Catapulté sur la scène pop depuis sa collaboration avec Ariana Grande, puis installé grâce au savant lancement de son album « The Beauty Behind The Madness« , The Weeknd avait tenu à s’imposer sur le projet « StarBoy« . Changement d’image, coupe de cheveux rebelle, et aussi grande inspiration de M.J. C’était une façon d’asseoir une notoriété et une stature auprès du grand public. C’était la création de #Starboy, qui n’est autre qu’une sorte de version très édulcorée d’Abel, un alter-ego grand public sans le dire clairement. L’album a eu du succès, mais moins que prévu. 2 choses notamment ont péché. Construit comme une sorte de best-of dans une volonté de toucher à tout, on touche aussi souvent à n’importe quoi. « StarBoy » exacerbait les défauts de « The Beauty Behind The Madness » tout en mettant en exergue toutes les qualités de ses travaux du début. Tout en disposant de nombreux titres de haut-vol, l’opus était trop long, donc tombait dans une sorte de répétition, voire même une inefficacité. L’une de ses grandes forces est d’avoir ce rapport assez intime à la musique, qui est plus ou moins noyé dans un amas de trop de choses sur le disque. C’est pour cela que le disque passe à côté d’un succès critique et est ignoré dans quasiment toutes les grosses cérémonies. Le projet aurait été plus cintré, composé de moins de titres, mais mieux dirigé de manière organique et musicale, il aurait sans doute aucun été mieux reçu. L’autre chose qui a péché est le choix de singles,  et la mauvaise gestion de l’après 1er extrait, qui n’a pas permis à l’album d’avoir la vitesse de croisière qu’il aurait pu avoir dans les charts. Ce fut donc un succès, mais une confirmation sur la scène pop bien moins gargarisante qu’il ne la prévoyait.

 

Toutefois, à l’heure des réseaux sociaux où la vie de tout le monde est scrutée tout le temps, The weeknd a frappé un gros coup sur la scène pop. Peut-être aussi gros ( malheureusement) que sa musique. Il s’est publiquement entiché d’une pop star au talent négligeable, voire inexistant, mais dont la participation ou l’avènement via Disney, lui a donné une place assez considérable auprès du grand public. Selena Gomez est aux vocalistes, ce qu‘Aya Nakamura est à l’écriture. Et à la danse, ce que Fergie est au bon goût, elle a fait du vide total, un concept…mais elle a la chance d’être l’une des personnalités les plus suivies sur les réseaux sociaux. Le fait pour le jeune Abel d’être à ses côtés lui a donné une fabuleuse exposition et aussi donc, d’une certaine façon, une liberté qu’il exploite sur ce nouvel ep.

En effet, si on sentait clairement dans les 2 précédents projets, une envie souvent agréable, bientôt poussive de frapper à toutes les portes, avec « My dear Melancholy« , qui est un projet de 6 titres, il ose revenir à quelque chose d’assez sombre et fusionnel dans la formule musicale. Hormis « Call Out My Name » qui bien qu’étant sûrement la meilleure chanson de l’album, sonne comme un petit ersatz du fameux « Earned it », il y a clairement ici une tentative de retourner au R&B plus expérimental qui l’a vu naître.

C’est normal de sa part de le faire et c’est stratégiquement très malin. On n’a plus besoin de se travestir musicalement lorsque le sujet lui-même est pop. En effet, quel aurait été son intérêt à refaire des titres plus poppys, sachant qu’il parle d’une pop star très en vue grâce à laquelle il n’a jamais été aussi connu à l’instant où il sort ce disque.

L’idée donc de cet Ep qui raconte sa rupture avec l’autre bras cassé de la chanson, en revenant à son style de base, ce style intimiste qui lui sied mieux est donc sur le papier parfaite. Quand on voit aussi la liste de producteurs, on salive. Que ce soit la créme de la scène electro avec Gesaffelstein, Nicolas Jaar, Guy-Manuel de Homem-Christo (moitié de Daft Punk), ou encore MikeWillMadeiT, on est reporté dans le R&B expérimental, soyeux et mélancolique qui l’a vu naître. « Try Me » a ce coté suive et délicat d’une nuit d’hiver enneigé, avec ce refrain un poil hypnotisant, un tantinet pleurnichard, mais qui nous reste immédiatement en tête.  » I Was Never There » a cette vibe 80’s aérienne qui nous séduit, mais qui prend totalement son ampleur sur le foudroyant « Hurt You« , qui fait partie des moments les plus profonds de ce mini-disque. Un opus clôt par le titre « privilège ». Un petit moment intense, mais encore une fois, parfaitement maîtrisé. The Weeknd a cette relation avec l’intime qui est indéniable.  « My Dear Melancholy » n’est peut-être pas aussi fou et sulfureux que les mixtapes de « My Trilogy », les puristes du R&B n’y verront pas d’évolution, et c’est vrai, il n’y en pas a réellement . En revanche, le projet est un retour aux sources policé et qualitatif qui est très important pour sa carrière, car au moment du maximum de son exposition, il lui permet de se présenter avec le son de ses débuts, à une audience qui n’y est pas du tout habituée. Il donne plus d’exposition à TheWeeknd et non, à StarBoy et ça, ça va initier un vent de fraîcheur non négligeable à la suite de son histoire musicale.

15/20.