« My Prerogative » de Bobby Brown est l’un des plus gros hits et l’un des titres les plus marquants de l’histoire de la new-jack. Il a été au coeur du renouvellement du son soul vers la pop et le hip hop au milieu des années 80. Le titre est composé par Bobby Brown, lui-même, en compagnie de Gene Griffin, mais aussi de Teddy Riley, qui vient leur prêter main forte dans la réalisation. La chanson sort en 1988 en tant que second single du classique « Don’t Be Cruel » et est surtout une audacieuse réponse à toutes les personnes qui lui reprochaient d’avoir quitté les New Edition. On l’entend notamment dire:

« Everybody’s talking all this stuff about me
Tout le monde parle de toutes ces choses à propos de moi
Why don’t they just let me live ?
Pourquoi ils ne me laissent pas juste vivre ?
I don’t need commission, make my own decisions
Je n’ai pas besoin de commentaire, je prends mes propres décisions
That’s my prerogative
C’est ma prérogative

They say I’m crazy
Ils disent que je suis fou,
I really don’t care
Je n’en ai vraiment rien à foutre
That’s my prerogative
C’est mon droit
They say I’m nasty
Ils disent que je suis vulgaire
But I don’t give a damn
Mais je m’en fiche
Gettin’ girls is how I live
Obtenir des filles, voilà comment je vis
Some messy questions
Certaines questions malpropres
Why am I so real ?
Pourquoi suis-je si vrai ?
But they don’t understand me
Mais ils ne me comprennent pas
I really don’t know the deal about her brother
Je ne suis au courant de rien pour son frère
Trying hard to make it right
Essayant durement de gérer ça 
Not long ago
Il n’y a pas si longtemps
Before I won this fight
Avant que je ne gagne ce combat »

Dans la même veine que le « Control » de Janet Jackson, la chanson décrit une volonté d’affirmation et d’émancipation, qui va parler à toute une génération et qui va faire sa légende. Elle devient un cri du coeur pour de nombreux adolescents et entre dans la pop culture, comme un titre référence pour l’affirmation de soi et des choix qu’on peut faire face à la désapprobation de tous. Le titre est un succès dans plus de 10 pays dans le monde avec une première place dans les charts américains et un disque d’or à la clé. Il réussit donc son pari de forcer le public à assumer son départ des New Edition.

C’est ainsi que le titre a été repris et samplé par de nombreux artistes hip hop, aussi bien LL Cool J ( Doing It) que Nice & Smooth (Ooh Child), ou encore Public Ennemy (Pollywanacraka).

À chaque fois, les artistes utilisent le titre pour jouer avec sa dimension « anti-conformiste ».. et c’est dans ce même esprit que Britney Spears le reprendra en 2004.

La récupération par Britney Spears.

16 ans après la version de Bobby Brown, c’est l’une des pop stars les plus populaires au monde qui décide de se servir du titre comme 1er extrait de son best-of « Greatest Hits: My Prerogative« . Là, encore, elle reprend à son compte le fait de totalement exploiter la référence à Bobby Brown pour définir la première partie de sa carrière et ce n’est pas un choix innocent. En effet, 6 ans après son lancement, Britney est assaillie de critiques. Aussi bien pour son baiser très médiatisé avec Madonna, que pour son mariage avec Kevin Federline, tandis qu’une autre grande partie du public l’accuse toujours d’être un pantin de sa maison de disques. Elle choisit donc de les démentir en reprenant le titre de Bobby Brown, dans une version retravaillée avec Bloodshy and Avant.

C’est donc une toute nouvelle génération qui se familiarise avec le single, qui ne sera toutefois pas un succès aux USA. En effet, les américains rejettent cette version et elle n’entrera jamais dans le Hot 100. C’est plutôt dans les pays Européens que le titre trouvera une certaine grâce…

Toutefois, malgré l’impact relatif de cette version, elle a néanmoins permis de confirmer la stature du titre, qui a dépassé le stade de la simple chanson. C’est devenu un lieu commun dans la pop culture de se servir de cette chanson pour répondre aux critiques dont on peut être l’objet.

En 2007, Lebron James répondait à ses détracteurs en reprenant la chanson lors des EPSY Awards.

En 2008, Anoop Desai, candidat à American Idol, qui participe à l’émission contre l’avis de sa famille (qui ne veut pas qu’il fasse carrière dans la musique) propose sa propre version du titre en réponse  à ces derniers.

On retrouve aussi le titre dans de nombreuses séries et films télévisés comme Love & Basketball (2000), Wild Hogs (2007), Sex Drive, ou encore Glee, avec toujours un respect de la lignée « éditoriale » dans laquelle Bobby l’a initié.

Elle a passé le stade de simple chanson pour devenir un manifeste de la scène pop. Fredonner le refrain de « My Prerogative » n’est jamais vraiment innocent…. et ça, ça n’a pas de prix pour un artiste.