11 ans après son tout premier disque, Dj Khaled a cette semaine livré son 11 ème album, « Grateful », où il a une fois encore réuni une grande partie de la scène mainstream de l’époque.  C’est presque devenu une tradition, chaque année ou presque depuis 10 ans, on voit arriver le Disk-Jockey avec un projet accompagné d’une ribambelle de stars  de la scène urbaine du moment, selon l’année, et sa propre popularité. Il a réussi avec brio à devenir un personnage « important » du mouvement hip-hop de ces dernières années, sans qu’on ne sache précisément quel rôle était exactement le sien derrière tout ça.

  1. A Quoi sert Dj Khaled?

Hormis « Crier »,  » We The Best Music » et s’agiter avec des pas de danse embarrassants, à  quoi sert réellement Dj Khaled?

Il commence sa carrière en tant que DJ, sur la chaîne de radio WEDR, à Miami. C’est une station urbaine mainstream qui diffuse plusieurs styles musicaux (rap, crunk, RnB, reggaetón), et par chance, Fat Joe, leader du Terror Squad,  le DJ officiel de la formation, pile au moment où il explose et domine les charts avec « Lean Back » notamment. Sa plus grande force : du haut de ses 1 mètre 68, il a une facilité assez extraordinaire dans le contact humain. C’est donc ainsi qu’il se fait assez rapidement un beau carnet d’adresses dans le milieu du rap et, c’est aussi ce côté « Tchateur »,  » ouvert » qu’il expose aux yeux du grand public, à l’heure des réseaux sociaux. Il a très bien su exploiter ce filon, en arborant une image de sympathique, très proche du peuple, qui s’est traduit par une montée en flèche de sa visibilité médiatique. Une visibilité médiatique, qui est un des moteurs de son système.

En effet, c’est principalement un DJ. S’il a pu produire ( assez rarement, voire très peu) sous le pseudonyme de Novocane Beats, Khaled reste d’abord un DJ, qui mixe et fait des playlists. D’ailleurs, tous ses « opus » sont en réalités des playlists, mais ce qui est réellement intéressant chez lui, c’est la structure qu’il a conçu autour de tout cela.

Pour bien comprendre son fonctionnement, il faut regarder le tracklist et les productions de chacun de ses disques depuis 10 ans, sachant qu’il n’est bien évidemment pas un rappeur ou un chanteur, ou même un parolier.

Sur le 1er opus « Listennn… the album » qui sort en Juin 2006, et qui s’écoulera à 250.000 exemplaires.

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A la production, on le retrouve sur une chanson, le 13e titre, lorsqu’on exclu évidemment l’intro.

Sur son second album qui sort aussi en Juin 2007 ( vous comprendrez assez vite que c’est sa période de prédilection), pareil, on le trouve sur une chanson, la 8e chanson.

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Sur le 3e album, qui sort en Septembre 2008, là, encore, il ne participe qu’à la production d’un titre, l’introduction « Standing on the Mountain Top ».

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Sur le 4e album, qui sort en 2010. Il est nommé en tant que co-producteur sur la moitié des disques, mais il faut retenir que c’est son tout premier disque  chez E1, ce qui explique cet état de fait.

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Sur le 5e opus  » We  The Best Forever » qui arrive 2011, on le retrouve à la co-production de 2 chansons seulement.

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Sur le 6e opus, « Kiss The Ring », il apparait sur 3 titres.

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Sur le 7e album, « Suffering from Success »,   il participe à la co-production sur 5 titres.

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Sur le 8e album «  I Changed A Lot », il est encore une fois à la co-production sur 4 chansons., sur 13.

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Sur le 9e opus « Major Key », il est à la co-production de la moitié des 14 titres.

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Sur le 10e opus,  qui vient de sortir, on le retrouve à la co-production sur la moitié des chansons.

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L’entremetteur.

Pourquoi revenir sur la participation de Dj Khaled à chacun de ses disques, parce que c’est toute la finesse de son système. Comme expliqué plus haut, c’est loin d’être un grand producteur ou un grand artiste ( chanteur, rappeur), c’est un DJ. Toutefois, il s’est fait un carnet d’adresses ( parce que c’est quelqu’un de très sympathique, très ouvert, qui  a une vraie tchatche) et donc la réalité est qu’il sur ce carnet depuis plus de 10 ans. Il connait beaucoup d’artistes du fait de son positionnement à la radio pendant de nombreuses années, et  fait donc la liaison entre ces fameux artistes et les producteurs. Il prend des producteurs et leur ouvre son réseau d’artistes plus ou moins populaires. Il est copain avec tout le monde, il aime tout le monde, donc il réussit à faire connecter certains producteurs à des artistes avec lesquels ils n’auraient pas forcement pu travailler.

Le producteur voit derrière l’opération, le fait d’avoir un hit et donc de pérenniser sa carrière et, lui, Khaled voit derrière tout ça le moyen de continuer à monter. C’est pour ça que ces castings sont plus « prestigieux » depuis 2013. Plus il monte, plus il a accès à plus de grands noms dans l’industrie. Ce n’est pas quelqu’un vers qui les artistes se tourneront pour des productions sur un album ( ce n’est plus un véritable producteur), mais c’est quelqu’un qui va te trouver la personne que tu veux, quand tu veux, comme tu veux. Et son génie, est qu’il le vend très très bien.

Quand on fait un état sur les productions de ses albums, il n’est que très rarement derrière les succès radios qui sont les siens. Et quand il est à la co-production, c’est souvent et quasiment toujours en tant que co-producteur mineur, c’est à dire qu’il est censé avoir « ajouté » quelque chose à la production que quelqu’un lui a donné à la base. Sauf qu’on sait très bien que les intérêts financiers sont importants dans le système américain. C’est pour ça qu’il soit noté co-production de plus en plus souvent depuis qu’il monte n’est pas en réalité, un gage d’une implication plus profonde. C’est du business.

Plus sa popularité et son impact, son carnet d’adresses se remplissent, plus il a la possibilité de dire aux producteurs de partager les droits avec eux.

Par exemple, on connait tous Danja, et on connait très bien ses capacités. Lors de ses premières collaborations avec Khaled ( au moment de son exposition), il produit les titres seul. Depuis qu’il est moins visible et que Khaled lui offre donc toujours des castings de grand « cru », comme Beyoncé et Jay-z « Shinning » qu’on lui doit, ils se retrouvent en co-production, mais ça ne veut en aucun cas dire qu’ils ont co-produit le titre. C’est plus révélateur du fait que Khaled fait des deals. Il permet d’avoir Beyoncé et Jay-z sur une chanson, si vous partagez les droits de production derrière. Le producteur est gagnant, car ça peut lui faire du bien sur le CV d’avoir de tels producteurs et Khaled, lui, partage les royalties.

C’est donc quelqu’un qui vend à merveille son carnet d’adresses et sa « sympathie ». C’est pour ça qu’il est capable de proposer 10 albums en 10 ans.  De vrais producteurs comme Timbaland, Jermaine Dupri, ou même Sean Garrett, n’ arriveraient pas à tenir ce rythme, parce qu’eux doivent vraiment bosser leurs productions. Pour Khaled, ce ne sont pas des projets qu’il produit ou qu’il instruit du début à la fin de lui-même. Il fait essentiellement de la mise en relation entre artistes et producteurs tous les ans, compile le tout et le propose.

Un manque d’idéal musical réel.

Le tout premier Dj a  avoir eu un album certifié platine ( chose que DJ Khaled n’a toujours pas), c’est Dj Clue en 1999, avec son opus « The Professional », qui réunissait des artistes comme DMX, Nas, Jay-Z, Ja Rule, Missy Elliott, Diddy, Nicole Wray, ou encore les Ruff Ryders, avec le fameux Anthem.

Ce projet n’aura aucun vrai tube mainstream, mais  Dj Clue crée avec ce projet, un mouvement. Il représente le son street new-yorkais avec une touche bien à lui, qui sera d’ailleurs popularisé dans des remix. Les fameux « Desert Strom » remix » qui vont entre autres être portés par une vraie vague positive.

 

Il y a une unité sonore et une cohérence artistique assez claire dans les travaux de DJ Clue, qui revendique quelque chose à chaque fois. C’est d’ailleurs pour ça que plusieurs de ses travaux se sont inscrits dans le temps.

Dj Khaled a une vision plus « simpliste ». Quoi que ce soit, il faut que ça passe à la radio sur le moment où son album sort. Il n’a rien d’autre, pas d’autre force que le « passe-partout » et c’est ce qui fragilise sa discographie. En effet, malgré ses 10 albums et son nombre incalculable de stars à chaque fois, il  y a  très peu, voire pas du tout de chansons de DJ Khaled qui peuvent prétendre traverser le temps. C’est toujours une sorte de « soupe » adaptée à l’année où ça sort, et qui s’oublie dès la soirée du 31 du passage à l’année d’après.

Grateful : une non- exception.

Rihanna et Bryson Tiller réunis sur « Wild Thoughts » samplent le classique « Maria Maria » de Santana.

La musique est une passion, mais c’est aussi une industrie. Khaled a compris le besoin chez un certain public, d’une musique fast-food. Il l’applique sans aucune retenue et ce nouvel album » Grateful » ne déroge pas à cette règle. C’est une sorte de maître orchestre d’une musique McDonald bien quadrillée pour la période à laquelle elle sort. Les titres qui s’enchainent ne sont pas vraiment mauvais, c’est juste une ribambelle de chansons qui essaient tant bien que mal de suivre le mainstream urbain du moment. Ici, on a des moments sympathiques comme « On Everything » qui réunit  Travis Scott, Rick Ross et Big Sean, « Good Man« , où on retrouve Pusha T et Jadakiss, ou encore « Nobody » avec Alicia Keys et Nicki Minaj, mais rien ne rivalise avec ce qu’on aurait pu imaginer en voyant la tracklist. Les challenges sur le papier étaient forts, mais les résultats restent assez mièvres. Cependant,  cela reste assez réussi dans les objectifs de Khaled. En effet, les 3/4 de ces titres seront oubliés d’ici la fin de l’année et il a lui-même déjà prévu ceux qui les remplaceront sur son album de 2018. Quand on voit tous les artistes qu’il a eu en studio au cours des 10 dernières années.. et le nombre de chansons qu’on peut en retenir, on comprend vite que son but n’est pas de s’inscrire dans la pérennité. C’est un directeur artistique radiophonique( un dj urbain grand public) qui fait assez bien son boulot, mais qui du coup, est totalement soumis au mainstream. La qualité et l’empreinte de ses titres dépendent uniquement de la qualité générale de cette scène mainstream. Et quand ça ne va pas, il récupère des samples bien connus pour combler les déficits. Il correspond bien à une génération sans vrais repères musicaux, qui associe et englobe tout et n’importe quoi, tant que ça sonne bien en  boite de nuit. Pour le meilleur.. (quand le mainstream s’avère être de bonne facture).. et pour le pire, quand il n’est rien d’autre qu’une terre aride, comme en ce moment.

Triste Réalité!

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