Qu’il est difficile de se renouveler lorsqu’on est l’un des pionniers d’un genre musical qui n’est plus vraiment populaire et auquel on a presque tout donné. Joe revient cette semaine avec l’album « #MyNameIsJoeThomas » qui est le 11e album du chanteur, mais qui est surtout vendu comme une suite à son fameux classique  » My Name Is Joe ». Son album le plus vendu en 2000 avec des tubes comme « I wanna Know  » ou encore  » Stutter« . Il était accompagné sur ce disque par Teddy Riley, Tim & Bob, ou encore She’kspere mais 16 ans après : la donne a changé. Inspiré par le succès mainstream de sa reprise d’Adele avec » Hello », le chanteur assume un changement de cap avec un single plus poppy  » So I Can Have You Back« . Un titre qui met en valeur son magnifique timbre, mais qui amorce quand même une sorte de prise de risque sonore qui se confirme sur le disque. #IgrewwithJoe #JoeisMine, ce sont les hashtags que son équipe de communication et lui ont lancé pour soutenir cet album. Un choix assez contradictoire, car s’il entend jouer sur l’idée de la nostalgie, du retour aux sources, une ligne qu’il n’a jamais quittée au cours de ses 16 dernières années,- comparé à  beaucoup de ses compères-  cet album est un peu, la seule fois où il décide de faire autre chose, de s’en démarquer.  C’est donc plutôt cocasse qu’il utilise ainsi  les codes de la nostalgie pour le promouvoir.

Joe est de retour avec la poignante ballade « So I Can Have You Back ».

Joe reste Joe.

Toutefois, qu’on ne se trompe pas, même s’il rappelle qu’il s’appelle Joe Thomas, Joe reste Joe et à cet effet « My Name Is Joe Thomas » est principalement un album de R&B. On est loin de la pure tradition du genre comme on l’était sur  » Signature » ou sur « Double Back« . Ici,  même s’il commence avec le magnifique et très élégant « Lean Into It », il s’aventure assez rapidement vers des choses assez différentes, souvent plus pop, plus urbain, voire même country, mais l’artiste essaie de sortir  de sa zone de confort. « Don’t Lock Me Out » est carrée et poppy, tandis qu’il flirte avec la trap sur « Happy Hour » avec Gucci Mane ou encore sur le générique – et donc moins intéressant –  « I Swear ». La mélodie et la légèreté de « No Chance » en font un des meilleurs singles possibles, avec une production qui fait écho aux travaux de Stargate pour Ne-Yo au milieu des années 00’s. « Hollow », la ballade pop-country est très finement réalisée. C’est un peu une surprise à la première écoute, mais sans être  dans son univers initial, il livre une interprétation juste et sans pathos aucun. Il confirme là encore qu’il reste une des meilleurs vocalistes du game, vu qu’il n’a aucun souci à proposer plus d’emphase  quelques minutes plus tard sur le soulful « Love Centric » qui rappelle beaucoup les 70’s d‘Al Green.  Avec « Our Anthem« , il garde cette ligne soul plus « digne » en faisant cette fois-ci référence à Donny Hattaway, mais aussi au BlackLivesMatter. Là encore, c’est la première fois de sa carrière qu’il s’engage de manière aussi claire dans sa musique.  On sent tout au long de cet album, un homme qui a envie de se renouveler, d’innover dans son propre personnage, sans oublier ce qu’il et ce qu’il l’ a fait.

« My Name Is Joe Thomas » n’a pas la candeur de son illustre première partie et c’est finalement le plus gros défaut de cet album. En effet, le nom a été mal choisi, car le projet en exergue un artiste qui  a envie de toucher à de nouvelles choses, tout en restant lui-même. C’est normal et c’est même tout à son honneur au vu de l’état de la scène et après tout ce qu’il a su offrir au genre. Il aurait à cet effet du assumer ce projet pour ce qu’il est et non pas lui donner un nom qui force la comparaison avec la première partie.. et qui de fait occasionnera des déceptions. Les 2 projets ayant été construits dans des logiques diamétralement opposées.  Ici, l’opus aurait mérité d’un travail plus poussé au niveau des mélodies, mais ça reste un album tout à fait correct, pour un artiste dont la classe n’est à prouver et qui mérite beaucoup plus d’attention.

14/20.