Les chanteuses R'n'B en France

La question posée dans cet article revient très souvent, à savoir : «  Pourquoi les chanteuses de r&b en France sont pour la plupart d’origine maghrébines ?« ,  » Pourquoi très peu de chanteuses noires r&b ont explosé alors qu’elles sont talentueuses ».  «  Pourquoi des filles comme Kenza Farah, Sheryfa Luna, Wallen, Assia, ont réussi à bien se vendre pendant que Lynnsha, K-reen, China Moses, Saya, sont toutes passées à la trappe?  Récemment encore sur le site, on me demandait :

« Comment expliques tu la surreprésentation des filles maghrébines dans ce qu’on appelle le « rnb «  » français ? Pourquoi il n’y a jamais eu de filles noires dans le genre qui a cartonné ? Y a t’il un racisme dans l’industrie? »

Il y a beaucoup de choses à dire sur un cas comme celui ci en commençant par le fait qu’il y a surement beaucoup de réticences, une pensée archaïque chez certains dirigeants de Major en France qui ont surement du mal à vouloir et à savoir promouvoir une artiste noire qui fait en plus du « r’n’b », une musique que le grand public voit d’ores et déjà d’un mauvais oeil. Cela ne doit pas être motivant  sachant que les acheteurs d’albums en France sont majoritairement « vieux » alors s’ils voient à la base d’un mauvais oeil, le genre qu’on veut promouvoir, c’est très mal parti.

Cependant, il faut savoir que ces gens ne sont pas fous. Ils sont là pour se faire de l’argent avant tout, alors même quand les choses sont compliquées, s’ils sont sûrs que cela va leur rapporter, ils le feront. Or, dans le cas présent, celui où il faut imposer les chanteuses de r&b noires, ils n’en ont pas vu la nécessité.

Lire cette vidéo sur YouTube ou sur Easy Youtube.

Pourquoi ?

Parce que tout artiste cross-over issu d’une minorité (physique) ou d’un genre musical (non populaire) a besoin du soutien de sa base. C’est peut-être cliché mais l’identification physique joue énormément dans l’appréciation d’un artiste ou non. La plupart  des noirs écoutent des artistes noirs, comme la plupart des blancs écoutent des artistes blancs et la plupart des arabes écoutent des artistes arabes. Cela ne veut pas dire que les gens sont des racistes mais c’est juste qu’ils se dirigent assez naturellement vers les personnes qui leur « ressemblent »  le plus.  C’est humain, critiquable peut être, mais cela n’en reste pas moins vrai.

Cependant, dans le cas du r&b féminin black en France qui nous intéresse, le public noir français n’est pas du tout intéressé par les artistes féminines françaises qu’on leur propose. Ils ne les soutiennent pas.  La communauté noire française a une totale obnubilation pour la scène r’n’b us qui fait en sorte qu’on n’arrive pas à proposer quoi que ce soit en France qui fasse le poids. Ils ont leur  modèles, Beyonce, Brandy, Monica, Ashanti, Alicia Keys, Jill Scott, Erykah Badu…. et ne veulent pas autre chose. Pire encore, ils sont les premiers à se moquer des tentatives de filles comme Lynnsha, K-reen, ou encore China Moses qui sont pourtant quelques fois très méritantes.

Lire cette vidéo sur YouTube ou sur Easy Youtube.

Prenons le cas de cette chanson « si Seulement » de Lynnsha, chantée par Ciara, ils la loueront. le simple fait que ce soit Lynnsha qui la chante en fait un produit de seconde zone, quelque chose de médiocre alors que qualitativement le titre est très bon et très travaillé au niveau des harmonies, digne d’une Brandy.

 Elle reconnaît d’ailleurs que c’est sa meilleure chanson, mais qu’importe, le modèle des filles américaines est tellement puissant qu’on pourrait  investir sur une Lynnsha autant qu’on voudrait, lui faire chanter les meilleures chansons r&b au monde, qu’une grande partie du public noir lui préfèrera quand même des Ciara ou Ashanti, et ce, même si ces filles proposent des chansons de moins bonne qualité.

Résultat, qui ira investir des fonds en sachant cela ? Pourquoi une major se saignerait, utiliserait des millions pour promouvoir des artistes qui ne seront que moyennement soutenus ou alors pas du tout soutenus par leur audience cible dès la base ?

Les gens ont tendance à penser qu’il faut juste se lever un matin et mettre des chanteuses r&b noires sur TF1, mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Tout artiste qui a des velléités cross-over, une volonté de toucher un très large public à la base doit déjà avoir une bonne partie du « sien » dans sa poche.

On parle de racisme mais il est certain que les dirigeants des labels U.S.A sont  (ou étaient) tout aussi racistes que les dirigeants de labels en France, or ils ont signé des tonnes d’artistes noirs. Pourquoi? Pour se faire de l’argent, parce que ça leur rapporte.

Lire cette vidéo sur YouTube ou sur Easy Youtube.

Les labels fonctionnent en fait de manière très basique. On propose ce qui est le plus markettable. S’il y a eu autant de chanteuses maghrébines, cela veut tout simplement dire qu’ils se sont aperçus qu’il était plus facile de vendre des filles maghrébines parce que leur public était plus réceptif et s’identifiait plus facilement.

Il n’y a pas de chanteuses maghrébines aux U.S.A.  Le public jeune maghrébin se reconnait avec les codes des chanteuses qu’on leur propose. Ca ne veut pas dire qu’ils n’apprécient pas des Beyonce, Alicia Keys ou autre mais il y a chez Kenza Farah, Wallen, Sheryfa Luna, des choses qu’ils ne trouvent pas chez ces filles, une identification qui n’est pas là et qui en fait qu’ils les soutiennent comme il le fait. Et c’est parce qu’ils les soutiennent, parce que les majors voient qu’il y’a  du potentiel qu’on a ensuite un relais sur les grandes plateformes.

Lire cette vidéo sur YouTube ou sur Easy Youtube.

D’ailleurs, la France a dans le même cas le soucis inverse aux américains. On n’a  donc quasiment aucune chanteuse de r&b maghrébine ou alors ouvertement musulmane aux U.S.A.  Est ce du racisme? Il y en a surement un peu, mais c’est aussi parce que les majors ont compris que la musique rnb n’était pas viable pour la marqueter avec ce public. C’est devenu un tel casse tête de vendre des albums dans l’industrie que le facteur  » racisme » n’est plus aussi puissant qu’avant. Les dirigeants veulent de l’argent et s’ils s’étaient rendus compte qu’il y avait une demande chez le public américain de chanteuses maghrébines de R&B, ils vous les auraient matraqué absolument partout sans aucune vergogne.

C »est d’abord  donc ça qui est la cause de cette absence de représentation de chanteuses R&B noires sur la scène française. Le public ne les soutient pas  parce qu’il les compare aux américaines et ça les dessert directement. Il y a cette honte de la langue française dans le r’n’b qui vient aussi souvent du fait que les textes ne sont pas très recherchés mais ça reste un double standard parce que les textes des chanteuses américaines ne sont pas mieux, voir bien pires. Mais ce n’est pas grave, elles font rêver, ont les moyens pour le faire. Elles sont habillées par de grands couturiers, très bien maquillés et la plupart des gens ne comprennent rien de ce qu’elle raconte donc ils sont contents.Ils imaginent Si Beyonce se lançait en France et traduisait les textes de ses titres urbains, les mêmes fans qui l’encensent aujourd’hui, lui lanceraient les mêmes regards interloqués  qu’ils ont lancé à Lynnsha quand elle a proposé la chanson  » rendez-vous ( mobach)« .  C’est quelque part très injuste mais c’est une réalité qui n’est par exemple pas vrai dans le hip hop en France où le fait de s’exprimer en français est un plus pour les rappeurs.

Le public maghrébin de son coté n’a pas cette forte représentation et pression américaine, ils se reconnaissent plus facilement et sont donc plus proches, moins durs avec leurs chanteuses qui sont de fait plus aisément exploitables dans les maisons de disques.

Triste Réalité!