Cette semaine, il s’est passé quelque chose qui m’a particulièrement marqué. En tournée pour son spectacle On ne se connaît pas, on ne juge pas, l’humoriste Donel Jack’sman a fait l’objet d’insultes racistes alors qu’il se produisait à Nice. La video fait actuellement le tour de la toile et provoqué une indignation légitime. Ce qui m’a moi frappé en revanche est l’inertie totale de la salle.

Ce n’est pas tant pour juger les personnes qui étaient là, mais l’homme a eu le temps l’audace de répéter 3 fois « Sale Noir » sans qu’il n’y ait une indignation collective. Pire encore, sans aucun heurt. Le spectacle a repris et finalement dans un sens, la vie a repris ses droits. Cette scène m’a paru particulièrement forte parce que nous sommes en 2019 ( presque) dans une grande ville française et au-délà de l’humoriste en lui-même, ça reste très compliqué pour les gens de s’élever pour des causes, même si ces dernières leur paraissent justes. La majorité silencieuse, reste très souvent silencieuse.

J’ai lié cet évènement à un autre tweet que j’ai vu cette même semaine. C’est le journaliste, Thibaut Chevillard, qui lui racontait cette fois une scène dans le métro. Il est un homme de médias, qui s’est retrouvé dans le Metro en compagnie de gilets jaunes un peu éméchés exerçant des gestes anti-sémites face à une rescapée des chambres à Gaz.

 

Une scène assez ahurissante, mais là encore, ce qui est frappant est que TOUJOURS, personne n’a réagi. Lui-même qui est venu raconter l’histoire quelques heures plus tard n’a pas osé aller à l’encontre de ces hommes, qui étaient pourtant finalement

Vous allez me dire, nous vivons tous des scènes comme ça chaque jour ? C’est vrai. C’est un peu banal, tellement banal que ça en devient effrayant et c’et en ça que ça m’a rappelé un titre de Goldman qui est sans doute une de mes chansons françaises préférées.

Un texte simple mais bluffant.


C’est le titre Né en 17 à Leidenstadt. Une chanson chanson écrite par Jean-Jacques Goldman faisant partie de l’album Fredericks Goldman Jones paru en 1990. Dans cette chanson, les trois interprètes se demandent s’ils auraient agi différemment s’ils avaient été à la place des Allemands après la défaite de la Première Guerre mondiale et pendant la montée du nazisme (en précisant Jean-Jacques Goldman est d’origine juive polonaise et que sa mère est allemande), ou à la place des Nord-Irlandais dans le conflit nord-irlandais (sachant également que Michael Jones est gallois), ou enfin à la place des riches blancs pendant l’apartheid en Afrique du Sud (Carole Fredericks, comme noire américaine, avait connu la ségrégation raciale aux États-Unis).

Le titre s’ouvre sur les 2 couplets de J.J. :

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Et c’est sur cette dialectique qu’est basée tout le titre. En reprenant des évènements dramatiques de l’histoire, il nous interroge. Il se demande quelle aurait été sa position pendant la reconstruction de l’Allemagne et pendant la montée du nazisme, les années suivant la Première Guerre mondiale : une question sur l’influence des origines et du paysage politique dans les décisions individuelles ou sur notre propre capacité à exprimer nos opinions personnelles dans un contexte de vie ou de mort.

« Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir, tendre une main »

Et enfin, Carole Fredericks déclare :

« Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant « 

Avant qu’on ne les entende dire à l’unisson :

« On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ? »

J’ai toujours trouvé ce texte particulièrement fort et évocateur et je trouve qu’il retranscrit bien les interrogations qu’on peut avoir face aux évènements listés plus haut. Il ne s’agit pas ici de dire que le monde va vers une dérive terrible après ce qui s’est passée en France cette semaine. Pas du tout, mais ce qui s’est passé cette semaine nous montre bien que l’être humain reste incroyablement complexe et face à l’adversité, la majorité préfère soit restée dans son confort ( donc admettre une sorte de complicité), soit suivre, mais il n’y a que très peu de gens qui s’élèveront pour résister.

On a souvent cette manie( moi y compris) de juger certaines périodes de l’histoire avec une sorte de mépris, voire de juger certains personnages avec beaucoup de dureté et de condescendance et c’est vrai que sans aucune prise de recul, leurs actes nous l’imposent, mais la vraie question est de savoir : est ce que nous aurions pu mieux faire?

Si en 2019 avec tout ce qu’on sait, un homme est capable de traiter un autre de «  Sale NOIR » sans rien risquer et sans avoir peur et que de l’autre côté une femme peut se faire humilier publiquement avec des évocations anti-sémites devant un métro plein à craquer.

Aucune des personnes présentes dans la salle du concert de Donel n’ignore l’histoire de l’esclavage et elles connaissent sans doute toute encore mieux celle de la Shoah, mais elles ont laissé faire. Quelles auraient été leurs réactions si elles avaient été là au moment des faits ( donc sans l’historique et le recul sur les désastres que ça a été)?

Il n’est pas ici question de les juger elles , mais de nous remettre nous-même en cause, sur notre façon d’analyser l’histoire. Peut-être nous appeler aussi à plus de modestie lorsqu’on apprend les leçons du passé. On a souvent le jugement facile ou l’impression de ne pas comprendre… certes, mais les révolutions sont toujours faites par des minorités.

Qu’aurions nous fait si nous avions été là dans ces heures tragiques de l’histoire?

Goldman dit à un moment :

« On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau ? « 

C’est une parfaite symétrie de la complexité de l’âme humaine. Quelque part, tant qu’on a jamais réellement fait face à l’adversité, nous ne savons jamais vraiment qui nous sommes… et encore plus cachés derrière les écrans de nos smartphones.

Triste Réalité!

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