Elle est présentée comme l’une des nouvelles étoiles de la scène R&B depuis  2 ou 3 ans. Diddy dit d’elle qu’elle en incarne le renouvellement. Il est allé jusqu’à la remercier d’avoir « sauvé » la scène R&B. Ses 2 mixtapes ont reçu un très bel accueil, aussi bien « Cloud 19″, que « You Should Be Here », qui lui a carrément valu une nomination aux Grammy. C’est à dire qu’on n’était plus censé réellement faire ça, depuis quelques années. Kehlani était partie pour être le nouveau bulldozer, la coqueluche d’un genre largué (sur le plan commercial), une sorte de réanimateur d’une scène en berne en terme de visibilité. Et c’est pour ça que son premier album « Sweet Sexy Savage » sorti au mois de février dernier était très attendu. Exit les producteurs superstars et donc les productions recyclées de chez recyclées comme la plupart de ses consœurs. La chanteuse (contrairement à  l’une de ses rivales, Tinashe) semble savoir ce qu’elle est artistiquement. Elle se libère donc des hommes qui travaillent actuellement avec tout le monde pour confier la tâche, la conception de son disque, à une équipe bien moins vulgarisée aux oreilles du grand public.

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« Sexy ».

En suivant le titre de l’opus, ce qui est sexy dans ce disque vient sans doute aucun des productions. Elle s’inspire clairement beaucoup des travaux d’Aaliyah, de Brandy et des TLC, en étant néanmoins bien plus pop, au niveau du chant et de la construction. « Undercover », « Escape » ou encore « Too Much » sont assez représentatifs de cet état de fait. Il y a une vraie fraîcheur qui se dégage de son travail, parce qu’elle a su s’éloigner des producteurs que tout le monde écoute, pour donner leur chance à des jeunes personnes, qui ont les mêmes influences qu’elle et qui ont aussi une liberté. Ils n’ont pas la pression du tube ou du succès à tout prix, donc il y a cette possibilité de lâcher prise et de donner tout ce qu’on a.

« Sweet ».

Ce mélange et cette alchimie sonore, donne aussi un côté « sweet » au disque, c’est à dire qu’il s’écoute assez bien. De la première chanson (qui est d’ailleurs très efficace) « Keep On » au dernier titre « I wanna Be » ( avec ses influences ragga), l’album se comprend. Elle embrasse beaucoup de genres, sans globalement perdre l’unicité sonore du projet et c’est tout à son honneur. A certains moments, on tombe dans la totale niaiserie adolescente (Hold Me BY The Heart), ou dans le redondance avec « Get Like », mais ça n’effrite pas le côté « light » et agréable de l’ensemble du projet. Il se consomme comme un petit bracelet de sucreries, assez différentes les unes des autres au visuel, mais qui fondent tous de la même manière dans la bouche. C’est pareil pour les titres de Kehlani dans cet album,  tout n’est pas au même niveau, mais on voit néanmoins qu’il y a un lien entre les chansons.

… mais pas si « Savage ».

Toutefois, bien qu’étant « Sexy » ( au de niveau de la précision des productions)  et « Sweet » avec les qualités énoncées plus haut, l’album de Kehlani manque d’une chose finalement cruciale dans l’exercice qui est le sien : un vrai travail vocal.  Dans sa volonté de vouloir ressusciter le son R&B des années 00’s, en y ajoutant des touches trap et pop, elle est vraiment assez calée sur la production et aussi sur le choix des chansons. Encore une fois, c’est discutable en terme de qualité, mais compréhensible en terme de direction artistique. C’est suffisamment rare de nos jours pour être noté, mais son gros souci est qu’elle n’est malheureusement pas une bonne chanteuse R&B. Etre une bonne chanteuse ne signifie pas être une Whitney Houston ou une Mariah Carey (qui sont d’ailleurs plus des chanteuses pop qu’R&B), mais c’est avoir une vraie maîtrise de sa voix, de ses harmonies et de son timbre. Kehlani est une fille qui a un joli filet de voix, mais c’est assez vide, voire banal. C’est mignon et très plat, voire creux à la fois. Elle sonne souvent très « teenage », ce qui fait que beaucoup de titres n’ont pas toute la dimension qu’ils auraient pu avoir, portés par de très bonnes vocalistes. Il y a comme une sorte de frustration sur cet état de fait, qui est renforcé par le fait qu’elle utilise l’autotune tout le long des titres et que ça s’entend nettement. On n’a pas toute la ferveur que des Monica, Tamia ou même LeToya auraient pu donner à de telles chansons, et ça fragilise son projet.

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Sweet, Sexy et pas si Savage.

C’est une fille qui a de la culture et un certain culôt dans son approche. Elle permet sans doute à un très jeune public d’écouter des sonorités R&B, qui sont devenues assez rares sur la scène mainstream. Toutefois, cette limite vocale très claire lui joue encore des tours et l’empêche d’ailleurs exploser commercialement. Pour le public de puriste, c’est encore trop light, et vers un public plus profane, c’est peut-être trop 00’s au niveau des influences.

Triste Réalité!

14/20.