8 ans, c’est une longue période. C’est dur de patienter pendant près de 3000 jours, sans album solo d’une des plus belles voix de l’histoire de la musique, c’est même un véritable supplice, malgré l’indubitable qualité du fameux « Love, Marriage, Divorce » avec Babyface, on avait envie d’avoir un nouveau projet solo de Toni Braxton, et ce fut donc avec plaisir qu’on a accueilli la nouvelle de  « Sex and Cigarettes » qui fait suite à « Pulse » en 2010. Lancé par un titre folk/pop acoustique, il laissait présager une orientation musicale plutôt éloignée de son visuel et du titre de l’opus. En effet, lorsqu’on en entend Toni Braxton (aussi connue pour son extrême sensualité) proposer à 50 ans, un opus qui s’intitule «  Sex and Cigarettes » avec une pochette, où elle est en  bikini dans sa salle de bains.. on pourrait penser qu’elle fait une crise et refuse de faire une musique qui pourrait être en accord avec son évolution et peut-être aussi celle de son public. Il n’en est rien. C’est finalement un peu comme une sorte de « trompe-oeil », une sorte d’habillage qui n’a pas grand chose à voir avec la réalité. Avec ce 8e disque qui ne se compose malheureusement que de 8 chansons (une par année, c’est bien maigre), Toni surprend sans réellement le faire. Elle prend volontairement une direction pop feutrée et mature pour ce disque. Un parti-pris qui s’explique par plusieurs raisons, mais surtout la comparaison avec ses 2 sœurs.

En effet, Tamar s’est construit une carrière et une petite popularité en s’exerçant sur un créneau R&B très classique, voire formule… et toujours diligenté par sa grande sœur. Les petites sœurs  de la famille Braxton ont passé toute leur vie dans les jupons de leur grande soeur. Elle leur a tout appris et même inconsciemment, on retrouve toujours son influence dans leur disque. C’est vivant chez Tamar, mais on peut estimer qu’elle se démarque néanmoins comparée à Traci Braxton, qui donne carrément l’impression de livrer des opus de démos R&B de Toni. C’est dans ce climat, que cette dernière reprend un peu sa couronne de superstar et vogue vers un son plus pop mature. Le disque se consomme vite, sans non plus se consumer. Il y a une sorte de candeur et une gravité, soutenue par ses graves et ce dès la chanson d’entrée ou le plus mélo-dramatique « Sex and Cigarettes » qui donne son titre à l’album. On s’attendait un mid-tempo ou à un slowjam sulfureux, mais c’est finalement le cri du cœur d’une femme lassée des infidélités et de l’immaturité de son mari. Car, si elle abandonne le costume « sexy », elle garde l’empreinte de la femme blessée qu’on retrouve aussi sur le délicat « F.O.H » que lui co-écrit BabyFace, au même titre que « My Heart« , où elle est cette fois accompagnée par Colbie Caillat.

 

On ne peut pas non plus oublier la splendeur de « DeadWood« , avec sa guitare mesurée. Le titre emprunt de mélancolie met en exergue toute la sensualité du timbre de la belle. Grave et émouvant, minutieux et dépouillé, c’est l’une des plus belles réussites de l’album avec une touche de folk qui lui donne une ampleur intemporelle, au même titre que «  Long AS I Live » qui est surement l’un des meilleurs singles de sa carrière. C’est d’ailleurs le moment paradoxal du disque, car c’est finalement la chanson la plus « Toni » de l’opus. La plus R&B, la plus classique dans sa formule, on aurait pas été surpris de la retrouver dans « The Heat » et c’est finalement pour ça qu’elle est aussi fabuleuse. Elle compile des codes très anciens, sans non plus paraitre totalement poussiéreuse et avec un tempo bien groovy qui donne plus envie de faire des 2-step que de pleurer dans son lit après une rupture. Le titre est tellement bien ficelé et efficace qu’il finit par nous donner une sorte de regret. On apprécie cette démarche de s’éloigner un peu de base, mais on ne peut nier qu’elle n’ait jamais aussi bonne que lorsqu’elle fait ce qu’elle sait faire très voire trop bien faire. Elle n’a pas longtemps été nommée « The Queen Of R&B » pour rien. « Sex and Cigarettes » est joli, mais sera retenu plus comme une parenthèse, une aventure plus ou moins tolérée, dans la grande histoire d’amour qu’entretient la belle avec son public.

14/20.

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