Les Black Eyed Peas viennent de dévoiler le single « Street Livin » et c’est quelque chose de totalement inespéré. Si les fans qui les avaient découverts avec Fergie et « Elephunk » vont fuir, ceux de la première heure vont faire la fête.

Non Fergie n’est pas la seule raison de leur succès.

On avait l’impression que Will.I.AM, l’artiste urbain, original et engagé s’était perdu dans le mainstream. D’ailleurs, c’est bien le cas, il s’était perdu. Pour bien tout comprendre, les 3 garçons qui se connaissent depuis plus de 20 ans ont eu besoin de recruter une chanteuse en 2002, sous les conseils de leur ancien manager, qui voulaient qu’ils fassent une musique plus pop et plus populaire. C’est ainsi que Nicole Scherzinger a failli rentrer dans le groupe, puis que Fergie a été recrutée suite à un casting parce qu’il fallait une blonde.

C’est un point essentiel, parce que beaucoup de gens disent «  Le succès est arrivé avec Fergie, avant ils ne marchaient pas ». C’est pas tout à fait ça. Avant Fergie, ce n’était pas un groupe destiné à passer sur NRJ. C’était un groupe de hip-hop, engagé, qui n’avaient pas envie de réellement élargir son public, ils avaient été acclamés par la critique. Il suffit d’écouter des titres comme « Joints and Jam » où Will.I.Am parle clairement de ségrégation, où s’exprime sur le racisme. Cela n’a rien à voir avec le discours plus aseptisé qu’il tiendra à partir de 2003..

Ce n’est donc pas la seule présence de Fergie qui a apporté le succès, c’est surtout et d’abord le fait qu’ils aient changé totalement de direction musicale.  D’ailleurs, le premier succès populaire de Black Eyed Peas n’est pas avec Fergie, mais avec Macy Gray sur « Request Line »

Sur le second qui est un tube mondial, la présence de Fergie est encore moins déterminante, c’est «  Where Is The Love« .

Elle a aidé à leur donner une image plus « sexy » auprès du grand public, certes, mais quand on dit » avant elle, ils n’avaient pas le succès« , cela n’a aucun sens. Avant elle, ils ne cherchaient pas ce succès. Ils l’ont pris le jour où ils ont voulu toucher le grand public et ont totalement changé de son pour un son plus pop, en gardant les thèmes engagés au placard. Il fallait qu’elle soit blonde pour ressembler aux autres filles de la pop comme Britney ou Aguilera, et qu’elle soit plus ou moins attirante. Ce sont sur ses critères qu’elle a été prise, et elle a bien joué son rôle, mais elle n’a jamais fait partie de l’ADN, du groupe et ils lui le font clairement savoir ici.

Le cas Sierra Swan.

De plus, il faut savoir que l’idée de la chanteuse qui fait les choeurs ou qui chantonne de façon attitrée avec le groupe n’est pas nouvelle. Avant Fergie, c’était Sierra Swan qui avait été recrutée pour le faire, mais, elle ne faisait que servir le côté hip-hop/jazz de la formation. C’était une démarche totalement différente de celle avec Fergie. On le voit d’ailleurs avec l’un de leurs singles les plus connus avec elle « Fallin Up ».

Le retour aux sources.

Ce qui se passe donc aujourd’hui est donc assez logique. En mainstream, ça ne marche plus comme avant, ils reviennent donc à leur origine. Ils se préparent à faire un disque de hip-hop, où on retrouvera surement plusieurs voix féminines, mais en gardant bien l’ADN premier de la formation.  C’est aussi un moyen de rappeler à l’heure où le hip hop est plus populaire que la pop qu’ils étaient en amont de ce mouvement. « Street Livin » est totalement dans l’esprit de « Bringing The Gap« . L’instrumentalisation live, les flows péchus et saccadés et surtout les thématiques sociales fortes.

C’est aussi un peu « injuste » pour Fergie, qui aura donc servi de « fusible », mais sachant que ces garçons se connaissent depuis 1992, ça ne surprend pas. C’est aussi un moyen pour eux de ne pas se résumer à quelques albums mainstream, mais de rappeler d’où ils viennent. Ils sont tout à fait conscients qu’ils en vendront bien moins, mais ce n’est pas non plus leur objectif précis. Ils sont  à la recherche de la crédibilité qu’ils avaient au début. Il n’est pas d’ailleurs impossible qu’ils refassent appel à Fergie pour un autre projet populaire, un de ces jours, mais pour le moment, ce retour en grâce fait plaisir et est même sain dans un sens. Fergie aurait sonné totalement « faux » et peu crédible sur un titre comme « Street Livin », ce n’est absolument pas son histoire. Le titre ne révolutionne rien, mais reste fort sympathique et correspond bien à une époque qui leur est propre.  Quand ils auront besoin d’aller faire pêter les dancefloor avec Guetta et autres, elle aura son coup de fil, pour le moment, on peut kiffer posément.