Une sorte de gravité, un brin de solennité aussi dès les premières notes du grandiloquent «  Too Good At Goodbyes« , premier extrait du second album de Sam Smith, qui revient 4 ans après son premier disque sans changer la formule. Le jeune chanteur anglais nous offre une pop classique, droite, mélancolique parfois teintée de soul ou de gospel, ou les 2, mais on sait quasiment toujours où l’on va. Il ne s’encombre pas de fioritures : c’est toujours une voix plus ou moins belle qui chante l’amour, le mal être, la solitude. Ce créneau qui fait qu’on le qualifie souvent d’Adele au masculin… et dans une industrie incertaine, il n’a pas voulu changer la formule qui avait déjà fait ses preuves commercialement. La liste des producteurs est plus variée que la première fois avec Malay, Timbaland ou encore StarGate, mais l’épilogue consiste toujours à s’épancher sur des lignes de piano tristounettes. Il y a quelque chose d’aérien et d’entrainant sur le sensuel  » Say It First » avec son refrain tout en crescendo, qui laisse penser qu’il pourrait être un futur single, tout comme « Burning » est surement le meilleur petit frère qui soit à « Stay With Me« .

Si son équipe cherchait un successeur à cette chanson, tous les ingrédients ont ici été rassemblés pour avoir quelque chose d’assez similaire et même si on connait la formule, elle fait encore son petit effet. Le duo avec l’une des révélations de la nouvelle scène soul anglaise Yebba, est aussi à noter, un moment blue eyed soul, un peu écumé mais groovy et qui sentira bon aux premières lueurs de l’été. C’est en effet l’un des titres ( seul?)  lumineux de l’album.

Ils ont tellement voulu en faire un chanteur à ménagères qu’on ne retrouve plus du tout des titres plus rythmés comme  « Money On My Mind »,  « Yatch », ou encore  « Like I Can« . On est uniquement fixé sur des chansons d’amour sirupeuses ou larmoyantes pour contenter cette audience, parce que c’est ce qui a bien fonctionné sur le premier disque. C’est indéniablement agréable, car ça fait du  bien d’entendre une voix sans auto-tune et avec de vraies influences gospel sur la scène mainstream, mais ça reste quand même bien prévisible, trop même. La plus grosse prise de risque de l’album est le  fait qu’il ait choisi d’assumer totalement sa sexualité. En effet, beaucoup de chanteurs même après avoir fait leur coming-out chantent encore pour des femmes, ou alors font des titres génériques où on ne sait pas exactement à quel genre ils s’adressent. Ils s’assurent ainsi de ne pas froisser leurs audiences respectives. Sam, en revanche,  avoue clairement que son homme lui manque dans « H.I.M » et c’est tristement la plus grosse surprise de ce disque, qui n’est pas mauvais, mais qui reste un peu surfait.

Il a muri vocalement, mais reste trop controlé par sa maison de disques. On voit pourtant bien que quand il lâche un peu les cordes, on a de sublimes résultats comme avec « Pray » qui est sûrement la plus belle et poignante chanson du disque, mais ça reste encore trop embryonnaire. Il a commencé sa carrière en étant l’un des étendards de la scène urbaine indé anglaise et devient maintenant un peu la caution des ménagères pour être sûr de rester dans le coup. Le jeune homme, propre sur lui, qui chante l’amour et leur rappelle leur jeunesse…

Sa voix mérite mieux.. et surtout quand on voit qu’il ne fait que 200.000 ventes au démarrage aux USA ( vu l’énorme promo et comparé à Adèle qui fait 3.5 millions dans le même laps de temps), est ce que ça paie vraiment? Ce sera à son équipe de se poser la question.

13/20.

[Chronique] Sam Smith – In the Lonely Hour.