On a quelquefois tendance à l’oublier mais l’ensemble des musiques populaires mondiales actuelles prennent leurs sources dans la musique noire. Le gospel, le jazz et surtout la soul sont les parents originaux du Rock, de la pop music ou encore du disco. Ce sont les artistes noirs notamment à la fin des années 50’s qui ont progressivement amené leur son vers le public mainstream américain puis mondial. La tâche n’est cependant pas facile pour eux car le racisme, la ségrégation battent encore leur plein et ils n’ont pas forcément la possibilité de défendre leurs titres comme ils le voudraient auprès du grand public. Des artistes comme Ike Turner ou encore Jackie Brenson, Big Joe Turner, Roy Brown portent leurs couleurs du blues, du boogie-woogie et du rhythm and blues mais ils sont boudés par les radios du fait de leur couleur de peau alors ce sont les artistes blancs comme Bill Haley, Elvis Presley, ou encore Eddie Cochran, qui en bénéficient.

Les 60’s sont profondément marqués par ce qui pourrait considéré comme une « blacktisation » de la musique mainstream. Tous les chanteurs, tous les groupes veulent avoir le son « black » et  pour se faire ils procèdent de 2 manières, soit  ils se servent des artistes noirs qui n’ont pas eu de succès comme  les Beatles  qui commencent leur carrière en reprenant  notamment  What’d I Say de Ray Charles, Money, that’s what I want de Barrett Strong , ou encore avec des standards du Gospel  avec When The Saints Go Marching In. Les Rolling stones aussi ont droit à cette méthode vu qu’ils reprennent des titres blues de Muddy Waters et revendiquent le genre comme étant leur source d’inspiration principale dès leur premier album. D’autres artistes phares auront des méthodes différentes comme Davie Bowie qui choisira d’utiliser des choristes noirs pour avoir ce son black. C’est aussi à ce moment qu’on assiste à un sorte de mini starisation des choristes avec  des filles comme Darlene Love ou Merry Clayton, qui avec leurs groupes respectifs chantent les chœurs sur beaucoup d’albums d’artistes blancs populaires de l’époque pour leur donner l’essence du son « afroaméricain » recherché.

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Là, vous vous demanderez sûrement quel lien avec Claude François dans tout ça. Eh bien, cloclo qui est reconnu comme étant « l’un des plus grands chanteurs français de tous les temps » était un grand fan de soul Music. Un amour qu’il n’a jamais caché et qu’il revendiquait déjà en 1970 dans une interview dans Télé 7 jours selon une biographie de Vincent Sermet :

Il y a un style de musique que j’ai toujours aimé et que j’aimerai toujours c’est ce que les Noirs appellent la Soul Music. En France, nous appelons cela tantôt rock, tantôt pop, tantôt rhythm and blues. J’aime la musique rythmée à base de percussions et colorée ensuite par des cuivres. Au delà des modes et des tendances, je reste fidèle à cet amour du swing, à cette atmosphère gaie et enfiévrée qu’on trouve dans les disques de Tamla Motown.

Il est particulièrement fanatique de la Motown qui regroupe à l’époque bons nombres de talents, c’est le label phare du genre porté par des paroliers et compositeurs comme Smokey Robinson. The Supremes, The Four Tops, Martha and the Vandellas, Marvin Gaye, Stevie Wonder, The Pointer Sisters, The Temptations sont tous signés sur ce label qui devient donc une véritable mine d’or pour cloclo. Le fameux concept du Claude et les Claudettes est repris à Ike Turner qui avaient ses Ikettes sur scène avec Tina Turner.

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En effet, il ne se gênera plus car bien qu’il soit considéré comme un des plus grands artistes français de tous les temps, la vérité est qu’il est juste un interprète basique de chansons soul/disco en version française. L’homme reprendra plus de 23 fois des chansons de la Motown qui deviendront des grands succès en France sans que les français ne se rendent compte qu’ils rechantaient à tue-tête des tubes pop mainstream d’artistes noirs ou d’artistes fortement inspirés par la musique noire comme cités plus haut.

On commence avec
Joe Tex – Show en 1967….

..qui devient « Cherche » en 1969.

Four Tops – It’s the same Old Song...

….qui devient  » C’est la même chanson ».

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Four Tops – Reach Out, ‘ill Be there…

…qui devient  » J’attendrais ».

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The spinners – I’ll Be around…

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…qui devient  » Soudain, il ne reste qu’une chanson ».

Johnny Cash – I can see it Clearly Now.

..qui devient  » toi, Moi et le soleil ».

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Frankie Valli and The Four Seasons – December 1963 (Oh What A Night!)

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…devient  » cette année là », un de ses tubes les plus populaires repris par Yannick.

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Laumont Dozier – Going To My Roots

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Qui devient..  » Alexandrie, Alexandra ».

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The supremes – You Can’t Hurry Love.

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Une fille et des fleurs.

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Et on pourrait continuer encore comme ça sur une trentaine de chansons incluses dans sa discographie dont d’autres de ses chansons très connues. En France, on a du mal à respecter les musiques urbaines, à les comprendre et encore moins à les diffuser aussi bien à la télé qu’à la radio. C’est un soucis de culture au sens propre du mot mais c’est aussi un soucis de culture musicale, à savoir que la plupart des gens ne savent pas que beaucoup d’artistes qu’ils glorifient, beaucoup de chansons qu’ils adorent sont en fait des chansons d’artistes noirs aussi bien chez les Beatles, chez les Rolling Stones que chez Claude François qu’ont fait passer pour un  génie alors qu’il doit tout ce qu’il a pu être aux artistes soul qu’on ne cite jamais et dont on méprise la plupart des héritiers.

Triste Réalité !