A une époque, c’étaient les vynils qui étaient à la mode,puis les cds, les cassettes, et la technologie ne se cesse de faire évoluer nos manières de vivre et de fonctionner. Nous sommes donc désormais à l’heure du streaming qui a énormément de qualités. Il permet d’accéder en un paiement mensuel à toute la musique qu’on veut, partout où on veut.

Nous avons plus ou moins tous un abonnement streaming quelque part, chez Spotify, chez Apple Music, chez Tidal mais nous avons quasiment tous un abonnement streaming quelque part, c’est donc logique que les écoutes streaming soient comptabilisés. Cependant, il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la manière dont le streaming est comptabilisé pour un album par le Billboard et la RIAA (La Recording Industry Association of America).

En effet, il est stipulé que 1500 écoutes d’une chanson sont considérées comme une vente d’un album. C’est comme ça que des artistes comme Nicki Minaj passe de 680.000 ventes réelles à 2 millions de « ventes » avec son dernier album. Elle a eu des 2-3 chansons qui ont suscité le buzz, qui ont été diffusées, stréamées et ça lui permet de faire gonfler de manière artificielle ses ventes d’albums.. car la réalité est là : c’est un artifice.

Un album n’est pas une chanson, et une chanson n’est pas un album. Vous avez surement des chansons que vous adorez dans des albums que vous n’avez jamais écouté ou dans des albums que vous n’aimez pas. Et vice-versa, vous avez surement aussi des chansons que vous aimez moins dans des albums que vous adorez. La certification américaine dans l’état actuel appelle à dire que quand on aime une chanson d’un album, si on l’aime très fort et qu’on l’écoute beaucoup, on aime cet album, c’est faux et c’est même vicieux en réalité.

Tout simplement parce que nous vivons dans une industrie. Il ne faut jamais oublier que la plupart des artistes mainstream dont on parle dans les médias s’intègrent dans cette industrie et qu’ils suivent les « tendances ». Ils s’adaptent à ce qui se fait et à comment ça se fait. Depuis que cette règle de Billboard a été mise en place, on a déjà eu de nombreux artistes ( Will.I.AM en tête, on lui avait consacré un edito à cet effet) qui se sont démarqués de la notion d’album :  » ah pourquoi faire un album? qui écoute encore des albums ». Et c’est exactement là le vice de cette règle de Billboard, elle tend à faire passer dans l’esprit des gens, mais surtout des artistes que faire un album est inutile. Tout ce qu’il faut faire en réalité, c’est avoir des singles qui puissent passer en radio ou qui puissent buzzer.

On n’enregistre pas de la même manière un album et une compilation de singles. Les producteurs, les efforts mis en place et la conception en elle-même n’est pas la même. Le risque de cette règle est donc de pousser les artistes à commencer à nous faire des sortes d’albums déguisés. C’est une société de l’offre et de la demande. Si vous vous rendez compte que vous pouvez faire un single calqué sur l’ère du temps qui sera surdiffusé et vous permettra d’être certifié platine. Pourquoi réfléchir à faire un album? C’est quelque chose qui ne touche pas la nouvelle génération, car ils n’ont effectivement pas de réelle affection pour la notion de l’album, mais clairement, si vous écoutez encore des albums. Cette règle de Billboard risque d’affaiblir encore plus cette notion, car elle s’attaque à leurs conceptions.

D’ailleurs, des artistes comme Monica, Fantasia ou Brandy se plaignaient récemment que sur le label RCA, au-delà de 10 chansons, le label ne soutient plus le projet. Si tu veux plus de 10 titres dans ton opus, tu dois payer toi-même pour les avoir.
Le nombre de chansons sur un disque ne justifie pas de sa qualité, mais le fait qu’un label impose ça à des artistes R&B montre bien que la relation et l’investissement à l’ album change.

Jusqu’à récemment, les artistes proposaient des singles plus accessibles pour vous donner envie d’acheter leurs albums qui permettent d’entrer dans les univers. On a tous des chansons qu’on adore, hyper travaillées et qui n’ont pas été des singles et qui n’auraient pas pu être des singles. Avec cette règle, les albums ne seront plus construits de la même façon.. alors certes, on doit évoluer avec notre temps et comptabiliser le streaming, mais il n’y a pas besoin d’équivalence entre une chanson et un album.

1500 écoutes de  » Doo Wop » ne valent pas  » The Miseducation Of Lauryn Hill ».
2000 écoutes de « Pony » ne valent pas « The Bachelor » de Ginuwine.
2500 écoutes de  » Sir Duke » ne valent pas  » Songs In the Key Of Life » de Stevie Wonder.
3000 écoutes de  » We need a resolution » ne valent pas  » Aaliyah ».
3500 écoutes de  » Gor Ur self a Gun » ne valent pas  » StillMatic » de Nas.
4000 écoutes de « Alright » de Kendrick lamar ne valent pas  » To Pump a Butterffly. (d’ailleurs, son label a très justement refusé ces nouvelles certifications)

et on pourrait continuer comme ça pendant des heures. La comptabilisation.. oui, mais pas l’équivalence entre le fait d’écouter un titre un certain nombre de fois… et un album. Même un million d’écoutes d’une chanson.. n’ont pas la même valeur que l’achat d’un album. ça peut valoir plus, ça peut valoir moins, peu importe, ce n’est juste pas la même chose et c’est dangereux de faire croire ça juste pour gonfler les chiffres d’une industrie en berne.

Triste Réalité!