur les réseaux sociaux. Un fait extérieur à sa vie musicale qui a néanmoins entaché son image…. et dont elle était bien consciente. C’est pour cela qu’elle a écrit la chanson « Blended Family » où elle s’adresse au fils de Mashonda ( fils de son mari avant mariage) avec Mashonda elle-même dans le clip. Oui, ils sont une famille unie aujourd’hui.  Oui, ils se sont tous réconciliés.

Un message direct à cette histoire qui avait fait beaucoup parler. Contrairement à des artistes comme (Usher ou Mariah Carey) qui n’arrivent pas cibler les rasons de leur « chute ». Alicia a néanmoins en elle cette lucidité, qui pourrait l’aider à retrouver d’une part, l’homme de ses débuts, à savoir Krucial Keys ( dont l’absence est remarquée, notamment au niveau des mélodies ) et progressivement  (car ce sera surement un travail de longue haleine) reconquérir ce public, qui a fait d’elle, une des artistes majeures des années 00’s.

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