On ne va pas se mentir, je n’ai pas vraiment cru au phénomène Lorde. Je suis resté assez à l’écart et ce pour une simple et (bonne ?) raison : j’en ai marre. J’ai l’impression que tous les ans, les labels trouvent le moyen de nous sortir une chanteuse pop sans personnalité et jetable qu’ils détruiront eux-mêmes dans les mois à venir au profit d’autres nouvelles recrues, plus rentables. Kesha, Carly-Rae Jepsen entre autre sont de valeureux exemples récents. Cette fois, je me suis dit que j’allais passer à côté, même si je trouvais son single “Royals” au demeurant sympathique.

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J’étais certain que l’album serait un ramassis de daubes infectes alors pour protéger mes oreilles et m’éviter des colères inutiles, je n’allais rien dire et faire comme si je n’avais rien vu ou plutôt entendu. Il faut dire aussi la petite gueule blanchâtre de cette jeune néo-zélandaise n’aide pas vraiment. Là vous allez me dire que le physique ne compte pas, on parle de musique… Mais ça c’est seulement vrai dans le monde de la soul, dans le R&B ou même le hip hop. Dans ces genres musicaux là, on s’en « fout » plus ou moins de l’apparence du chanteur, mais pas dans le monde de la pop féminine. Chez elles, c’est la dictature du physique et c’est vrai que la petite Elfie n’est pas forcément celle à qui tu as envie de t’acheter aux premiers abords. Pourtant, c’est finalement une des “forces” de l’univers qu’elle promeut, et qui est d’une certaine manière totalement opposée à celui de ses ainés. Je me suis jeté par hasard surPure Heroine après ses victoires récentes aux Grammys et je dois vous avouer que mes doigts tremblent de honte, rien qu’à l’idée de vous avouer que j’ai dû prendre tout ce temps pour me faire un avis sur cet album. Je ne regrette cependant rien.

C’est rare de trouver autant de maturité et de fraicheur chez une adolescente et ce, tout d’abord, au niveau de ses textes. Elle ne parle pas de politique, ne nous fait pas de discours sur la guerre dans le monde ou sur les conférences de l’O.N.U, mais elle pointe les incohérences et petits soucis de la vie de tous les jours avec un certain recul. Ses propos faussement rebelles sont toujours bien placés et ça fait plaisir surtout que musicalement, ça ne démérite pas. La formule est presque toujours la même. Des orchestrations synthétiques, à mi-chemin entre James Blake et Lana Del Rey pour des mélodies lascives, le tout porté par une voix parfaitement maîtrisée. Sa maitrise des graves est un pur bonheur pour les sens aussi bien sur des chansons comme « Ribs » qui titille un son électro que sur l’aérien « World Alone ». Elle est dotée d’une éducation vocale très R&B qui a choisi de béatifier l’élégance ou de se la jouer vintage mais il émane de cette impétuosité un naturel et une simplicité extrêmement attachante.

Il n’y a plus qu’à espérer qu’elle sache s’entourer pour évoluer, sans trop se laisser corrompre par le système. Elle a encore clairement beaucoup de choses à  apprendre mais aussi à apporter.

15/20.

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