Le changement, c’est maintenant.


Billboard, encore et toujours, a fait il y a quelques jours, un constant quelque peu choquant pour la musique urbaine et noire. Le magazine américain a remarqué qu’aucun artiste noir n’avait dominé le hot 100 américain cette année avec un titre solo… c’est la première fois que ça arrive depuis… 1958.
Oui vous ne rêvez pas, on est retombé en plein dans la ségrégation. Ce n’est cependant pas une surprise. A plusieurs reprises dans de nombreux articles sur ce même blog, on avait mis l’accent sur les nouvelles règles Billboard quasiment insumortables pour les artistes qui font de la musique R&B/Hip-Hop. Entre le streaming, les audiences radios changées pour les radios pop, la modification de la manière de décompter, ou encore l’insertion du décompte I-tunes dans le classement R&B, on a assisté à un pillage des artistes urbains dans les règles de l’art, sous prétexte qu’ils étaient devenus moins rentables.
Billboard privilégie les artistes qui vendent des albums, ceux qui ne rencontrent pas de difficultés et le magazine va jusqu’à mettre des règles spéciales pour eux, rendant le jeu inégal pour le genre qui n’est pas « trendy ».
Selon moi , c’est tout ce système qui est une véritable mascarade: à chaque fois qu’un genre cartonne, Billboard adapte les « règles » pour faciliter la tache de promotion de ce dernier.. et au final ça ne veut plus rien dire. Néanmoins, on était jamais arrivé à ce stade, où c’est devenu un véritable EX-PLOIT pour une chanson R&B d’entrer dans le hot 100. Aujourd’hui, quand un titre R&b est 100ème aux U.S.A, c’est la fête, alors qu’il n’y a même pas 8 ans, c’était quasiment tout le classement qui l’était. Le public ne peut pas changer de gout de manière aussi drastique en si peu de temps. Ce sont donc bien les règles qui sont la cause de ce bouleversement. Triste est aussi de constater la molesse des artistes blacks qui ne sont pas rebellés. On avait perdu tout espoir.. avant cette semaine.
Oui cette semaine a été formidable pour la musique urbaine des 3 dernières années. Contre toute attente, 3 artistes blacks ont frappé fort, chacun à leur niveau, sans qu’on ne s’y attende et avec des méthodes pas forcément très classiques.
Tout d’abord Beyoncé: sa démarche a été détaillée dans le dossier sur l’album, mais il est important de dire qu’elle a tenu haut et fort le flambeau des artistes blacks cette année. 1 millions de ventes en une semaine, sans qu’on ne la voie arriver, juste comme ça. C’était ce qu’il nous fallait parce que ça montre surtout un changement dans la manière de se promouvoir. Yoncé n’a pas vendu au premier abord sa musique, mais avant tout une image, un nom, tout un ensemble. Les gens ont été d’abord attirés par son branding, bien avant la musique qu’elle leur a proposé. On avait evoqué dans le dossier sur Justin Timberlake, le mal qu’elle avait eu à avoir un titre joué dans les radios pop avec » 4″. Aucun hit extrait de cet album, rien, justement parce que comme je l’avais expliqué dans cet article, on ne félicite plus forcément une artiste black qui fait de la musique urbaine. Là, avec cet album,  » Drunk In love » est directement joué dans les radios pop.. parce qu’elle a prouvé qu’elle pouvait vendre. Elle a fait ses preuves ailleurs avant de s’imposer au système en donnant au passage de bonnes claques aux autres pop stars féminines. Le principe est excellent et ça change la donne.

Un son de cloche similaire chez R.Kelly, il n’y a eu aucun tube pour  » Black Panties » et pourtant c’est la meilleure semaine R&B de l’année avec 130.000 ventes. Il bat tout le monde dans l’année et ce n’est même pas vraiment grâce à son nom vu que «  Write Me Back » en 2012 avait fait 68.000 ventes en première semaine avec 2 tubes R&B (Share My Wy Love, Feeling Single) . Alors quoi? Pareil, c’est l’image. Hormis les haters, il y a très peu de gens qui peuvent se souvenir de ses 46 ans, en voyant R.Kelly ces derniers temps. Son équipe a travaillé la perception qu’ont les gens de lui, en le remodélant comme la légende qu’il est mais en version très actuelle, mais pas trop non plus: encore jeune et capable de fédérer aussi les vieux…. La musique n’a pas vraiment compté en vérité. On a d’abord mis en avant l’artiste toujours actuel qu’est R.Kelly avant Black Panties….et les gens ont suivi.

La 3eme c’est Mary J.Blige qui a sorti un album de noël..qui ressemble à tout sauf à sa personnalité musicale. Si on aime MJb, on n’achète pas cet album. Il suffit de voir sa ridicule première semaine ( 11.000 ventes), sa base fan n’était pas là pour ce genre de choses. Déjà, il faut savoir qu’en général, les artistes noirs vendent très mal ce genre d’opus, parce que c’est très compliqué à promouvoir du R&B christmas. On peut encore l’observer avec le récent essai de Tamar Braxton . Il faut avoir la volonté et surtout la possibilité d’aller toucher le public blanc pour y arriver. Mary, elle est tout ce qu’il y a de plus ghetto dans l’industrie du disque.. si elle avait fait un album de noël, très R&b, hip hop, elle n’aurait rien vendu ou presque. Là, elle a proposé quelque chose d’au demeurant très moyen, mais avec de vrais arrangements pop. Celine Dion ou n’importe quel vocaliste pop, aurait pu poser dessus et on y aurait vu que du feu…et finalement, ça a pris. Le single «  This Christmas » est devenu son plus gros succès (oui oui) dans les radios adultes « blanches » et l’album devrait terminer sa course avec 350.000 ou un peu plus, ce qui est tout à fait respectable pour un opus du genre en 2013. Elle a aussi du soigner une image de diva pop bien lisse pour finalement se poser dans un domaine où elle n’était pas attendue et ça a porté ses fruits.

Ces 3 exemples nous montrent que même si on a pas eu de premier black au Hot 100.. et que ce n’est pas le cas depuis 50 ans environs, il y a encore des moyens pour les artistes R&B d’y arriver et ces derniers passent principalement par un véritable travail sur leurs images et une implication plus forte dans les réseaux sociaux.
Les radios pop ne joueront pas de R&b de si tot.. mais il y a moyen d’inverser cette tendance en ne passant plus par des chemins battus comme l’ont fait Beyonce, R.Kelly ou Mary J Blige. Tout en se respectant artistiquement, il faut oser se vendre différement.
Quand tu vois comment Mariah Carey a honteusement lancé  » The art Of Letting Go » en Novembre dernier et s’est lamentablement plantée, on se dit qu’il y a aussi eu trop de laxisme.
Elle et d’ailleurs pleins d’autres artistes urbains ont (à differents niveaux) des atouts  ont des atouts sur lesquels il va falloir mieux exploiter s’ils ne veulent rester. On ne va plus se contenter d’envoyer des chansons aux radios et de prier pour qu’elles en fassent des tubes. Il va falloir user d’imagination et ça.. c’est formidable.
Contrairement à ce qu’on semblait dire dans le dernier edito,l’espoir renait : Le changement, c’est maintenant!!!!
Joyeuses fêtes les gars!