Lors de sa dernière interview au The Breakfast Club pour défendre son album sorti Vendredi, Trey Songz a tenu à insister sur un point précis : sa maturité. L’homme qui a désormais 32 ans a tenu a mettre en avant sa prise de conscience, son calme, sa sérénité. Des concepts, des mots bien pensés, et d’ assez jolies choses à entendre qui s’éloignent cependant totalement de la direction artistique et du concept de l’album qu’il était venu défendre. En effet, « Tremaine« , le 7e album du chanteur n’est pas du l’opus de la grandeur, ou du retour aux sources, ce n’est pas le vrai « Tremaine ». L’homme qui parlait au cours de l’interview, et celui qui porte cet album, chante ces chansons ou se confond dans une hyper-sexualisation risible dans les clips semblent être 2 personnes différentes. C’est aussi perturbant que décevant. C’est perturbant, parce qu’après  » Trigga », on attendait à ce qu’il retourne vers quelque chose de plus profond et c’est décevant, parce que malgré ses 10 ans de carrière aujourd’hui, Trey Songz n’est pas un acteur majeur de la scène R&B. Il doit encore faire ses preuves. Il est resté dans le carcan du jeune homme, du grand fan de R.Kelly, qui essaie très ( voire trop souvent) sur des projets plus ou moins sympathiques de reproduire l’esprit de celui-ci. « Trigga » était déjà le petit-frère de « Black Panties« , « Tremaine » ne diffère pas de cette règle. C’est l’album R&B-trap sexualisé qui reprend un peu les codes de « 12 Play » (surtout au niveau des intonations) mais la candeur  ou la subtilité en moins. Tout le disque est un résumé de ses états d’âme sexuels, les différentes positions, le fantasme du sexe avec sa plus grande fan, sa superbe plastique…. c’est assez convenu dans le genre. Et c’est justement là où le bas blesse, le concept même de l’album n’est non seulement pas innovant ( voire clairement cliché), mais en plus, il est en totale anti-thèse avec ce qui est annoncé, et avec la manière dont l’artiste le défend.

 

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Toutefois, passé cette constatation assez gênante, le disque se consomme plutôt sobrement. Ce n’est pas un grand vocaliste, il a assez mal choisi les singles, mais ça reste un bon élève, qui sans exceller sait se maintenir juste au dessus de la médiocrité.  « Playboy » porte à cet effet porte très bien le tremplin des mid-tempos sensuels réussis de ce disque,  tandis que « #1 » ramène un Rico Love  toujours un peu redondant, mais pas lassant pour autant. «  The Sheets.. Still » et de « Song Goes Off » sont sans aucun doute les meilleures chansons du projet, avec pour chacune une dose de mélancolique non-négligeable. Coté singles potentiels, ils ne font pas légion. C’est un peu la surprise. Quitte à faire un album dans l’air du temps, il aurait du plus insister sur des chansons radiophoniques, mais comme son meilleur ne ressort jamais dans la trap, il n’y en a que très peu.  C’est toujours quand il s’extirpe de cette vibe qu’il s’épanouit le mieux  comme sur le groove so 90’s de  » 1 X 1″ , ou encore avec le sulfureux « Games We Play« . Ce dernier qui est une rencontre avec Mike Angel est d’ailleurs une porte ouverte vers un R&B plus indépendant, moins synthétique qu’il devrait essayer d’explorer.

 

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En effet, depuis « Chapter V« , il stagne en faisant sensiblement le même album adapté au son de l’année où il sort. Sur « Tremaine » même, on sait dès les premières chansons très sexuelles, qu’il finira avec une ballade « méa-culpa » pop, etc ‘est exactement ce qu’il fait sur « Break From Love » qui rappelle certaines heures des Backstreet Boys.  C’est le personnage du playboy certes, mais sans aucune hauteur, dans des sentiers vus et revus, totalement prévisible.

 

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C’est ce qui explique qu’il n’ait pas du tout la même reconnaissance artistique qu’un Frank Ocean ou même qu’un Miguel. Il tourne en rond, et même s’il n’y a rien de vraiment méchant ou mauvais dans cet album, ce n’est pas un projet qui apportera un véritable plus à sa discographie. Pire encore, au vu de cette image de maturité qu’il veut vendre et de son âge, il est temps pour lui de prendre de vrais risques, s’il ne veut  pas s’enfermer dans une image, qui pourrait lui coûter cher sur le long terme, surtout en cette période difficile pour le R&B.

Triste Réalité!

12.5/20.