Avant 2009, quand  il était un peu underground sans trop l’être,qu’on lui refilait les demos non voulues des autres et qu’il en faisait néanmoins des choses réussies, Trey Songz était le petit chouchou du web et d’une certaine scène R’n’b. Depuis qu’il est devenu une superstar avec «  Ready » et qu’il a axé  une bonne partie de sa communication sur le sexe, tout le monde  a quelque chose à dire sur  le jeune homme:

« OOh il croit qu’il est trop beau », « ooh c’est toujours la même chose? »,.  » Peut -il parler d’autre chose que de sexe? »‘  » Je ne vois aucune difference dans tout ce qu’il propose, c’est toujours les mêmes parties de jambes en lair avec les mêmes filles » ..ect..

S’il n’est pas faux de dire qu’il a beaucoup sexualisé son style et sa musique avec le succès de  » Neighbours Know My Name », toujours est il qu’on lui reste néanmoins proche car  il reste le seul chanteur R&B urbain qui réussit à vendre de manière raisonnable sans avoir à tomber dans la soupe electro.

Là encore, beaucoup vous trouveront des justifications du genre :  » ce n’est pas de sa faute, il ne peut pas, c’est pas qu’il ne veut pas » » OOh il ne sait pas danser, il va chanter la pop electro et qui va danser pour lui?  « ooh il ne sait pas chanter en live mieux vaut pas qu’il mette encore du bruit derrière , personne ne va l’entendre.. »… » Quoi? pop electro?  il va endormir les boites de nuit avec sa manière de plagier R.Kelly ».

R.Kelly, autre épine dans le CV du garçon qui est pourtant sans doute aucun son plus grand fan. Un jour, quand le succès lui est un peu monté à la tête, il s’est un peu surpris à dire qu’il pensait que R.Kelly était fini , que ses albums n’étaient plus aussi bons qu’avant. Une pensée que beaucoup partagent mais très mal venue et mal vue de la part de quelqu’un qui fait tout son possible pour sonner comme The Piep Piper sur  chaque chanson de ses albums.  Du coup, il s’est aliéné de nombreux puristes surtout qu’entre temps Kelly a réussi à redorer son blason qualitatif.

En effet en 2010, Robert sortait son opus  » Love Letter » 2 mois après  » Passion, Pleasure and Pain » de Trey et devenait la deuxième vente de R&B  masculine de l’année juste derrière le jeune homme après 20 ans de carrière et sans l’exposition dont celui ci bénéficie.

De son coté même si le succès était présent, pour la seconde fois d’affilée, il ratait le tant attendu et recherché disque de platine:  seulement 860.000 ventes. Le pari pour cette nouvelle ère était donc quelque peu épineux: Comment s’envoler, tuer le père, et prendre d’assaut le trône actuel du R&B sans ombre derrière?

Il s’est dit qu’il allait voyager, du moins, c’est ce qu’il nous a fait croire, Chapter 5 allait être le fameux opus de la maturité. Il est allé en Afrique, en Europe et  a dit qu’il allait nous raconter tout ce pleins de choses qu’il avait vécu dans ce projet

Alléchant donc et intriguant à la fois de voir qu’il  semblait vouloir prendre des risques et se créer un sillon à lui tout seul. Quelle ne fut  donc pas notre surprise quand on l’a vu débuté l’ère avec des singles tels que   » Heart Attack », « 2Reasons » « HailMary » ,  » Dive » profondément convenus et sans évolution aucune comparés à ce qu’il avait pu faire dans le passé.

Au lieu de se renouveler, il a repris les formules de ses succès précédents  et les a réadapté 2 ans après. Le public R&B qui s’est durcit l’a boudé  ( en atteste les chiffres malgré le fort soutien radio et l’exposition) et pourtant, il aurait pu de bien meilleure manière gérer la réception de ce 5eme projet.

Certes musicalement, il n’évolue pas, ça en est même risible de l’entendre faire de l’introduction de ce qu’il appelle son album de la maturité, une partie de jambes en l’air auditive..mais c’est néanmoins un album assez agréable.

Dans la première partie,  il jongle un peu dans tous les sens, c’est mou et on voit ses multiples personnalités commerciales s’exprimer, tantôt il se la joue poppy avec «  Heart Attack », tantôt il prend un virage Trigga hip hop avec «  2 Reasons » ou « Go Hard« , tantôt il ressert les sexualo-ballades un peu fade à la  » Dive In« . C’est pas très constant, presqu’ennuyeux.

L’album prend vraiment des couleurs à partir de la 9eme chanson  qui est certainement une de ses meilleures «  Pretty Girl Lies« . Une mélodie parfaitement ficelée, un peu mélancolique pour un texte intéressant, le tout porté par une performance vocale toute en nuance. Forevers Yours et Fumble, suivent très inspirées par Kellz sont aussi à relever parmi les excellentes surprises de cet album. Deux titres doux, classieux et mélodieux qui donnent une certaine grâce au vocaliste qu’il est. Bad Decisions ne surprend pas, mais reste d’une efficacité redoutable tout en montrant les limites de Rico Love qui nous a déjà servit cette soupe plusieurs fois. Le titre donne cependant une plus grande impression de profondeur d’un Heart Attack ou qu’un Dive In et mérite en cela une exploitation. Au même titre que  « Turn Me On », plaisir coupable pour les clubs où les raps très rangés de Diddy & Meek Hill s’accordent plutôt bien aux harmonies de Trey.

Enfin, Chapter 5 est loin d’être l’opus promis mais ce n’est pas une catastrophe. Il est agréable. Le problème véritable est qu’il ressemble beaucoup trop aux autres projets du chanteur. Quand on a déjà  » Ready » et  » Passion, Pleasure & Pain ». Est il vraiment nécessaire d’avoir  » Chapter 5« ?

Pas forcement ou pas du tout même. C’est pourquoi les chiffres sont durs, il a perdu de sa fraîcheur et il va falloir qu’il réagisse très rapidement s’il ne veut pas voir l’album totalement plonger dans les charts et perdre sa position de leader de la  scène urbaine actuelle.

12.5/20.

Triste Réalité!