Ella Mai, est sans doute aucun l’une des véritables explosions R&B de cette année. La jeune anglaise, signée chez Dj Mustard depuis 4 ans a finalement cartonné avec son titre « Bood’Up« . Personne n’avait misé sur cette chanson (extraite de son ep « Ready » sorti en 2017), et pourtant, elle est devenue en l’espace de quelque temps, un véritable hymne. 15 semaines en tête des charts R&B/Hip Hop, c’est tout simplement le plus gros tube R&B de la décennie 2010 et c’est un record d’autant plus louable qu’on est dans une ère du hip hop où tout le monde fuit ou délaisse un peu, le R&B. Beaucoup disaient d’ailleurs que le R&B était plus ou moins « mort » commercialement et c’est assez drôle de voir que c’est finalement une jeune fille d’origine anglaise qui classe un aussi gros tube sur le territoire américain, redonnant ainsi un soupçon d’intérêt commercial au genre. Il était donc temps de » confirmer », et c’est ce qu’elle a fait en envoyant un second single « Trip » dans la vibe du premier, mais en enregistrant surtout 13 autres chansons, quasiment toutes chaperonnées par son fidèle mentor, Dj Mustard. Hormis sur le titre «  Dangerous«  où il laisse la main à B.Cox, l’homme est omnipotent, omniprésent, il fait absolument tout.

 

Il se veut dans la tradition des grands couples du R&B mainstream : Brandy/Rodney. Alicia/ Krucial, Amerie/Rich Harrison; etc. Le grand producteur et sa talentueuse protégée, ce sont des associations qui font mouche et qui ont marqué des générations de fans de Rhymn and Blues, sauf que sur ce premier disque éponyme, on a pas totalement l’impression de retrouver la magie de ce schéma.

Bien sûr, Mustard produit (presque) toutes les chansons. Bien sûr, Ella Mai les chante toutes, mais ça n’en fait pas pour autant un couple totalement idyllique. Le succès de Mustard vient de son très synthétique et répétitif, c’est ainsi qu’il a pu imposer ses prods avec des succès comme « Rack City« ,  « My Nigga« , « Don’t Tell ‘Em« , il se démarque toujours par ce son très carré qui tourne carrément sur une boucle et des refrains très cycliques. Dans l’idéal, il lui aurait fallu une chanteuse qui habille beaucoup tout ça. Une fille qui est très très riche vocalement, afin de pouvoir combler la « sécheresse » des productions, mais il ne pouvait pas non plus prendre une fille de ce genre. En effet, nous sommes dans une ère où on aime plus entendre les chanteurs, ça n’aurait pas fait moderne. En ce moment, tout est auto-tuné et on a logiquement plus de mal avec les chanteurs ou chanteuses qui produisent un travail vocal très goulu. Mustard a donc choisi, une jeune fille qui écrit plutôt bien (c‘est même sa principale qualité.) et qui a une voix assez « banale », avec 2-3 vibes (toujours les mêmes) qu’elle case partout, mais c’est un profil simplet. Ella Mai a cette qualité de chanter presque tout sur le même ton, de manière assez linéaire, qui doit chatouiller l’égo de son illustre producteur, qui de fait est toujours très « présent ». C’est le principal reproche qu’on pourrait faire à ce disque. Les productions d’Ella Mai sont très similaires, pour une chanteuse qui en plus fait réellement vocalement, le strict minimum, une sorte de Monica sous cellophane. On aime les petites influences 00’s sur des titres comme « Dangerous« , la petite (voire mini) touche soul sur des chansons comme « Sauce » ou « Everything«  en compagnie de John Legend, ou encore le côté sulfureux de « Run My Mouth« , mais globalement, on tourne assez vite en rond.

Cela ne veut pas dire qu’on n’apprécie pas ce qu’on écoute, c’est plutôt mignon.  « Cheap Shot » avec la touche d’Harmony Samuels , « Gut Feeling » où elle tend assez tendrement la main à H.E.R, ou encore « Own It » sont sympathiques, mais l’ensemble n’arrive pas à nous enlever de la tête d’avoir déjà entendu la plupart des chansons une dizaine de fois. Le travail de Mustard est tellement synthétique et redondant qu’il finit par castrer sa chanteuse.  On en arrive même à penser que pour elle-même ce doit être une frustration, sachant qu’elle n’est déjà pas une immense vocaliste, de voir être limitée à poser sur des intrus aussi similaires, et surtout peu recherchées. Globalement, elle s’en sort pas trop avec ce qu’elle a, « Good Bad » et  » Whatchamamcallit«  pourraient être des singles, mais on reste dans un certain confort. 

C’est un album de producteur posée par une femme, mais il n’y a pas encore cette alchimie que les anciens couples ont su mettre en exergue. Elle en a peut-être plus dans le pantalon, sûrement même d’ailleurs, mais pour pouvoir aller au maximum de ses capacités, il lui faudra travailler avec un autre producteur que Mustard. De l’autre côté, elle doit se dire que sans cette formule très carrée, elle n’aurait sans doute pas eu son succès actuel.

Ce qui n’est pas faux ! Toutefois, quand on observe les chiffres de l’album qui démarre avec 55.000 ventes aux USA ( streaming inclus) et ce malgré 2 immenses tubes, on se rend bien compte qu’elle a encore un souci de crédibilité ou de personnalité. Comme si les gens aimaient bien les chansons parce qu’elles étaient cool et addictives, mais chantée par une ou une autre, ce serait tout aussi bien, voire mieux, ce qui met finalement bien en exergue le drame avec Jacquees.

[Focus] Quand Jacquees et Ella Mai s’étripent au sujet de la reprise de son single  » Trip ».

Beaucoup ont estimé que son interprétation était plus « vivante », ou l’ont préféré parce qu’ il y met clairement plus du sien dans la manière de poser. Elle, elle reste encore un peu nonchalante, encore une fois, ce côté lisse-passe partout associé à Mustard est une des raisons de son succès actuel, mais pour durer et s’imposer, il va clairement falloir qu’elle se dévoile plus.

Cet album est correct pour une première livraison, mais il fonctionne réellement comme une introduction, une mise en bouche. On attend plus d’elle, on pense qu’elle a les moyens de pousser encore un peu plus. La balle est désormais dans son camp ( et non dans celui de son producteur).

13/20.