La légende dit que lorsqu’un artiste a avec son premier album, un succès critique et commercial aussi important que celui d‘Alicia Keys avec »  The Songs In a Minor, ses chiffres et la qualité de son travail sont voués à s’estomper au fil du temps.  C’était vrai pour la femme de Swizz Beats jusqu’ à  ce 5eme album «  Girl On Fire« . Sans forcement tomber dans le médiocre, aucun projet de Keys n’arrivait à donner la splendeur et la fluidité de ses 2 premiers essais, pas même l’honorable et sincère  » As I Am » et surement pas le tiède «  The Elements Of Freedom« .  Avec ce nouvel album pourtant, Keys reprend en main le rendu qualitatif de son travail et pourtant tous les éléments ou presque étaient contre elle:

Sa voix  plus détériorée que jamais, son premier single médiocre et facile qui laisse penser qu’elle n’a toujours pas su se mettre  au dessus du succès de  » No One » mais ensuite  la présence de son mari avec lequel elle n’a pas de vraie alchimie artistique, tandis que son collaborateur de toujours, Krucial Keys pointe aux absents.

En effet, sur  » Girl On Fire », Alicia a travaillé avec Rodney Jerkins, The XX, Salaam Remi, Babyface et même Frank Ocean ou encore Emeli Sandé pour les nouveaux. La chanteuse s’ouvre aux autres et réussit cependant à créer un univers singulier et classe. Elle s’éloigne de la soul chaude  de ses débuts pour une musique plus sombre, plus lounge et surtout extrêmement cohérente.

Hormis les 2 titres calibrés radios ( Girl On Fire) , ( New Day) et les compositions un peu faiblardes d’Emeli Sandé, l’opus brille de par sa capacité à nous émouvoir, mettre en exergue le potentiel qu’à la chanteuse d’évoluer sans pour autant laisser tomber ses origines.

La merveilleuse fusion  pop / soul  » When It All Over », la reluisante et  on-ne-peut-plus-sensuelle rencontre avec Maxwell, les petites influences gospel du classique  » Tears Always Win »  ou encore le clin d’oeil reggae parfaitement intégré sur «  Limitless« , Keys explore plusieurs horizons en leur donnant un seul et unique point commun: elle même.

Peut être parce qu’elle sait écouter son coeur et qu’elle le dit? le titre «  Listen To Your Heart » de Rodney Jerkins, est une véritable  merveille de grâce, à la fois aérien, fuligineux et charmant. Il met en exergue les points d’honneur de la sincérité d’une artiste qui n’a clairement pas dit son dernier mot.

Et ce n’est pas le duo de fin, composé du déchirant  » 101″ que précède le ténébreux  » One Thing » qui  nous contredira.  » Girl On Fire » malgré quelques fautes de gout  notamment ses singles est un opus plutôt réussi et élégant.

Sera cependant  t-il  suffisant à la réconcilier avec les fans de la première? Pas sur, nombre de soucis de l’opus  notablement vocaux (on peut souvent avoir l’impression d’entendre Amerie) et l’absence de tubes soul chauds catchys montrent bien qu’il y a désormais un avant et un après avec Alicia Keys. Ce ne sera plus jamais la même chose et une bonne partie du public de base risque de ne plus revenir vers elle.

Ce n’est pas cependant une raison pour qu’elle rougisse de cet essai qui est,encore une fois tout à fait honorable, un peu inégal mais tout à fait honorable.

14/20.

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