Il y a quelques jours, lors d’une session ask.fm très animée (merci pour les questions, c’est toujours très intéressant), il y a eu pas mal de questions sur les carrières d’artistes américains et à un moment, j’ai répondu que Brandy et Toni Braxton à des niveaux différents n’avaient plus besoin que d’un ou deux albums à mini-succès en consolidation de carrières.
Là, j’ai eu des commentaires m’expliquant que c’était des has-been etc., que c’était fini. Et c’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup notamment en France. Les gens ont souvent beaucoup de mal à se situer dans l’histoire globale de la musique, ou pire encore à penser que si les artistes R&B ne sont plus diffusés sur Skyrock, leurs carrières sont finies. Ils ne prennent que les dix ou quinze dernières années au maximum. On vit dans une société de l’instant, donc on est tous poussés à croire que c’est ce qui se passe à l’instant qui restera, mais c’est loin d’être vrai !
L’histoire de la musique urbaine va plus loin que les 90’s et a très souvent tendance à se répéter. Tous les artistes qui sont aujourd’hui considérés comme des légendes ont connu des échecs commerciaux cuisants, des périodes de galères immenses, et on a aussi cru à certains moments qu’ils ne reviendraient pas. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que Brandy et Toni Braxton sont des légendes (même si, on pourrait en discuter dans un autre édito) mais il est utile de pointer le fait que ce n’est parce que quelqu’un vend pendant dix ans qu’il a plus de chances d’être reconnu dans l’histoire de la musique que quelqu’un qui a deux albums qui se sont très bien vendus et a fait du maintien le reste du temps.
On a des milliers d’exemples concrets.
Dionne Warwick en terme de ventes de singles balaie Chaka Khan, Patti Labelle, Gladys Knight et plein d’autres. Elle était la chanteuse noire pop de ces années-là, mais elle n’a pas du tout le même respect ou l’héritage qu’ont ces autres filles qui ont eu moins de succès, mais qui ont un capital artistique et une reconnaissance plus forte.
Dans le climat buzz, on est tellement pris dans l’euphorie qu’on pense qu’il faut absolument buzzer pour perdurer. Encore une fois, c’est une erreur.
L’artistique, le vrai prendra toujours le pas à un moment ou un autre sur les gimmicks, l’image et la sexualité. C’est une réalité qui se vérifie dans l’histoire de la musique.
Si vous prenez Lauryn Hill, elle vit depuis 20 ans quasiment sur le même album et continue de faire des concerts, des apparitions à des cérémonies, d’avoir l’intérêt du public…Pourquoi ? Parce que cet album de Lauryn vaut plus que tout ce que Beyonce, Rihanna, Katy etc. …ont pu produire comme albums. Elle n’est portée par rien d’autre que sa musique et sa présence montre qu’il y’a des modes, les périodes ne sont pas toujours faciles pour les artistes, mais l’artistique sur le long terme prend toujours le pas.
Tina Turner était traitée de « vielle has-been » avant de faire le plus grand comeback de l’histoire de la musique avec un album vendu à 20 millions d’exemplaires et c’est cet album qui a cimenté sa carrière.
L’has-been de 2016 est peut-être la légende 2036, surtout qu’en 2016, la musique qui se vend est loin d’être la meilleure qualitativement parlant. Marvin Gaye qui est idolâtré et reconnu par tous, a été traité d’has-been, on l’a dénigré, il s’est exilé en Europe parce qu’il était dans une situation financière tellement difficile qu’il ne pouvait pas payer ses impôts. Pourtant, il a pu revenir avec Sexual Healing et son œuvre est considérée comme l’une des plus grandes de la musique moderne.
Donny Hathaway n’a pas été l’un des plus gros vendeurs de la décennie 70’s, mais c’est pourtant l’un des chanteurs qui a le gros héritage sur cette période. Il a été fou, traité de has-been pendant 10ans mais a fait un comeback gagnant suffisant pour cimenter son nom dans l’histoire de la musique en 4 albums.
Ce qu’il est important de comprendre est que certes, on est dans un monde très médiatique, obsédé par les résultats, les chiffres, etc. .., mais pour autant cela ne doit pas nous empêcher de voir l’histoire de la musique de manière générale.
Dans la culture populaire, on connaît finalement très peu des gros succès pop de Dionne Warwick ou de Donna Summer. Elles ont de gros tubes au hot 100, mais qui n’ont pas tous perduré dans le temps. En revanche, vous connaissez surement tous le titre « Love, I need you, i want you » de Patti Labelle, ou au moins la mélodie de la chanson. Vous la connaissez, alors que c’est un titre qui n’est jamais rentré au Hot 100 américain et n’est resté connu que dans les charts R&B à sa sortie… exactement comme les chansons de Toni, Joe, R.Kelly , Tamia et tous les autres de nos jours.
Ceci pour vous dire que ça prend le temps que ça prend, mais de toute façon, la musique de qualité gagnera toujours. Dans 30 ans, on respectera peut-être plus « Lose To Win » de Fantasia que « Work » de Rihanna. Et surtout, le traitement médiatique pour les artistes R&B noirs sera toujours différents des autres.. donc prenons du recul sur les choses et sur la perception qu’on a des chanteurs, même quand ils ne vendent pas sur une période. En plus, une carrière, c’est un tout.
Le fait d’avoir des failles fait partie de l’humanité. Les comebacks, les épreuves, les chutes, les retours, ça fait aussi partie de la vie et ça, même s’il ne le dit pas aujourd’hui, le public aime. On aime pouvoir s’identifier à quelqu’un qui a chuté, qui a du se battre pour revenir….. rien n’est lisse dans la vie.
C’est la beauté de la chose, c’est la beauté de la musique et c’est pour ça qu’il faut sortir du schéma médiatique actuel pour continuer à partager, à écouter, faire écouter et défendre les artistes que vous aimez, sans se soucier du fait qu’ils soient diffusés sur Skyrock. Car un jour peut-être vous vous rendrez compte que ça aura été la plus grande CHANCE de leurs carrières.

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‪#‎Triste Réalité‬!