L’industrie du disque est complexe et très cruelle, voir même trop cruelle et bon nombre de talents n’arrivent jamais à émerger quand d’autres se pavanent sans avoir de réelles capacités. Mais à mi-chemin entre ces 2 catégories, on retrouve ceux qui nous ont vendu du rêve, des talents qui ont des succès commerciaux et/ou critiques, ont apprivoisé l’industrie du R&B avant de finalement s’effondrer du jour au lendemain. Souvent il y a des raisons (que nous aborderons) à leurs échecs mais la plupart du temps, dans ces cas-ci, c’est assez incompréhensible. Comme s’ils étaient finalement trop bons pour rester, ou alors trop poisseux pour se maintenir.

 1. Sisqo.

2008 CMT Music Awards - Red Carpet

C’est sans doute le cas le plus frappant du sujet abordé dans cet article. Sisqo qui a aujourd’hui 35ans  a d’abord été leader du groupe de R&B Dru Hill dans les années 90’s avant d’entamer une carrière solo avec brio en 99.  C’était le dragon, un personnage charismatique, un très bon danseur mais surtout un timbre de voix reconnaissable entre des millions. Le genre d’artiste qui a son empreinte vocale  et qu’on ne peut confondre avec personne d’autre. Le premier album a retourné la planète entière avec 8 millions de ventes dont 5 aux U.S.A et des tubes imparables comme « Thong Song » ou « Incomplete ». A ce moment précis, il avait tout et était même au dessus d’un Usher en terme de popularité, mais tout s’est très vite effondré. Il est revenu seulement 2 ans après avec un nouvel opus, « Return Of The Dragon » et sans surprise il reprenait les ingrédients de son premier succès, aussi bien au niveau du visuel que de la musique. Le public n’a pas du tout suivi et on peut imaginer que le personnage du dragon qu’il utilisait déjà dans les Dru Hill avait fini par lasser.

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Il  écoule 1 million d’exemplaires du projet, le label est déçu mais ce n’est pas non plus catastrophique. Il fallait donc un renouvellement après « Return of the Dragon« . C’est là que l’histoire de Sisqo ne tient plus. Il commence par revenir dans son groupe en 2002, mais ça ne marche pas, puis annonce un album solo « The Last dragon » qui n’a toujours pas vu le jour 13 ans après.  Son cas est exceptionnel, c’est un des seuls chanteurs R&B à avoir un disque certifié 5 fois platine aux U.S.A (c’est extrêmement rare dans l’Histoire de la musique) mais c’est encore plus étonnant de voir que quelqu’un avec un tel potentiel soit passé à la trappe. Plusieurs chanteurs de R&B de la même époque  qui n’ont pourtant jamais aussi bien vendu que lui se sont maintenus quand il en est réduit à faire des mini tournées avec Dru Hill dans des boites de nuit. On pourrait se dire qu’il a fait un mauvais calcul en essayant de rebondir via son groupe après l’échec de son second album. C’est comme si Beyonce floppait avec un album solo, revenait avec les Destiny’s Child un an après et floppait encore plus. Ça devait être dur de convaincre une Major d’investir sur lui dans ses conditions, mais même ça, n’explique pas une disparition aussi longue, surtout que dans son cas il y a un autre  fait exceptionnel. A lui seul et avec un opus solo, il a vendu bien plus que le total de l’ensemble des ventes de tous les albums de son groupe. Il y avait donc encore clairement possibilité de rebondir au moins avant 2005-2006. Pourquoi il n’ a pas réussi à le faire? Mystère!!!

 

2. Glenn Lewis.

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Glenn Lewis a fait sensation lorsqu’il est arrivé sur la scène américaine en 2001. Le jeune canadien s’était déjà fait un nom dans son pays d’origine avec 2 singles avant de signer chez Epic Records pour son premier opus « World Outside the Window ». L’album est acclamé par la critique qui voit en lui un nouveau Stevie Wonder. En effet, Glen avoue que la Légende est sa principale source d’inspiration et ces deux artistes ont en plus des timbres de voix très similaires. Le single « Don’t You Forget it? » est un joli succès R&B, l’album se vend correctement et le buzz ne faiblit pas de telle sorte qu’il va en tournée avec Alicia keys et Tweet.  A ce moment, tout est fait pour qu’il ait une carrière sur le long terme et confirme avec les albums à venir toutes les éloges de la part des critiques et ce début de reconnaissance auprès du grand public. C’est malheureusement à ce moment précis que commence sa « descente aux enfers ». Il enregistre un album « Back for more » censé sortir en 2003 qui dit d’ailleurs tout dans le titre. L’opus est censé lui permettre justement de confirmer ce qu’il avait conçu dans le premier essai. Cependant le single avec Cardinal Official ne plaît pas, le label n’insiste pas et il se fait virer aussitôt. L’opus enregistré se retrouve entièrement sur la toile quelques années plus tard et c’est un coup violent pour lui.

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Il a quelques années d’errance avant de signer sur le label des producteurs Underdogs. La nouvelle ravit la scène R&B/Soul de la toile et il propose une chanson « Storm » qui a d’excellents échos. L’opus « Remember Me » est censé sortir en 2007 mais là encore, il se brouille avec les producteurs et la sortie de cet album est annulée. On le retrouvera sur la toile mais ça restera frustrant pour lui de voir 2 opus représentant des mois et des mois de travail être spoliés sans en tirer de réels bénéfices.

Il continue cependant de tourner avant de revenir en studio en 2010 avec les producteurs Dre and Vidal de son premier album. Ils concoctent ensemble l’album « Moment of Truth » qui finit par voir le jour en 2012. Un opus classe et riche qui reprend l’histoire pile où elle s’était arrêtée en 2012 mais malheureusement pour lui, toutes ses années ont éteint le buzz, la flamme ! L’album ne trouvera même pas 5000 preneurs aux U.S.A avec un relais médiatique presque nul. Il s’agit là d’un autre exemple de quelqu’un qui avait tout pour faire une énorme carrière mais s’est fait avoir par les aléas de la vie professionnelle et musicale.

 

3. R.L.

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R.L, c’était un peu le garçon qui faisait peur à tous les chanteurs de R&B solo à la fin des 90’s.  Il a débarqué avec son groupe NEXT en 97 et ils ont enchaîné les tubes comme  » Too close » ou encore « Wifey » en compagnie de Lil’Mo. Toutefois, on voyait bien que la formation était centré sur ce garçon qui écrit, produit, chante et danse (oui vous l’aurez compris, en bref, il fait tout).  Il a  commencé ses tentations solos avec un duo en compagnie de Deborah Cox  « We can’t be friends » qui a cartonné aux U.S.A puis  il chante le refrain du tube posthume de Tupac « Until The End Of time ». Tout était paré pour que sa carrière solo décolle à  merveille, on le signe sur le label J.Records mais cette fois, les choses se gâtent. Clive Davis est en tête de la maisons de disques qui est toute neuve. Elle a été crée en 2000 et il veut qu’elle perdure. Du coup, il ne cautionne aucun echec, aucun manquement quand lui même de l’autre coté est souvent dispersé dans les recherches de nouveaux talents. C’est à dire qu’il veut l’artiste qui va directement cartonner pour imposer sa marque et se faire des sous, pas celui qu’il doit pousser ou forcer. Quand on lance le premier single de R.L  » Got a Model » avec Erick Sermon et que ça ne décolle pas, il a deja un pied à la porte de la maisons de disque. La vérité est pourtant simple ; la chanson ne correspond pas aux ballades vocales qu’il avait l’habitude d’offrir ce pourquoi le public est déconnecté voir déçu.

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Il faut alors revenir aux bases, ce qu’il fait avec le titre  » Good Man »,  ballade grandiloquente où il met en avant ses capacités vocales mais il est deja trop tard. Clive est passé à d’autres dossiers. La chanson n’est pas soutenue, l’opus   » R.L: Elements » se ramasse dans les charts. Une débandade ! De rival possible d’Usher, il passe à rien du tout ou pas grand chose. Il essaye de revenir vers son groupe mais toutes leurs tentatives de retour dont une avec Matthew Knowles en 2006 sont avortées. Il proposera plusieurs mixtapes pour se maintenir sur la toile, écrira sur les albums d’artistes comme Jamie Foxx ou Usher ( ironie du sort) et reste d’une certaine manière assez visible mais jamais il ne retrouvera l’aura qu’il avait lors de ses débuts.

4. Jimmy Cozier.

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C’est un autre poulain de la maison de disques J.Records de Clive Davis à la même période que R.L. Clive signe le fils de ce chanteur de Jazz en 2000 après que Wyclef le lui ait introduit. Il lui fait directement enregistrer un opus et lui offre même un duo sur l’album de sa poule aux oeurs d’or de l’époque, Alicia Keys. La chanson s’appelle  » Mr. Man » et c’est d’ailleurs un des plus beaux moments de « Songs in the minor ». On dit à l’époque que Clive veut en faire le  » A.K masculin« .

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Jimmy propose ensuite son premier single  » She’s All I Got » avec sa vibe soulful qui plait sans déchaîner les passions. La chanson se classe dans le top 30 américain, un début encourageant mais ce chanteur et auteur-compositeur va avoir du mal à confirmer.

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On va notamment lui faire un procès en « crédibilité » en tant que loveur et l’autre single «  So Much To Lose » va être un énorme flop, l’opus qui va suivre va totalement passé inaperçu malgré l’impact du premier single. On ne le reverra plus avant 2010 où il proposera un autre album «  Way To Life » dans le silence le plus total avant de s’effondrer à nouveau dans la nature.

5. Carl Thomas.

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L’arrivée de Carl Thomas dans l’industrie du disque en 2000’s n’est pas du tout passée inaperçue, loin de là. Le poulain de Diddy chez Bad Boy Records avait frappé  fort avec son premier album  » Emotional » qui était un condensé de  sons R&B matures, un poil soulful porté par son timbre de voix tout sauf commun.  Si vous prenez le temps d’écouter attentivement quelque chose du crooner, vous verrez qu’il a ce genre de voix qu’on trouve rarement, une réelle empreinte et une manière de la gérer assez hors du  commun. C’est en tout cas ce qu’on remarqué les critiques qui ont acclamé son premier album porté par le tube «  I Wish ». L’album s’est écoulé à plus d’1million d’exemplaires grâce aux bouches à oreilles, il ne lui restait plu qu’à confirmer et c’est là qu’il se plante. Tout d’abord, il prend 4ans pour sortir son second essai  » Let’s Talk About it » et quand ce dernier arrive, les critiques et les fans sont plutôt déçus. Ce n’est pas un mauvais opus mais c’est un album R&B mainstream où il perd un peu la patte profondément soulful de ses débuts. Il perd le coté intemporel de ces titres et se retrouve un peu à jouer dans la même catégorie que tous les autres crooners à cette époque là. Hors, son image de garçon calme, reversé ennuie  face à des danseurs comme Usher, Ginuwine, Chris Brown, ça ne colle pas. Ce n’est pas un domaine dans lequel il est totalement à l’aise, du coup le public n’accroche pas. Il perd son frère pendant la promotion, ce qui lui rajoute un handicap et les 3 singles passent à la trappe , comme l’opus, ce qui entraîne son licenciement du label.

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Il reviendra par la suite avec 2 opus  » So Much Better » et «  Conquer » en 2011, 2 opus qui retrouvent cette vibe soulful grâce à la patte de son ami Mike City.  Malheureusement, ça tombe à plat, il bat le fer… quand il est froid et  qu’il n’a plus vraiment de grosse attention autour de lui. Il aurait mérité une sorte de carrière à la India Arie, à savoir que Diddy aurait du le diriger vers un son soul acoustique avec une pointe de  » Quiet Storm » que de le marqueter comme un vulgaire chanteur R&B, une catégorie où il n’avait pas de grandes chances, malgré son talent. Ça lui aurait permis de continuer d’avoir un succès critique et de maintenir une petite aura. Une voix comme la sienne n’aurait pas du se perdre.

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Ils sont la preuve  que quelques fois, être talentueux ne suffit pas forcement. Souvent il faut une source de génie en plus ou il faut accepter de revendiquer sa particularité, le fait de ne pas ressembler aux autres artistiquement parlant. Ce n’est pas toujours évident mais quelques fois quand on le fait, ça permet de ne peut être pas avoir de gros succès sur le moment mais de tenir sur le long terme. Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à vous jeter sur chacune de leurs discographies, ils ont tous des premiers albums solides avec des plus pour Carl Thomas, Glenn Lewis et Sisqo.  D’ailleurs en parlant de ce dernier, il n’a « que » 35ans, le mystère reste certes entier au tour de sa disparition mais il a encore des chances d’avoir une réception plus ou moins correcte dans le monde urbain, si une bonne équipe l’entoure pour lui permettre de faire amende honorable et d’expliquer sa si longue traversée du désert.

Triste réalité!