En 2014, Sh’ym a sorti son album « Solitaire », le 5e opus de sa carrière. Dans un des posts sur la page facebook du site, j’avais expliqué que cette ère de la chanteuse avait été très fortement inspirée par Mylene Farmer. Dans cet article, je vais revenir sur le pourquoi et sur le comment ça  été fait, sachant que contrairement à ce que la plupart des gens pensent, Shy’m n’a jamais changé d’équipe, elle a toujours été gérée et produite par Cyril Kamar, alias, K-Maro, qui était aussi derrière ce projet, qui arrive après une percée sur Tf1.

Caméléon.

Tout commence avec sa victoire à la fameuse émission de TF1 «  Danses avec les Stars« . Avant, Shy’m qui était plus ou moins une chanteuse pop-urbaine pour ados, calquée sur les modes américaines, devient plus ou moins un personnage public. Le très très grand public en France sait qui elle est. Les ménagères et leurs enfants, voire même les grands-mères l’identifient et son équipe le voit comme une aubaine. Toutefois, ils savent aussi que le public français aime la variété française et que pour imposer une pop star en France, il faut automatiquement la variétiser. C’est ainsi que ça commence avec ce disque, à mi-chemin entre l’inspiration de la pop mainstream américaine et la variétoche française. On y retrouve « Et Alors« ,  » Et Si » « On se fout de Nous » et plusieurs autres singles. C’est surtout le premier qui prend et Shy’m va de fait avoir une très grosse exposition médiatique. Elle est partout et les gens l’aiment bien donc, ils vont jusqu’à prendre 250.000 exemplaires du disque. C’est bien, voire très bien…mais le précédent celui de 2010 « Prendre l’Air » avait fait bien mieux alors qu’elle était moins connue. La réflexion va alors se faire dans le sens inverse. Sh’ym et ses équipes décident qu’il ne faut plus trop se rapprocher du marché américain ( qui lui donnait un lien avec une audience jeune), mais devenir LA Pop star française par exemple.

Dans ce domaine, le seul vrai modèle qui existe, est une dame d’une cinquantaine d’années aujourd’hui qui s’appelle, Mylene Farmer. 35 ans de carrière; un style bien à elle, aucun flop à son actif. Elle est totalement ancrée dans la culture française et même dans le subconscient du grand public. Ils se sont donc dit qu’ils allaient s’en inspirer pour venir récupérer ce terrain. Cela s’est fait en 3 étapes:

  1. Le personnage.

Farmer est connue  pour être la femme rousse du game. Il faut savoir qu’elle ne l’est pas en réalité. C’est une couleur qu’elle a adopté afin de se différencier des autres chanteuses dans les 80’s et pour coller  à son personnage.

L’équipe de Sh’ym va la reprendre. La coloration n’est pas identique, mais le but est de faire penser, de faire en sorte que le spectateur pense à Mylene, sans non plus avoir l’impression d’avoir son double devant-soi et ça fonctionne bien.

Le projet s’intitule  » Solitaire » et ils vendent l’histoire de la femme qui a très envie de liberté et qui ressent une sorte de mal-être face au monde actuel….tout en étant particulièrement à l’aise avec sa sexualité. C’est à peu de choses près le script exact de l’opus  » Anamorphosée » de Farmer, qui est l’album qui entérinera définitivement le personnage.

 

Les clichés ne sont pas du tout identiques, mais ce n’est pas le but. Encore une fois, le but n’était pas de copier Farmer, mais de retranscrire son univers autour de Sh’ym et au début de l’ère  » Solitaire », elle est en effet la femme  aux cheveux bordeaux, un peu perdue dans un monde, et finalement son corps, devient son grand moyen d’expression.

Les singles et les textes.

Ceci se confirme musicalement. Là où Shy’m racontait des histoires d’amour banales, avec des textes très peu recherchés ou simplistes pour bien coller à son audience jeune. Avec « Solitaire », on tombe dans les jeux de mots plus ou moins bien ficelés, sur des rythmiques pop electro qui ne sont pas sans rappeler, Laurent Bouttonat quelques fois. C’est évident sur  » La Malice » aussi bien musicalement, lyricalement que visuellement. L’univers épique, médiéval, et la femme guerrière martyrisée, qui finit par se libérer de ses chaines…

C’est totalement dans l’imagerie des premiers clips de Farmer, qui avait cependant des budgets bien plus importants et faisait carrément de mini-films, mais la dialectique et les codes sont encore une fois les mêmes.

C’est encore plus criard sur le second single « L’effet de Serre« , la femme qui se débat enfermé dans un univers psychotique. Le texte, c’est du Alizée…

et la vidéo, est là totalement reprise du « Degeneration ».

C’était surement pour eux le single le plus porteur du disque, d’où le fait d’avoir poussé particulièrement le lien ici…

Les lives et la sexualité.

La sexualité fait partie intégrante du personnage de Mylene. Toutefois, elle est toujours pointée comme à la fois provocatrice et un poil innocente. Elle essaie toujours de jouer le coup de la femme désabusée, qui est nue parce qu’elle n’aime pas le monde et que les vêtements la dépriment, tout en laissant supposer que ça ne la dérange pas tant que ça d’être nue quand on la regarde. Mylene aime les jeux de mots et les doubles sens. Sh’ym, c’est moins son truc, mais ils vont la pousser malgré tout à y aller. On se souvient du live dans « Danses avec les Stars » sur TF1 où elle arrive en nuisette pour justement donner une prestation de « L’effet de serre« .

Et dans l’imagerie, c’était encore une fois très inspiré de Farmer sur « Appelles mon Numero » et de la fameuse prestation en nuisette dans un spéciale « Johnny Hallyday ».

 

Mais encore une fois, Mylene Farmer, ce sont des textes souvent très alambiqués et on le comprend très vite dès qu’on entend Shy’m raconter :

« Oh j’ai mal à l’âme
J’ai mal à l’homme
Je suis solitaire
Je suis claustro-homme
Puisqu’il fait beau dehors
Pourquoi on s’enferme
Puisqu’il fait beau dehors
Dis moi pourquoi on s’enferme »

Ce n’est pas du grand Farmer, mais c’est une tentative d’en faire. Tout comme, on l’entend dans un autre titre de l’opus  » Garcon Manque« .

Toujours dans une humeur très variétoche, elle va  repartir sur une tentative (pas très réussie) mais tentative de jouer sur les codes de la bisexualité. D’ailleurs, le refrain:

« Je suis une ga-ga-garçon manqué 
Je suis une ga-ga-garçon manqué 
Maman m’as tu fait fille ou garçon ? 
Maman m’as tu fait fille ou garçon ? « 

C’est un « Sans Contrefaçon » qui n’a juste pas été bien ficelé, mais l’idée dans la réalisation était la même.

Ils se sont appuyés sur plusieurs des grands axes de Farmer pour construire une nouvelle image à Shy’m, sauf que musicalement, ça manquait d’efficacité et qu’elle n’a pas vraiment réussit à totalement incarner ce personnage, qui faisait souvent gauche.

Pas une mauvaise idée.

L’idée n’était pas mauvaise en soi. Ils se sont dits que vu que Shy’m avait une plus grande exposition. Ils allaient lui donner une image et un son qui collent à ce qu’aime le très grand public français. Malheureusement, la réalisation fut un peu bancale et l’album n’a pas été un gros succès. Ils ont fait 80.000 ventes. Ce n’était pas catastrophique, mais le projet casse une dynamique alors qu’il était censé la porter aux alentours des chiffres d’une très grande star variété française ( 500.000 par là).

Il fait aussi quelque chose de plus « dur » pour elle, car il casse le lien qu’elle avait avec une très jeune audience en suivant ce qui se passait aux USA. Au moment où sort « Solitaire » elle aurait en réalité du commencer à s’urbaniser pour rester dans son « créneau », sachant que le rap prenait le dessus… et depuis elle n’a pas pu relancer la machine.  Ils ont sorti un best-of ( ce qui était une très bonne idée) pour lui donner une stature, et ce n’est qu’en 2017, qu’elle comprend qu’il faut se re-urbaniser, c’est ce qu’elle fait avec « Mayday » en compagnie de Kid Ink.

Mais aussi bien le rappeur américain invité, que le format du titre, tout sonne très 2014-2015 et ça ne fonctionnera pas, en plus du fait que l’opus « Heros » dans sa globalité n’était pas réussi. Il caracole autour des 15.000 ventes, les concerts sont annulés de partout… tandis que les jeunes ont de nouvelles idôles sur le créneau pop-urbain comme  Aya  Nakamura ou encore Awa Imani.

Le piège est qu’elle a beaucoup donné pour avoir une image « propre/lisse » face aux médias comme TF1 et donc se sent prisonnière, car faire un saut violent vers le hip hop pourrait ne pas être compris de ce côté-là….tandis que ce public Hip Hop la verrait comme une pure opportuniste après avoir livré une ère comme « Solitaire ».

Elle est donc à la croisée des chemins, reste à savoir si son équipe ( qui est plutôt bonne, car encore une fois l’idée de Mylene était couillue, même si mal réalisée) saura trouver le moyen de la relancer ou si elle restera parmi les chanteuses des années 00-10 qu’on reverra dans les futures soirées « Nostalgie ».

L’histoire nous le dira !