J’ai longtemps pensé que Katy Perry était l’une des filles les plus intelligentes de la scène pop, qu’elle était particulièrement maligne dans la manière dont elle a su se positionner à son arrivée sur la scène. Chanteuse médiocre, parolière correcte et mélodiste de talent, elle n’avait en réalité pas grand chose pour elle, car des filles comme elle, il y en a des dizaines dans l’industrie du disque américaine. Toutefois, la chose qui fait qu’elle est devenue ce qu’elle est devenue, c’est ce personnage de fille accessible, qui ne se prend pas au sérieux, fusionnée avec l’alchimie avec l’un des hommes les plus populaires de la scène musicale pop de ces 10 dernières années : Dr.Luke.

Elle a su le créer au bon moment, en 2008, quand les anciennes idoles pour ados (Britney et Christina, etc) pointaient en fin de course, et était surtout le parfait contre-poids face à la mégalomanie maladive de Lady Gaga, qui a cru qu’elle était devenue David Bowie, parce qu’ils ont tous deux utilisé le mot « dance » dans une de leurs chansons.

Perry a séduit une nouvelle génération d’adolescents en jouant très bien sur l’affectif. Si Britney par exemple, à son époque, impressionnait avec ses pas de danse (c’était tout copié de Janet, mais c’était déjà ça de fait), Katy, elle, est juste sympathique, elle fait rire… et à défaut d’être une grande chanteuse, c’est la « bonne copine », qui parle de choses dont on parle entre copines. C’est suffisamment cul-cul pour faire fondre les petites filles, et juste ce qu’il faut de faussement transgressif pour ne pas faire fuir un certain public plus adulte, ou même une base gay (chose très importante pour une pop star) :  » J’ai embrassé une fille et j’ai aimé ça », « tu es chaud et froid »... Macy Gray avait refusé « I Kissed A Girl » et elle a eu raison. La chanson n’avait rien d’exceptionnel. C’est la manière de la vendre qui a plu et non le titre en lui-même.

Le titre  » I Kissed a Girl » de Katy Perry était destiné à …

Là, vous allez tous me dire que c’est un peu le cas de toutes les popstars. Ce n’est pas faux, mais Katy Perry a réalisé un coup de maître sur la scène pop dans ce même créneau. En 2010, quand tous ses camarades se lancent à fond dans la pop/dance de Guetta, quand les ondes sont inondées par cette musique, elle les prend de court et propose « Teenage Dream ». Un projet qui porte magnifiquement bien son nom. C’est la quintessence même d’une pop extrêmement sucrée, non agressive et surtout, et ça il faut bien lui reconnaître, efficace. Qu’on aime ou pas (et sur Musicfeelings, on a dit ce que l’on pensait de ce disque), il est indéniable qu’il était très bien réalisé et très bien pensé. Le but était de faire contre-poids à toutes les autres pop stars avec une pop classique et nostalgique, et surtout portée par un univers visuel assez gigantesque. Là encore, elle a su sublimer son manque de fond véritable, avec un univers visuel assez impressionnant, pouvant toucher un public bien au-delà de sa base. Il y avait aussi eu ce que beaucoup ont considéré comme un scandale, à savoir le fait qu’elle ait réussi à obtenir avec ce disque 5 numéros 1, entrant ainsi dans l’histoire de la musique, en ayant le seul opus à faire jeu égal avec « Bad » de Michael Jackson.

Musicalement, il y a un fossé tellement grand entre les 2, qu’il n’y a pas de comparaison possible …. mais en réalité, ça se comprend assez facilement, surtout comparé à la mauvaise pop dance qui était proposée par ses consœurs. A l’époque, Def Jam vendait ce qu’ils appelaient « le nouveau thriller », avec « Loud » de Rihanna, parce qu’ils avaient pioché dans tous les styles musicaux pour faire une parodie d’album et espéraient que chacun d’entre eux soit un tube. La formule classique de Rihanna. Mais bien qu’elle ait eu son succès, elle n’a pas fait jeu égal avec « Teenage Dream », qui lui, était cohérent de bout en bout. Musicalement, c’est hyper simple, voire simplet, mais c’est ficelé pour que les refrains restent en tête et que les thèmes soient encore plus passe-partout que l’acteur de « Fort Boyard ».

Avec ce disque, tant sur le plan musical que visuel, elle a sans doute aucun su tirer son épingle du jeu et effacer toutes ses rivales, en étant encore une fois terriblement simple (voire même basique certes) mais efficace. Elle avait su à qui s’adresser et comment le faire. Il y avait même eu racolage des artistes hip-hop avec Missy, ou encore Kanye West, toujours dans un esprit « bon-enfant ».

Ce même esprit qu’elle n’a pas non plus perdu sur « Prism ». C’est un peu ce que l’on appelle souvent « l’opus impossible ». Quand on a un aussi gros succès qu’avec « Teenage Dream », on est obligé de redescendre avec le suivant. Et surtout, humainement, jouer la carte de la bonne copine, un peu bébête, c’est lassant. On a envie d’évoluer, c’est humain. Quand on a « tout », on a envie de plus. Et Katy Perry, la chanteuse médiocre, parolière moyenne, et la plus ou moins bonne mélodiste, s’est mise à se rêver artiste.

Quand tu ne gagnes pas de Grammy, que tu sors avec John Mayer et pas mal de gens dans le milieu artistique qui voient ta musique comme elle est vraiment, malgré ton succès populaire, tu as envie de leur prouver qu’ils ont tord. C’est dans cette idée là qu’elle va enregistrer « Prism », mais rien ne ressort ainsi. Les thèmes sont abordés de façon légèrement plus mature, mais ça reste un album sucré et assez simpliste. Beaucoup de clins d’oeil à la pop des 90’s (Birthday, Walking On Air,  This Is How We Do It) mais ça reste dans un esprit de production minimaliste et accessible. C’est d’ailleurs pour ça que le succès des titres « Roar » ou « Dark Horse » n’a pas surpris. Y compris dans le visuel, on retrouvait bien toujours l’univers sucré au service d’une pop lisse, qui ne fait pas de mal à une mouche..

Ce concept toujours tenu et défendu d’une main de fer par Dr. Luke, son ami, son binôme dans toutes ses aventures et l’homme qui produit l’extrême majeure partie de ses hits.

Comme dit plus haut, c’est une parolière qui peut faire de bonnes mélodies. Elle a d’ailleurs un style en ce sens. Quand on écoute les titres de Katy Perry pour d’autres artistes,  aussi bien les soit-disantes rappeuses (Iggy Azalea, Nicki Minaj) ou même des filles comme Kelly Clarkson, on reconnait assez vite sa patte.

Mais malheureusement pour elle, le syndrome de la pop star bien marquetée qui se veut soudainement grande artiste a continué à grandir en elle. Et au pire moment, car Dr. Luke, l’homme qui la soutient et qui avait compris qui elle était pour en sortir le meilleur, est mis hors de la scène. Accusé de viol (par la chanteuse Kesha), il n’est plus de bon ton de travailler avec lui, surtout quand on se dit « féministe ».

En réalité, c’est une hypocrisie totale. En 2013, l’affaire Kesha était déjà connue et elle était en studio avec Luke, mais vu que c’est médiatisé depuis seulement quelques mois, elle ne peut plus assumer auprès du grand public leurs liens. Parallèlement, elle essaie donc d’évoluer et de livrer l’album « dark » dont elle parle depuis 2012, et c’est ainsi qu’arrive donc « Witness ».

Le naufrage

Autant, les 3 projets de Perry sont assez simples, directs et faciles à comprendre au niveau de la cible et du ton (ce qui fait leur force), autant celui-ci est totalement incompréhensible. J’ai écouté une première fois, et ça m’a surpris. Je l’ai réécouté, une seconde fois, et je ne comprenais toujours pas. Il y a comme une dichotomie. Comme si des choses qui ne devaient pas s’assembler étaient mélangées. Et c’est au bout de la troisième fois que j’ai bien compris.

Katy Perry  a gardé tous ses tics vocaux, son écriture basique et ses histoires à l’eau de rose qu’elle fait passer pour de l’affirmation de soi. Mais le gros hic, c’est que dans son désir de paraître plus mature et sans son acolyte de toujours pour la diriger, elle a fait produire l’album par une pléiade de gens avec qui elle n’a absolument aucune alchimie. Ce n’est pas tant les productions très electro de Purithy Ring, l’éternelle paresse de Max Martin, et le manque d’originalité globale du projet , qui sont pointés ici. C’est juste que ça ne fonctionne pas. Ils lui pondent des choses hyper surchargées, bourrées d’éléments qui puisent leur inspiration dans la pop 80’s, ou ( trop souvent d’ailleurs) dans la dance 90’s, et finalement, elle-même est totalement noyée dans tout ça. Ses mélodies sont encore accrocheuses,  ses gimmicks sont toujours les mêmes, c’est juste qu’il n’y a aucun lien entre ce qu’elle livre elle.. et ce que le producteurs produisent. Comme une greffe d’organes qui ne fonctionnerait pas. Ce n’est pas organique, c’est poussif, et même lourdingue à certains moments.

Maintenant que Katy Perry écrit des chansons pour les « rappeuses » Nicki Minaj et Iggy Azalea.

Il y a quelques moments où on la retrouve  un peu (Witness), ou encore (Roulette), mais l’ensemble reste anecdotique et dramatiquement faible. Un exemple assez probant, c’est MikeWillMadeit, son créneau, c’est l’urban-pop qu’il réussit souvent assez bien comme sur l’opus de Miley Cyrus. Ici, Katy ayant surement dit qu’elle voulait quelque chose de « Dark », il a du lui envoyer par mail, une production electro/pop « Tsunami » qui sonne comme une demo d’une chanteuse K-pop. Parce qu’il faut bien comprendre est que  la structure d’un opus dépend toujours de l’idée du producteur principal, qui est souvent aussi le producteur exécutif. Ici, Luke n’étant pas présent pour donner le ton, Perry a été confié à un Martin incohérent, qui lui livre un opus indéfendable. En effet, les 2 singles qui n’ont pas marché ( aux USA) sont assez tristement les chansons les plus radiophoniques du disque, ça en dit long sur le niveau de celui-ci, et c’est surtout le signe d’une fin d’un règne de près de 10 ans. Elle était habituée comme expliqué plus haut, à  avoir des projets qui rengorgent de singles. Les chiffres de seconde semaine montrent déjà que l’opus ne tient pas sur la longueur. Soit, elle va trouver le moyen de se rattraper au plus vite ( en faisant oublier ce projet et son affreux visuel), soit, elle s’avance dans une traversée du désert encore plus douloureuse que celle de Lady Gaga, dont elle se moquait en 2013.

La roue tourne.

Triste Réalité!