Il fallait réagir et battre le fer tant qu’il était encore chaud. La meilleure défense dans un sens, c’est l’attaque. Face à la tornade Cardi B qui connait un succès totalement inespéré et a l’album de rap féminin le mieux reçu par la critique depuis 2002, Nicki Minaj a choisi de réagir immédiatement. Elle qui n’a pas sorti d’opus depuis  3 ans et de sons depuis un an après le triple flop des chansons proposées l’an dernier débarque en pleine « semaine Cardi B » avec 2 nouveaux titres « Barbie Tingz » et « Chun-Li ». La stratégie est claire : ne pas trop laisser trop d’espace à ce qui est désormais sa rivale…et aussi profiter de son buzzz. En effet, les gens vont vouloir savoir ce qu’elle vaut pour comparer au buzz énorme de cardi..et pour savoir ce qu’elle vaut, qu’est ce qu’il va falloir faire? Il va falloir ECOUTER ou regarder et à l’heure du streaming, c’est parfait. Elle fera de bons scores, juste parce que les gens voudront savoir si elle est encore à la hauteur face à la petite nouvelle.
L’autre point était de savoir si elle aurait compris qu’il fallait faire un retour avec des sons urbains, parce que la scène pop féminine se meurt et apparemment, son équipe semble l’avoir partiellement intégré. En effet, si les 2 titres sont assez urbains, ils n’ont pas cette tendance « street » fédératrice. Elle n’est pas revenue en mode rappeuse qui met son tout sur la terre et va en guerre. C’est encore la « pseudo-guerre » avec des instru minimalistes et carrées qui rappellent aussi bien « Stupid Hoe » que « Massive Attack », à savoir les moins bons singles qu’elle a pu proposer dans sa carrière. Ils ne sont pas forcement du même niveau  pour autant.

« Chun-Li » a un certain panache, notamment dans les 2 premiers couplets, mais ça manque cruellement de grosse punchlines et d’un refrain véritablement catchy. On tourne assez vite en rond et le chant sur la fin n’était réellement pas nécessaire.

« Barbie Tingz« ,  est elle la suite directe de « Stupid Hoe« , ce qui est la confirmation qu’elle a du mal à sortir de ce personnage qu’elle s’est crée. Elle ne rappe que par allitérations et susurrements et ça ne lui permet pas d’imposer de vrais refrains, c’est pour ça qu’elle n’est réellement efficace qu’en featuring quand il s’agit de rap, car faire ça sur un couplet, ça passe crème. Le faire pendant 3 minutes, ça bouffe même la structure de la chanson. Les piques à Remy Ma tombent un peu à plat et surtout, ça manque de capacité d’identification; Ce qui est la force de sa rivale. Personne qui n’écoute cette chanson ne se dira « ah, ça ressemble à ma vie ou je peux le chanter pour delirer avec des amis, c’est très perso/trop perché ». Elle est un peu enfermée dans son ombre et n’arrive plus à retrouver ce côté « real », très » jemelaissealler » qui est la base du hip-hop.

En plus, dans le clip, elle semble reprendre ostensiblement des codes pop à son compte et jouer une fois encore sur sa plastique. C’est le coup d’Anaconda qu’elle prépare, ça semble un peu dépassé. Pire encore, la voir accuser tout le monde de la copier et s’autoproclamer « The Blueprint » relève réellement du ridicule le plus total.

Elle avait un boulevard et le coup était bien tenté. Il est même bien tenté, car encore une fois, les chiffres des 10 premiers jours seront bons, mais ça ne tiendra pas au-delà. Les 2 titres sont  trop faiblards et peu fédérateurs ( même si « Chun-Li » était vraiment très bien parti, y compris au niveau de la référence à « Street Fighter »). Bizarrement, elle est un peu dans la même situation que Lil Kim face à elle en 2011. C’est clairement une meilleure rappeuse sur le papier que Cardi, mais elle s’est enfermée dans un personnage qui a du mal à faire face à la fraîcheur de la petite jeunette.

Triste Réalité!