SZA fait partie des nouveaux talents de la scène urbaine qu’on a tranquillement vu évoluer. Partie d’un son neo-soul indé assez peu accessible, elle s’est progressivement recentrée en essayant de garder ses valeurs et attributs, tout en travaillant un attrait pour un public plus large. C’est une tache qui n’a pas toujours été facile et qui n’a pas toujours été comprise par tout le monde. D’abord totalement allergique au mainstream, elle n’hésitait pas à balancer les pires horreurs sur Twitter, sur celles qui sont aujourd’hui ses collègues, voire amies. Les plus célèbres étant les propos tenus sur Rihanna, avec qui elle enregistre finalement la chanson  » Considération » quelques années plus tard, ceux où elle tape sur Beyonce pour finir par co-écrire « Feeling Myself » ou encore ceux où elle prône une homophobie agressive, pour finir être pro LGBT en 2017.

 

D’aucuns diront que l’appât du gain est plus fort que tout. Ce n’est pas totalement faux, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce petit opus, assez sulfureux et plutôt bien pensé.

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Galvanisé par son label TDA, « CTRL » joue sur les codes de l’époque. Le disque repose essentiellement sur des productions hip hop, auxquelles elle ajoute en posant des mélodies soient R&B, soit neo-soul avec un zeste de pop. C’est comme une formule parfaitement huilée, qui s’ajoute aussi au fait que les titres fonctionnent comme une sorte de journal intime. La jeune femme de 26 ans raconte ses déboires aussi bien sentimentaux que sexuels, avec un naturel qui correspond totalement à cette ère presque no tabous, où on se livre sur les réseaux sociaux, à la face du monde,de la même manière qu’on raconterait les choses à sa meilleure amie. Il y a une sorte d' »impudeur « qui la rapproche du public, et qui en fait une anti-Monica par excellence. Elle parle de son « pussy » sans complexe , supplie un mec de rester à ses côtés pour ses performances sexuelles, et le tout sans s’en excuser. Ce personnage un peu bizarroïde pour une chanteuse de R&B ( qui sont souvent très quadrillée), trouve en fait grâce dans son « naturel ».

Elle correspond en effet tout à fait à la jeune fille de 2017, et c’est ainsi que sa formule fait mouche. Elle n’abuse pas d’autotune comme la plupart de ses consoeurs et dès la première chanson « Supermodel« , elle plante le décor. Une mélancolie, tantôt sensuelle (comme avec le très bon single  » Love Galore) , bientôt désabusée ( comme sur le superbe « The weeknd » soutenu par le sample de Justin Timberlake), mais toujours parfaitement maitrisée et en accord avec le personnage. C’est d’ailleurs à cet effet l’opus porte très bien son nom « Control » dit  » CTRL » sonne comme un passage de flambeau d’une génération à une autre sur la scène R&B.

Elle conceptualise bien l’anti-star à la fois, brutale, sexuelle et « honnête » à laquelle une grande partie de la nouvelle génération s’identifie, bien loin de certaines de ses aînées plus « génériques » et déconnectées des considérations ou du monde « normal » ( Mariah, si tu nous lis). Toutefois, malgré tout ça, il y a une sorte de manque de hauteur chez SZA. C’est malicieux, le grain de folie est assumée mais musicalement, mais ça reste terre à terre, ce qui rend son album bien fichu, sympathique, actuel, mais absolument pas révolutionnaire.

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La nouvelle Erykah Badu?

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Nous sommes dans une ère du visuel. C’est une chose qu’on répète souvent sur Musicfeelings, mais c’est parce que ce n’est que la stricte vérité. Il y a 2 gros maux qui gangrènent l’ère musicale actuelle : les gens regardent la musique au lieu de l’écouter et dans le cas précis de la blackmusic, la filiation est morte. Dans les 90’s et les 80’s, tous les ados qui étaient fans d’Usher, Monica, ou Brandy savaient pertinemment qui étaient Patti Labelle, Stevie Wonder, Gladys Knight, Luther Vandross et tous les précédents, parce qu’ils étaient tout le temps présents. Ils assistaient à toutes les cérémonies, à tous les shows, donc, on savait toujours comment le relais se transmettait.

Aujourd’hui, avec l’industrie du disque en berne, cette chose, cette très importe filiation s’est perdue et ça donne donc une génération, qui a souvent très peu de recul ou même de connaissance réelle sur la musique qui est proposée. C’est pour cela que certains osent la comparaison entre Badu et SZA. C’est quelque chose qui ne peut marcher que sur le visuel, et à la limite sur l’entourage. En effet, SZA a ce côté un peu baroque, dérangé, à fleur de peau, qui pourrait sembler similaire à celui de Badu dans le positionnement, vu qu’il y a un léger décalage par rapport aux chanteuses de R&B classiques.

SZA a aussi cet entourage et donc aussi cet ancrage très hip hop, qui peut là encore faire écho aux années Badu… mais la comparaison et les similitudes artistiques ne peuvent que s’arrêter là. Musicalement, là où Badu était très recherchée, engagée, et voire avant-gardiste, et apportait une réelle ouverture sur la scène ( en suivant elle-même les traces de Joi), SZA porte une voix, elle parle à une scène urbaine 2017, qu’elle incarne encore une fois très bien.On passe de de bien jolis moments avec son disque, mais les codes utilisés sont connus et exploités de la même façon depuis 10 ans. Elle est encore très  » CTRL » et c’est quand elle se sera totalement lâchée qu’elle arrivera à la grande plénitude de son art, car elle reste une des figures les plus prometteuses de la scène urbaine actuelle.

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15/20.