ASkMusicfeelings est une rubrique du site Musicfeelings où les lecteurs du site posent des questions sur les artistes, sur leurs carrières ou encore les albums. Au fil des années, je me suis rendu compte que j’en avais beaucoup et c’est peut-être donc mieux de répertorier ces réponses et analyses dans une rubrique précise.

C’est drôle.
Hier, j’ai participé à une petite émission radio sur un site de rap et c’était exactement ce même sujet.
En fait, il n’est peut-être pas nécessaire de plus accabler le rap français que les autres genres musicaux, vu qu’ils suivent de manière générale tous la même trajectoire.
Encore une fois, les « artistes » sont le reflet de la société dans laquelle ils évoluent. Nous sommes dans une société qui privilégie l’image, ce qu’on voit, le buzz, à ce qui est écouté. C’est un dilemme particulièrement problématique, dans le cadre du rap, et encore plus dans le rap français qui a souvent été employé comme moyen d’expression pour une partie de la population dont la voix n’était pas entendue.
Il y a en réalité une possibilité de faire 3 livres de 5 tomes de 600 pages sur ce sujet, mais je vais essayer de raccourcir le tout en repartant aux origines.
Le rap naît dans les 70’s aux USA. Début de démocratisation dans les 80’s. Première explosion commerciale au milieu des 90’s en suivant des codes très respectueux des origines. Le G-Funk, l’abus de sample, etc sont dans la stricte logique de le naissance du rap et dans l’historique même de la musique noire. C’est d’ailleurs pour cette raison que ça explose lors de cette décennie très rentable de manière générale pour la BlackMusic, vu que le R&B est aussi au sommet des charts.

Ceci étant, qui dit démocratisation d’une musique black, dit intervention des labels, des stratégies et une envie de toucher un public toujours plus large. C’est à partir de ce moment-là que le mouvement perd progressivement son côté revendicateur, parce qu’il faut toucher une audience qui n’est pas toujours en phase avec les origines de la musique noire américaine, et qui n’a pas le même vécu. Ils ne sont que très peu intéressés par les soucis, de la rue, du ghetto etc..et c’est comme ça qu’on en arrive à la crise Hip-POP qui gangrène actuellement la scène américaine de manière générale. Des chansons carrées, faciles, une mélodie qui tourne, un gimmick.. et c’est gagné. Exactement comme les chansons des Popstars, sur la même logique.
Le rap français lui est arrivé en France historiquement avec Dj Dee Nasty. Il explose lui aussi dans les 90’s, se conforte dans les 00’s et crise aussi dans les années 2010’s, parce que les cibles ne sont plus du tout les mêmes.

Les quartiers ont changé, les histoires changent et quand une musique se démocratise, les gens font exactement ce qu’ils en veulent, quitte à la rincer totalement de son essence première.

C’est ce qui se passe notamment avec Maitre Gims, Black M ou Soprano qui aident à ce que le « RAP » soit largement devenu le genre le plus écouté en France, sans faire du rap « pur », vu qu’ils font en fait pour la plupart de la variété.

Ils sont dans une logique de rentabilité qui suit ce qu’une Diams faisait déjà avec des titres hyper sucrés comme  » Dj », clairement conçus pour toucher la petite ménagère et lui faire croire qu’elle aussi est dans le « coup » du « nouveau » mouvement à la mode..

Le fait de chanter entre dans cette même idée où l’on touche plus facilement une large audience, lorsqu’on s’édulcore. En plus, c’est devenu monnaie courante  et bien plus aisée de le faire avec la démocratisation totale de l’auto-tune.
On en revient donc au nerf de la guerre qui est l’argent. Beaucoup d’artistes de rap qui ont commencé dans les 90’s le faisaient par passion et ne savaient même pas qu’ils en vivraient. Aujourd’hui, beaucoup de gens n’ont rien à raconter et le font pour être vu, être célèbre, être adoré, et même si l’authenticité ne suit pas derrière, ce n’est pas grave.
Pire, encore, en étant très authentique, très fidèle à certaines valeurs, tu n’as que très peu de chances d’exploser en 2017. C’est d’ailleurs à cet effet que la fameuse phrase de Kaaris peut devenir philosophique « La gow-là, c’est peut-être une fille bien, mais nous on préfère les Tchoin tchoin« . Sans forcement le savoir ou le vouloir, cette phrase pose une observation réaliste de la société actuelle et donc de la scène rap. Il y a des tonnes de jeunes rappeurs qui ont d’excellentes capacités, mais que le public ne voudra pas suivre parce qu’ils préfèreront des choses plus simples et mâchées comme « Tchoin« . D’ailleurs, beaucoup de rappeurs se sentent obligés d’avoir ce genre de chansons sur leurs albums pour s’assurer des passages radios, dans les chichas ou en boites de nuit, même quand ces chansons s’éloignent de ce qu’ils ont envie de livrer en réalité.

Pourquoi? Parce que finalement ce que font les rappeurs de 2017 n’est que le reflet dans une partie de la société dans laquelle ils vivent.

C’est-à-dire que le véritable souci est qu’au stade où on est, le fait d’interdire Jul, PNL , et tous les autres d’audiences radios, ne favoriserait pas des rappeurs plus forgés sur des textes et la musicalité – si ces derniers ne sont pas construits de très fortes images avant – car le problème est aussi et surtout sociétal. Les gens veulent exister, veulent paraitre, avant de penser au fond et ça se retranscrit totalement dans ce qu’ils écoutent  et achètent.

Triste Réalité!

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