Bruno Mars a sorti ce matin son 3e album « 24K Magic ». Après 2 premiers albums plus pop, mais toujours très référencés, le chanteur, qui est sûrement l’un des meilleurs performeurs de sa génération, décide de retourner aux sources avec un opus qui reprend tous les ingrédients du R&B contemporain. Si le carton de « Uptown Funk » l’a inspiré, et que le succès de « 24K Magic » a confirmé cette direction, l’album entier est une ôde au Rhythm and Blues moderne, comme on a rarement l’occasion d’en voir ces derniers temps. Tout a été parfaitement quadrillé et exécuté, de l’annonce des influences (Jimmy Jam and Terry Lewis, New Edition, Bobby Brown, Jodeci, Boyz II Men, Teddy Riley) au visuel, sans oublier aussi le nombre de titres de l’album.

Bruno Mars retourne à ses premiers amours.

9 titres, 9 chansons comme ces nombreux classiques R&B/Pop du début des années 80. 9 chansons comme ces albums (« Faith » de George Michael, « Control » de Janet Jackson, « Thriller » de Michael Jackson, « King Of Stage » de Bobby Brown, « Lovers » de Babyface) qui ont fait de lui le fan qu’il est et qui lui ont donc donné envie de faire cet album.

Car s’il y a une chose qui est claire avec Bruno, c’est bien qu’on aura rarement vu un artiste autant mélanger la « fan-attitude » et l’artistique. Il connaît les codes de ses idoles par coeur, leurs tics vocaux, leurs grincements mélodiques, les fluidités au niveau de certaines productions, les placements de vibes, et il choisit de nous les recracher, sans réellement s’en imprégner. Tout le fun de « 24K Magic » est qu’on est constamment interpellé par les nombreuses références musicales qu’il nous soumet. C’est comme un livre sur l’histoire du R&B des années 80- début 90, ou un vieux feuilleton qui nous rappelle le début des grandes années commerciales du genre. On reconnait beaucoup de choses, on groove, on sourit et on se laisse surtout porter par la nostalgie, car ça reste remarquablement bien réalisé.

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Le funk prédomine dans cette ambiance extatique avec des titres comme le bouncy « Chucky », mais aussi l’endiablé « Perm « , avec son breakdown qui donne l’impression d’être une réunion entre The Jackson 5 et les Gap Band. Plus sucré, mais pas déméritant pour autant, on a le fulgurant mais tenace « That’s What I Like « . C’est un single possible avec ce refrain qui reste en tête même si, dans le genre, il aura du mal à faire face au bijou qu’est « Versace On The Floor », rubis tout droit sorti des entrailles de la new-jack-R&B des années 90. La ballade est intemporelle, le genre de chansons qui sont à la fois en avance de 10 ans et en retard de 20 ans, dès la première écoute. Une interprétation remarquable mesurée, souvent inspirée par M.J., tout en restant très Ralph Tresvant dans l’esprit. Une des plus belles réussites de ce disque qui n’accuse que très rarement des moments de faiblesses. Ca aurait été assez cocasse en un sens lorsqu’il n’y a que 9 titres mais le peps de cet album est aussi sûrement le fait qu’on soit dans un minimaliste efficace et précis. « Straight Up and Down » est un mélange entre Shai et Hi-Five qui se consomme avec une classe admirable; on aurait aussi pu la trouver sur un album de Johnny Gill, et là où Brunoqui n’a pas les capacités vocales d’un Johnny – fait preuve de brio, c’est qu’il joue sur la légèreté et l’humour, ce qui donne à cette chanson, sensuelle et romantique, un parfum d’éternité. « Finesse » est à la fois incandescente et décadente. Le titre a été cuisiné dans une marmite de Teddy Riley pour une mélodie de Keith Sweat avec un chant à la Tevin Campbell. Encore une fois, Bruno reste un fan, voire  un fan joueur mais parfaitement sémillant, tandis que l’opus se clôture avec « Too good to say goodbye » que lui produit Babyface. Là encore, l’appel au maestro du genre n’est pas anodin et ce dernier fait honneur à sa réputation avec une pépite vaporeuse et soyeuse, tempérée et dilettante, un titre qui aurait très bien pu être porté par Toni Braxton, et qui referme remarquablement et subtilement ce disque.

« 24K Magic », vous l’aurez compris, est donc un album réussi dans son genre; on n’est pas loin du sans-faute. Il y a 2 reproches qu’on pourrait lui faire : le premier est justement le fait qu’il soit constamment dans ce mimétisme – mais c’est aussi ça qui fait le charme et la non prétention de son projet – et l’autre serait peut-être que ce sera dur de trouver des singles, car la construction des up-tempos est souvent similaire. Mais dans l’ensemble, ce sont réellement des détails. Il a réussi son pari, avec un projet qu’il a aussi entièrement co-écrit, co-produit et pensé aux côtés de son équipe The Smeezingtons. C’est sans doute aucun son meilleur travail à ce jour. C’est le très bon album qui sort au très bon moment. C’est l’album qu’on attendait d’Usher depuis 2008, et qu’il n’a malheureusement jamais réussi à faire. Un parti pris artistique cohérent, fou, mais tellement chaleureux et bien référencé qu’il a déjà gagné sa place au panthéon des meilleurs projets des années 2010.

17/20.

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[Chronique] Bruno Mars – Unorthodox Jukebox.