3 ans après son tour de force avec son album éponyme, Beyoncé a fait son retour cette semaine avec « Lemonade« . Un autre album surprise proposé juste après la diffusion d’un film regroupant tous les clips de l’album sur HBO. Après 18 ans de carrière et un succès qui ne se discute pas, l’ex-chanteuse des Destiny’s Child voit sa « carrière » prendre un réel tournant, aussi bien au niveau de la musique, que des thèmes et des idéologies avancés.

Beyoncé fut cette fille assez maladroite en interview, voire un peu téléguidée, dans les premières années de sa carrière. C’était la fille qui voulait être la fiancée de l’Amérique, alors elle ne disait jamais ce qu’il ne fallait pas dire, n’avait jamais un mot de travers; rien n’a jamais dépassé, ce qui a donné au personnage cette impression de fausseté, ce manque d’humanité, qui n’est pourtant pas à opposer avec son talent musical et scénique. Toutefois, la chanteuse a surpris en décidant de s’engager pour la cause des noirs aux U.S.A. Alors qu’on savait qu’elle avait soutenu quelques familles endeuillées mais qu’elle préférait toujours rester très discrète, la fille Knowles a effectué un tournant à 180°en arrivant au Superbowl avec « Formation« , une chanson trap malheureusement peu qualitative grâce à laquelle elle entendait cependant mettre en exergue certaines revendications pour la cause noire aux U.S.A. La prestation reprenait les codes du Black Panthers et de la lutte, un symbole fort qui n’a pas laissé certains indifférents, mais qui surtout s’inscrit dans la longue liste des symboles et images repérés dans l’album « Lemonade« , qui est bien heureusement musicalement et lyriquement supérieur à son premier single.

Le film.

Lemonade relève plus du documentaire que du film. On avait déjà abordé le fait que l’image compte bien plus que la musique de nos jours et Beyoncé a eu le génie de bien le comprendre elle aussi. C’est pourquoi sa communication est extrêmement léchée à ce niveau et ce film en est la preuve. Il dure 50 minutes, avec beaucoup de longueurs, mais la ligne directrice reste néanmoins visible. C’est un peu lent, souvent pompeux mais en terme de visuel, d’image, c’est parfaitement réalisé et c’est une victoire, car c’est le but de la démarche. Une démarche visuelle accessible, tout en étant dans cette recherche de crédibilité et de profondeur qui la malmène tout le long de la vidéo. Elle repart au fond d’elle-même, elle retrouve les origines premières de nombreux noirs-américaines, en allant jusqu’en Afrique.

Les références africaines.

Beyoncé s’est beaucoup intéressée à l’Afrique depuis 2008 et l’a montré à de nombreuses reprises, aussi bien en invitant les danseurs dans le clip de « Run The World« , qu’en samplant Fela Kuti ou encore avec le clip de « Grown Woman« , très inspiré par la chanteuse Tiwa Savage, entre autres. C’est quelque chose qui semble lui tenir à cœur et on en retrouve les signes dans la vidéo.

1.Oshun.

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Dans la vidéo du titre « Hold Up », où elle déambule dans les rues, énervée et agacée comme une Kelis dans le clip de « Young Fresh and New », elle s’est déguisée en Oshun. C’est la déesse de la beauté, de la spiritualité et de l’eau. Elle est surtout reconnue à Cuba, au Brésil et dans certains pays d’Afrique de l’est.

2.  Le « Body paiting ».Beyonce-Lemonade-Sorry-Ventures-AfricaToujours, inspirée par la culture Yoruba, Beyoncé a fait appel à Laolu Sebanjo, un artiste nigérian qui pratique de la peinture corporelle, en restant fidèle aux traditions de sa tribu. On le retrouve dans plusieurs clips « Sorry”, “Daddy’s Little Girl”, “Love Drought” ou encore “Forward« . Il qualifie son univers « d’Art sacré d’Ori », ori signifiant en Yoruba essence, âme, destinée.

On retrouve aussi plusieurs références aux croyances Voodoo, comme dans la vidéo de « Don’t Hurt Yourself ».

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3. Beyoncé en Nefertiti.

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Beyoncé arbore souvent l’afro mais dans cette scène particulière de son clip « Sorry », elle prend les traits de  Nefertiti. La fameuse reine égyptienne, 3e femme du roi Akhenaton, connue pour sa grande beauté et lucidité. Son nom signifie « la belle est venue« .

4. La poésie de Warshan Shire.

Elle avait déjà fait appel à l’écrivain nigériane Chimamanda Ngozi Adichie  pour la chanson «Flawless» extraite de l’opus Beyoncé. Cette fois, c’est Warsan Shire, une poétesse venue de la Somalie, qui a inspiré Beyonce. Tout au long de Lemonade, on l’entend reprendre plusieurs passages des différents poèmes. Ils sont le lien entre les différentes chansons; ils sont le fil conducteur de l’album.  (« Pour ces femmes qu’il est difficile d’aimer »), (« L’insoutenable pesanteur de devoir rester ») , («Grief a ses mains bleues dans ses cheveux »).

Les boucles d’oreille.

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Lemonade est donc un projet riche en références au continent Africain, et Beyonce semble vouloir tenir un message pour les femmes noires partout dans le monde. Ceci étant, toutes les filles noires sont géniales, certes, mais Beyoncé fait partie d’une industrie, a un égo conséquent et se voit toujours en meneuse donc elle ne s’oublie pas.

Un album revanchard, intelligent, mais un peu inégal.

Lemonade intervient après Beyoncé et s’inscrit dans une période tumultueuse pour les artistes noirs et pour les artistes R&B. On avait parlé du mal qu’ils ont à rentrer dans les radios Pop ou de leur incapacité à recevoir des prix aux cérémonies à qualité égale pour certains albums. Beyoncé a été touchée par cela, même si elle ne l’a pas montré. Lors des derniers Grammys, Kanye a grincé lorsqu’elle a perdu l’album de l’année face à Beck et c’était finalement un signe pour eux que c’était encore une défaite de la musique noire face au classicisme et au carcan du système qui préfère la pop, le rock ou la folk et qualifie souvent le R&B ou la soul de sous-genres. Lemonade a été construit dans cet écrit. C’est l’album le plus « noir » de Beyoncé dans sa culture, dans la manière dont elle s’exprime, dans la manière dont elle le vit, dont elle le représente mais, musicalement, c’est son opus le plus pop. C’est celui qui correspond le plus à ce que des magazines comme Rolling Stone, Times ou autres vont aimer et elle le sait parfaitement. En ça, l’opus est totalement opposé à « Formation » qui est finalement un titre trap léger, caricatural et très communautaire dans l’esprit et c’est très intéressant comme démarche parce qu’elle force finalement des gens qui ne l’auraient pas entendus à l’entendre… ou à l’entendre d’une manière qui n’était pas la même qu’il y a 1 ou 2 ans.

C’est un peu comme si elle leur disait « ah vous ne vouliez pas me prendre au sérieux parce que j’étais une jolie fille mignonne qui faisait du R&B? Bon maintenant « je suis une noire, je parle comme une noire, je m’habille comme une noire et je fais cette musique que vous trouvez élitiste« . La démarche est on ne peut plus louable mais la réalité n’est pas tout aussi réussie. La chanteuse a invité The Weeknd, Kendrick Lamar, mais aussi Jack White pour lui prêter main forte sur ce projet qui se compose de 12 chansons.

Le premier titre de l’album « Pray You catch me » est une pépite; sûrement l’une des meilleures ballades de sa carrière, le travail vocal y est pointilleux et précis. Elle dégage une vraie chaleur, tout en restant sobre dans l’interprétation. Il est suivi de « Hold Up » où elle retrouve Diplo sur un rythme reggae particulièrement catchy et efficace, sûrement le single le plus évident du disque tant la mélodie reste facilement en tête. « Don’t Hurt Yourself » nous emmène dans un univers rock assez cliché qui pêche surtout par l’interprétation de Beyoncé qui est sûrement l’un des point faibles du disque. Le chant souvent forcé-rauque est particulièrement désagréable et agaçant au fil des écoutes et l’album manque de sonorités R&B qui ont fait d’elle ce qu’elle est, on est souvent un peu déboussolés. Beyoncé a beau avoir ce talent vocal et cette puissance scénique, elle n’a pas d’identité sonore. Elle n’a pas un son qui la définit et qui peut faire la liaison entre ses travaux quand elle passe de la pop au R&B, ou du R&B au rock. Ce n’est pas quelque chose d’inné chez elle comme chez un Prince ou comme chez l’équipe Jimmy/Terry/Janet. Sur Lemonade, on voit les finitions des travaux, il y a quelque chose de pas naturel sur certaines chansons qui n’est pas du tout présent sur Dangerously In Love ou sur Beyoncé où elle est totalement dans son univers.

Le disque souffre d’un manque de cohérence au niveau des différentes influences. Le fait de faire un album varié n’implique pas de faire un album « pot-pourri ». On a de jolis moments avec la country-touch sur  « Daddy’s Little Girl », le monstrueux « Freedom » avec ses magnifiques chœurs gospel ou encore le  poignant « All Night » qui aurait malgré tout été mieux sans autotune. Globalement, c’est sûrement le disque le plus accessible de sa carrière en terme de public. Musicalement, les influences sont sympathiques et il s’écoute assez facilement, mais il y manque quelque chose de plus naturel. On a l’impression que les chansons ont été choisies chacune dans un but précis et on ne retrouve pas l’unicité du projet précèdent, ni la patte musicale réelle de l’artiste.

12.5/20.

L’histoire du disque.

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Quand on a fini de parler de la musique dans Lemonade, on est bien obligés de rentrer dans l’histoire du disque, dans les nombreuses couches de lectures qu’il peut y avoir. Sur Musicfeelings, nous les séparerons en 2 parties.

  1.  Le TaylorSwiftisme, la vie privée.

Taylor Swift a un atout depuis 5 ou 6 ans dans l’industrie, c’est qu’elle a très rapidement compris qu’il lui fallait « peopliser » sa musique. Chaque fois qu’un album de Taylor Swift arrive, elle a des paroles qui vise soit l’un de ses ex, soit son dernier amant, mais toujours quelque chose de suffisamment croustillant pour faire que la presse à scandales s’agite et à chaque fois, ça prend. Ses fans en parlent, ils y sont attachés et elle vend des millions de disques.

Beyoncé qui était restée toujours très carrée sur sa vie sentimentale, n’a que rarement usé de cette méthode avant aujourd’hui.

Elle en a profité quand tout allait bien mais les problèmes de son couple n’ont jamais été mis en scène de cette manière avant Lemonade, qui est clairement un opus où elle est dans la peau d’une femme bafouée, d’une mère trompée qui déploie sa véritable rage tout le long des titres envers l’homme derrière son malheur pour finir par tout lui pardonner à la fin et l’inviter à la « sauter au Reb lobster ». L’énorme fossé entre « Hold Up » et « Formation »  est aussi bien du côté musical que des lyric interpelle.

C’est la première lecture de l’album, c’est celle dont on parle dans tous les gros médias et c’était le but. Les infidélités présumées de Jay-z font fureur comme en 2015, au moment de la tournée « On the Run« , où elle reprenait son titre « Ressentment » en changeant les paroles pour les adapter à sa vie de couple. Cela avait alors propulsé les ventes des tickets, le public croyant que c’était leur dernière tournée et que le couple était au bord du divorce.

Elle maîtrise trop la communication pour ne pas savoir que ça arriverait donc c’était planifié mais, finalement, c’est une lecture qui fait de l’ombre aux autres lectures et aux sujets qu’elle essaie de mettre en avant dans l’album. En effet, pourquoi une femme qui se veut leader, qui se veut donneuse d’exemple, qui veut donner l’espoir se retrouve finalement à pleurer sur les infidélités d’un homme pendant 8 chansons d’un album de 12 chansons pour finir par expliquer à la fin « quand il me saute bien, je l’emmène au Reb lobster ». Quelle est la logique? Quelle est la cohérence?

 2. Partagée entre égocentrisme, blackpower et féminisme.

La seconde lecture du disque de Beyoncé est sûrement la plus forte et la plus importante. Elle veut inspirer les femmes noires et le fait au bon moment de sa carrière. C’est calculé, on ne sait pas si c’est sincère mais cela n’a finalement que peu d’importance. En effet, elle reprend à son compte des propos et des causes qui n’ont pas été les siennes avant mais qui peuvent néanmoins donner et inspirer des jeunes filles qui la voient comme un  exemple.

« La personne la moins respectée en Amérique est la femme noire ». C’est un propos fort et l’un des propos les plus véhéments du disque, auquel s’ajoute le fait de mettre en avant des légendes comme Serena Williams.

On retrouve aussi  Sybrina Fulton, la mère de Trayvon Martin et Lesley McSpadden, la mère de Michael Brown, deux jeunes hommes noirs abattus par la police.

 

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Tout en sortant des sentiers battus avec le métissage et des filles comme Zendaya,

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Elle sample la chanson Walk on By, un titre de Isaac Hayes, un des héros de la Blaxploitation et fait même un clin d’œil à Nina Simone que l’on entend chanter sur un tourne-disque.

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Le visuel de Freedom est particulièrement fort avec cet effet. Une véritable apologie de la force des femmes noires avec le texte de Kendrick Lamar qui interroge et renforce la force des origines (« Je suis wade, j’ai traversé les eaux et j’ai leur ait dit  » ne tirez pas »..)

Le film se termine d’ailleurs avec la grand-mère de Jay-z, Hattie White qui fait un speech et déclare  :

« J’ai eu des hauts et des bas mais j’ai toujours trouvé la force de me relever. On m’a donné des citrons et j’en ai fait une limonade ». 

C’est donc le thème de l’album de Beyoncé qui entend ici montrer que de nombreuses femmes noires n’ont pas toujours eu la vie facile mais trouvent toujours le moyen de se relever malgré les épreuves.

Il y a une envie d’inspirer et de porter quelque chose qui pourrait intéresser et c’est louable, même si elle le fait à une période propice, elle a le mérite de le faire. On ne peut pas mettre à la poubelle ou critiquer sa volonté de porter sa communauté dans un pays à l’histoire raciale aussi forte, sous prétexte qu’elle n’est pas sincère. L’argument est trop faible pour le souci de fond et l’acte de fond mené.

En revanche, Beyonce s’aime beaucoup. Si on donne du crédit à ses dires, on est censé donner du crédit à tous ses dires et aussi au nombre hallucinant d’ego-trip qu’elle a pondu depuis le début de sa carrière. Bow Down, Feeling Myself, Updrage U, etc. C’est un personnage qui voit quand même tout en restant centré sur elle. Elle ne détache pas sa vision du monde de la vision qu’elle a d’elle-même et si on en doutait encore, les paroles du duo avec Jack White sont à cet effet très intéressantes.

« Quand tu me fais du mal, tu t’en fais aussi
Ne te fais pas de mal
Quand tu te fous de ma gueule, tu te fous de la tienne
Ne te fais pas de mal
Quand tu me fais du mal, tu t’en fais aussi
Ne te fais pas de mal
Quand tu m’aimes, tu t’aimes aussi

Tu aimes dieu lui-même »

C’est bien là qu’on frôle le complexe de Kanye West, on est bien dans ce personnage qui a une très haute opinion d’elle-même et quoiqu’on pense de cet état de fait, c’est finalement le talon d’Achille de ce projet.

S’aimer n’est pas une mauvaise chose, au contraire, mais le fait de vouloir se prophétiser autant, quand de l’autre côté, on est jamais clair sur les points qu’on veut aborder sur sa propre vie privée est un souci dans l’ensemble de ce projet. Elle veut garder son image de femme de pouvoir, parfaite, tout en bénéficiant des arguments de la femme fragile et sympathique à laquelle tout le monde peut s’identifier. Ce ne sont pas 2 choses qui s’opposent en réalité, mais la dichotomie vient ici de la manière très froide, très peu humaine dont tout est présenté.  Si elle a été trompée, elle le dit au moment où elle veut le dire, de la manière dont elle veut le dire et pile au moment où elle sort un album. On ne peut nier une exploitation claire de la chose. De la même manière, si elle n’a pas été trompée, quelle est la femme qui voudrait ou aimerait voir son mari accusé d’infidélité à la face du monde, juste pour vendre un album?  Quelle est la féministe qui commence un album en disant qu’elle prie pur que son homme la trouve entrain d’épier ses messages, et le termine en disant que « lorsqu’il la b**se bien, elle l’amène au restaurant? ».

Pareil, dans Daddy Lessons, elle parle d’un père supposé décédé qui lui aurait dit de prendre soin de sa mère et de sa sœur, en lui disant que son mari n’était pas le bon homme pour elle. Là encore, certes Matthew Knowles n’a jamais aimé Jay-Z, ce n’est point un secret, mais il est vivant et contrairement à Harriet White, elle ne s’est pas faite seule. Certes, elle a du talent mais son père a joué un énorme rôle dans sa carrière. Et on pourrait continuer sur des incohérences comme ça pendant des heures sur les propos qu’elle tient et qui peuvent totalement flouer les messages qu’elle envoie. Ceci étant, il va désormais falloir se faire à l’idée que ça fera partie du personnage. Peut-être dans 10 ans, elle racontera dans une interview que tout ça n’était qu’un fantasme ou qu’elle se mettait dans la peau des femmes noires qui ont été trompées mais, à la manière d’une Mylène Farmer, elle est en train de se constituer une sorte de mythe. Elle veut être la reine auprès de son royaume, entretenir une espèce d’armée de fans prêts à tout pour la défendre, sans jamais être claire sur ce qu’elle vit vraiment. On retrouve les mêmes codes, les mêmes paroles ambiguës, la même volonté de double-sens dans les textes, l’absence d’interviews et tout est basé sur une image très forte, une image léchée,une image de femme de pouvoir, sexy, mystérieuse, particulière, qui se rêve grande penseuse du monde.

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La différence est que Mylène a entretenu ce personnage pendant 20 ans et s’est toujours gardée de s’exprimer sur quoi que ce soit de politique, parce qu’elle sait qu’il faut se livrer à un moment dans ce genre de cas. Beyoncé, elle, veut les mêmes honneurs, elle veut cette même fureur de reine intouchable, tout en essayant le plus possible de n’être jamais dans le vrai et le tangible.

C’est une ambition louable, sur un projet qui, encore une fois, ne manque pas de qualités et d’efforts au niveau de la réalisation, de la recherche et des codes utilisés; elle peut être fière d’elle. Elle s’est notamment transcendée visuellement, car elle a bien compris aussi qu’en 2016, on n’achète pas la musique, on achète ce qu’on voit et malgré des longueurs dans le documentaire, et aucun clip réellement marquant, il y a de nombreuses images fortes qui restent et s’imprègnent dans la mémoire du téléspectateur.

Maintenant, est-ce que les messages divulgués sont suffisamment clairs pour avoir un impact? Est-ce qu’on ne retiendra pas plus les infidélités de Jay-Z (d’ailleurs, c’est ce dont on parle le plus dans les médias) que la trame qu’elle essaie de faire pour la femme noire? L’ambivalence règne.. Rien ne nous permet d’affirmer que ce sera le cas, mais elle a le mérite avec cet album d’avoir poser un opus qui réussit à susciter une large attention. C’est le but d’une pop star. Musicalement, on ne sait pas toujours pas exactement qui elle est, mais elle maitrise à la perfection, son image, ce qu’il faut dire, et ce qu’il ne faut pas dire. C’est encore une fois l’argument principal pour un artiste populaire en 2016 et c’est donc l’ingredient essentiel à la réussite marketing évidente qu’est cette Lemonade.