La musique est d’abord et avant tout une passion. C’est une notion qu’on finit par oublier, avec le temps, avec le bling bling et l’amas de productions dont nous sommes abreuvés chaque jour. Nous le voyons comme un simple divertissement, comme un vulgaire moyen de se faire de l’argent, une voie vers la célébrité aussi et la dimension artistique, celle de la passion, disparaît souvent au profit de considérations bien moins nobles et importantes.

Avec « Ad Honores » qui est leur second album, le groupe de R&B français, Afrodiziac, s’est éloigné des problématiques de l’industrie, ou pire encore de celles du temps. 17 ans après leur premier disque qui est considéré comme un classique du genre, ils proposent 9 nouveaux titres ( les 9 premières chansons de l’opus) qui semblent venues d’un autre temps. D’ailleurs, certaines ont surement du être enregistrées au milieu des années 00’s, et ce n’est finalement pas ça, le plus important. Ce qui est chaleureux et fait plaisir à l’écoute de ce disque est qu’il est authentique. Ls et Shuga Shug sont toujours les mêmes fans de R&B qu’ils étaient, il y a 20 ans. Ils ont grandi, vu d’autres choses, mais n’ont quelque part pas perdu leurs idéaux. On a pas ici de volonté de courir derrière une modernité qu’ils auraient du mal à incarner. Pas de son trap, pas de son afro-trap, juste des histoires de vies sur des titres  R&B contemporain, emprunt d’une certaine soul. Comme au premier jour, LS ( qui reste une des plus belles voix du genre en France) mène la barque dès l’introduction avec le titre «  Si j’avais Su« , groovy et élégant mais surtout empreint d’une certaine nostalgie, voire d’une certaine mélancolie. C’est d’ailleurs un adjectif qui guide tout le projet.

« Ad Honores » est globalement très mélancolique, mais ce n’est pas une mélancolie glauque et non productive. Victor Hugo disait  » La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste » et c’est un peu ce qu’on retrouve ici. Il y a une certaine nostalgie, une déception véritable quand à l’état de l’industrie (Vérité), qui n’altère pour autant pas l’envie de continuer à faire ce qu’ils aiment faire, comme ils aiment. « Nostalgie Pt.2 « est à cet effet une excellente mise en abîme. Une sorte de slow-jam , qui rend lui-même hommage aux Slowjamz et à la grande époque du R&B. Parfaitement produit et subtilement posé, il est un des plus beaux moments de ce disque, tout comme l’interlude  « Afrolude » ( suite de la première) fait une sorte de mélange entre Craig David et Joe du début des années 00’s. Rien n’est fondamentalement révolutionné, mais tout est fait avec une poussé de grâce et de non-prétention, qui rend l’ensemble très appréciable.

Encore une fois, la musique est d’abord un art et une passion. Beaucoup d’artistes se perdent et sont broyés par ce qu’on appelle l’industrie du disque. C’est elle qui définie les codes, qui dit ce qui est vendable, ce qui ne l’est pas, c’est tout un système qui a tué et continue de tuer beaucoup de gens. Ces gens qui se sentent obligés de se travestir pour plaire, qui nient parfois ce qu’ils sont ( pour finir par le regretter par la suite) à la recherche du succès… et qui oublient donc, ce pourquoi ils ont commencé, tout ça, à savoir la passion, l’amour d’un Stevie Wonder,  le respect d’un Teddy Riley ou d’une Diana Ross. Ce nouveau projet des Afrodiziac n’est pas forcement parfait, mais c’est un vent de fraicheur, assez inédit sur la scène française actuelle. Ils assument d’incarner une époque que personne ne veut plus incarner ( parce qu’elle ne rapporte plus), en respectant ses codes et le simple fait qu’il n’y ait pas de choc entre la première partie du disque (les 8-9 nouveaux titres) et la seconde (composée d’anciennes chansons) montrent qu’ils ont d’une certaine façon, réussi leur pari.