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Entre le tout premier single de Jhéné Aiko «  N.O. LOVE » et la sortie de son premier album solo  » Souled Out » le mois dernier, 12 ans se sont écoulés. Elle n’avait que 14 ans à l’époque, mais accompagnée par ses amis des B2k, la jeune adolescente rêvait déjà d’avoir sa place dans l’industrie du R&B. Mais la tache n’ a pas été  facile. Il lui a fallu du temps, une prise de recul et une grande remise en question pour qu’elle puisse s’affirmer et se représenter au public au début de cette nouvelle décennie, avec ce son plus sombre mais aussi plus mature qui a principalement défini ses mixtapes.

Loin des clichés de l’ado rose-bling-bling, elle a pris le parti de devenir une espèce de choriste du son hip hop, de le décortiquer pour essayer de raconter ses histoires, son histoire à sa propre manière. C’est d’ailleurs la première chose qu’on note sur  » Souled Out« : Jhéné Aiko  a une plume assez extraordinaire et une sensibilité hors du commun qui lui permet d’aborder des thèmes souvent très déprimants avec un regard d’enfant.

Elle jongle avec les émotions avec une dextérité rare, comme sur le titre  » W.A.Y.S » ou encore sur la chanson «  Spotless Mind » où elle aborde sans pathos aucun les déceptions sentimentales. On a à certains moments l’impression de retrouver une song-writer d’un autre temps à contre courant, à savoir quelqu’un qui écrirait d’abord ses mots, avant de travailler sur ses mélodies. Cependant, c’est malheureusement là aussi que le bat blesse avec ce premier album qui se compose exclusivement de slow-jam plus ou moins contemporains.

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Elle a voulu faire un projet qui possède une ambiance, un fil conducteur et c’est tout à honneur: mais le manque de richesse mélodique allié à sa grande faiblesse vocale la desservent énormément. En effet, il est rare de trouver une voix finalement aussi pâle que celle de la jeune fille dont le timbre rivalise de platitude avec celui d’une Cassie. C’est son gros point faible qui devient une vraie plaie au fil des écoutes de son album parce qu’elle ressasse exactement les mêmes arrangements vocaux sur tous les titres. La même ponctuation, la même juxtaposition vocale, les mêmes choeurs qui finissent par donner l’impression d’avoir une longue litanie sonore où les titres ne se différencient pas les uns des autres.

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On sent qu’il y a eu cette envie de construire un projet épuré, très sincère, vrai, à fleur de peau, mais l’impression de répétion en fait quelque chose d’assez lourd qui l’éloigne des chanteuses comme Sade à qui certains ont osé la comparer sans aucune raison valable.  » Souled Out » pose – comme on dit au début de cet article – des bases  assez solides avec des moments sympathiques ( Promises, To Love and Die, ) mais l’opus méritait d’être mieux mûri et aussi d’avoir une délégation. Elle sait écrire, semble avoir une vision, il lui manque maintenant un compositeur fétiche et  un arrangeur vocal  bien malicieux pour que son talent puisse réellement prendre toute son ampleur.

12.5/20.