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Il y a un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur en France ces dernières années. En effet, à l’heure où le marche du disque s’écroule, et que les émissions de variétés  se font de plus en plus rares, on assiste petit à petit à une espèce d’euthanasie de la création musicale en France (du moins de la musique grand public). C’est quelque chose qui a commencé depuis la fin de la dernière décennie, on avait déjà constaté des ébauches avec l’engouement autour de l’album de reprises » Soul » de Seal.  Toutefois le phénomène a vraiment pris de l’ampleur ces derniers temps avec le succès colossal de l’album de Nolwenn Leroy: Bretonne.

Personne ne croyait vraiment en elle quand elle l’a lancé en 2010 et  pourtant il est devenu l’un des plus gros succès du marché  du disque français depuis près de 10ans, avec 1 millions de ventes.  Soit environ 4 fois disque de diamant dans les certifications actuelles. Une aubaine pour les labels qui ont compris qu’il y avait un marché à conquérir:  celui du public plus âgé qui aime réécouter ses chansons d’antan avec des nouveaux arrangements.

Depuis cette période, c’est une réelle épidémie qui s’est emparée de la scène. Chaque mois environs, un nom de la scène plus ou moins vieux et populaire se ramène avec un projet avec de reprises. Gerard Lenorman, Anais, Chimène Badi, Gypsy Kings, Les Stentors, Les prêtres, Jenifer et même Yannick Noah, qui  sans grand tact  a récemment tenté l’aventure Bob Marley. Il se murmure en plus qu’un autre ténor de la musique française Françis Cabrel devrait suivre la mode et s’apprêterait à nous livrer un projet comprenant des versions personnelles du répertoire de Bob Dylan.

Mais ce n’est pas tout, les projets de reprises de chansons de Jean-Jacques Goldman ou plus récemment de Renaud ont aussi fait fureur dans les charts .  On voit  même que des opus factices  comme celui des Latins Loveurs affichent des scores tout à fait honorables en ce début de période estivale.

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Aussi, plusieurs des « nouveaux » artistes » internationaux, récemment accueillis chaleureusement par le public français, ont eu du succès avec des opus de reprises. On pourra parler de  la  jeune Birdy avec son  album éponyme ou encore de l’acteur de Dr.House, Hugh Laurie qui a vu son premier projet du même acabit (tendance soul/jazzy) trouvé plus de 50.000 preneurs.

Ainsi, au vu de la situation actuelle du marché, qui devient de plus en plus critique, il semble que la réelle difficulté pour les artistes soit de vendre leurs propres musiques. Cette mode de la reprise crée un véritable questionnement sur l’avenir de la création musicale en France. Pour s’assurer de bonnes ventes, soit il faut avoir un grand nom ( Farmer, Voulzy, Dion, Goldman) , soit il faut le sortir en période fêtes là où les gens sont plus légers avec leurs porte feuilles. Et là encore même les  artistes cités n’osent plus prendre le risque de proposer leurs projets à un autre moment de l »année qu’en cette période où ils savent qu’ils ont des chances d’être des cadeaux de noël idéals.

Autrement dit,  le marché est totalement segmenté et devient absolument lapidaire. Ceci autant  pour les jeunes artistes voulant se lancer sur le marché, que pour ceux qui ont eu du succès au début des années 2000’s  et voudraient au minimum perdurer.  Par exemple, Lorie a amorcé un passage à la pop electro, mais face au revers du public, elle s’est rapidement ravisée et a sorti un projet de 10 reprises. Lulu Gainsbourg, aurait surement bien voulu être présenté au public en premier lieu avec le son pop rock qu’il affectionne. Au lieu de çela, on lui a donné une petite chance quand il a décidé de reprendre les classiques de son père avec l’opus  » From Gainsbourg To Lulu« ( qui a fini disque d’or) et lui a permis d’enchaîner quelques tournées.

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Hormis Sh’ym et M.Pokora qui ont eux bénéficié d’une exposition en prime time  sur émission de TF1 pour raviver leurs carrières, rares sont les artistes de moins de 30 ans en France qui arrivent à se lier au public. Les rappeurs le font relativement bien mais c’est aussi parce que c’est une audience et une promotion qui n’a pas forcement besoin de passer par les moyens de communication mainstream ( radio, télévision) pour être acquise. Le net est une sorte de bouche à oreille leur permettant encore de s’assurer des ventes honorables, surtout que le genre garde une certaine imagerie,  et reste porteur d’une autre vision, d’ autres voix de la société.

Le problème de lien musical entre le public adulte français et les jeunes reste donc entier. La situation préoccupante montre que la population française vieillissante domine l’industrie et vit dans la nostalgie. Ils tiennent à leurs classiques et veulent les réécouter à différentes sauces pendant que les jeunes eux se sont complètement tournés vers les artistes internationaux et le téléchargement illégal.  C’est le signe d’une musique qui se meure car les majors s’obstinent à investir sur ce qui a été fait au lieu de prendre des risques et de donner leurs chances à de potentiels nouveaux artistes. Certes, avec des cas comme StromaéChristine and The Queens,  et dans une moindre échelle Indila, on peut se dire que l’espoir n’est pas encore mort mais la route est encore très longue.  Il y a fort à faire dans l’industrie du disque en France,un renouvellement est à opérer pour essayer de rassembler les générations autour de nouveaux artistes, capables de créer des titres en FRANÇAIS que les jeunes d’aujourd’hui auront eux  aussi envie d’écouter dans 20ans.

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Triste Réalité !