C’est drôle parce qu’on en revient souvent aux mêmes débats sur Beyonce mais, en étant juste avec elle, sa prestation aux CMAs était de bonne facture. La question posée sur son engagement est en réalité inutile, vu qu’on sait parfaitement ce qu’il en est. Hier, c’était son méa-culpa. Elle est venue montrer à l’Amérique puritaine – au cas où ils n’avaient pas écouté l’album, car en écoutant l’album, on le comprend qu’elle n’est pas du tout engagée dans quoique ce soit – qu’elle reste la gentille petite pop star qu’ils aiment bien.
Le choc aurait été de venir aux CMAS chanter « Freedom » ou même « Formation », car on sait exactement quelle audience s’y trouve, mais elle a fait en sorte de leur donner ce qu’ils veulent. Exactement comme quand elle se déguise aux BET awards, avec le regard forcé en scandant des cris de guerre, elle donne aux noirs ce qu’ils veulent voir d’elle; c’est son boulot de pop star qui ne veut perdre aucun des publics.
La densité et la réalité de son engagement varient selon la personne qu’elle aura en face d’elle, car c’est d’abord et toujours une industrie.
Hier, quand elle était aux CMAs, la logique aurait été d’assumer cette cause des noirs qui brûle au fond d’elle, dans ses entrailles, mais elle a choisi de s’accompagner du plus grand groupe de country féminin des 30 dernières années pour chanter une chanson tout innocente. Pourquoi? Parce qu’elle veut que ce public-là achète son album.
Elle veut que ces blancs-là, ces « racistes » soient derrière elle. Alors, une minorité d’entre eux n’est pas contente et le fait savoir; la cérémonie a supprimé toute trace de son apparition etc.; et d’un coup, comme souvent, les gens découvrent « oh les country music awards sont racistes « .
Bien sûr, les CMAs sont la pire version de l’Amérique puritaine, mais Beyonce le savait en y allant, c’est juste qu’elle voulait (et veut) leur vendre son album. Et c’est aussi pour ça qu’elle n’était pas du tout en « noir », ou plus du tout #BlackLivesMatter, mais qu’elle avait la robe de soirée et le sourire aux lèvres.
À quoi sert le BlackLivesMatter s’il disparait dès qu’on a les gens qu’il faut convaincre devant soi?
La chose qui a cloché est que certains d’entre eux se sont souvenus de son engagement anti-police et le lui ont fait savoir. Le regard méprisant de Kenny Chesney pendant qu’elle chantait, la suppression de son passage dans le show après coup, certes, ce n’est pas très cool MAIS, Beyonce y était pour son commerce. C’est à ces gens qu’elle voulait essayer de refourguer une partie de son album et, pour ça, elle n’était plus militante de rien avant-hier. Tant pis si ensuite ces mêmes personnes dansent sur la tombe de Trayvon Martin, tant qu’ils ont « Lemonade » à la maison.
 
Il ne faut donc pas qu’on remette ça sur la cause des noirs dans la country, qui est compliquée depuis des années, même si Lionel Richie et Darius Tucker s’en sont plutôt bien sortis récemment, et qu’on avait déjà évoquée ici dans un dossier .
On veut d’un coup ressortir toutes les femmes noires qui se sont faites éjectées du milieu de la country aux USA, en référence à Beyonce hier, mais ce n’est pas du tout le même cas de figure que les autres. Elle a chanté aux Country Music Awards avant, et elle n’a eu aucun souci. Hier, le problème est venu du fait qu’elle avait décidé, au début de cette année, qu’elle était une femme engagée et, qu’au lieu d’aller au bout de sa démarche, elle voulait revenir à la pop star gentille, qui est juste là pour divertir les bons vieux libidineux du Texas, une minorité (qui fait beaucoup de bruit) mais une minorité qui l’a envoyée paitre.
Cependant, ça n’a rien à voir avec la cause de TOUTES LES FEMMES NOIRES dans la country, c’est Beyonce et son business. Quand Lauryn Hill a eu des soucis avec eux, elle avait envoyé toute une partie de la communauté « blanche » américaine se faire voir, elle avait même demandé à ce qu’ils n’achètent plus « The Miseducation« . Common, J.Cole ou Erykah Badu et tellement de gens ont critiqué cette cérémonie violemment pendant des années… et n’y ont jamais été invités ou n’y sont pas allés. Beyonce fait son travail de pop star. Quand elle est avec sa communauté, elle est en mode guerrière pour les exciter (frissons, larmes aux BET etc.) et quand elle va devant les personnes à qui il faut vraiment parler de la liberté des noirs, elle veut juste leur vendre son album. Il faut toujours qu’elle plaise partout. Caméléon en toutes situations. C’est ce qui fait sa force, c’est ce que ses fans aiment tant chez elle.
Ceci étant, à un moment, c’est logique qu’une partie de ce public country (encore une fois, ils sont minoritaires car son commerce a fonctionné, le titre ayant grimpé sur Itunes) n’ait pas beaucoup de respect pour elle.
Triste Réalité!