Avec 18 ans de carrière  à son actif, une discographie qui fait pâlir de jalousie  toutes ses consœurs ou presque, Brandy Norwood est une des pionnières du R&B 90’s qui a parfaitement su respecter son contrat. Celle qui a  commencé avec « I Wanna Be Down  » en 94 a su jongler entre des racines R&B fermes et  des ambitions mainstream sans toutefois perdre  de vue l’objectif de qualité. Cependant, le public n’a pas toujours été au rendez-vous. En 2004 déjà  le somptueux et acclamé par la critique  » Afrodisiac » subissait un revers. En cause: des mauvais choix de singles, et une image beaucoup trop éloignée de ce à quoi elle avait habitué les américains et 4 ans après, ce fut au tour de «  Human ». Un  retour dans les bras de Rodney Jerkins, son mentor qui  s’est transformé en réel  désastre : les fans de R&B se sont estimés biaisés, souvent même trahis par le son  pop du projet et le public pop n’a pas pu l’apprécié car pour une bonne partie d’entre eux, elle était une meurtrière.

Licenciement, drames, télé réalité, remises en cause, passages à vides, Dancing With the Stars. Si elle a été éloignée de la scène musicale à proprement  parler dans les 1000 derniers jours, ils furent loin d’être de tout repos pour celle qui ne se cache pas de dire qu’elle a pensé que  tout était fini pour elle dans l’industrie du disque.

Et ça aurait pu, nombres sont les carrières de chanteuses R&B qui ne sont désormais plus que des mythes alors qu’il n’y a pas si longtemps, elles étaient prometteuses.  Ciara, Ashanti et pas mal d’autres ont accumulé des succès au milieu des années 2000’s et peine aujourd’hui à vendre ou à trouver des labels. Combien de fois une chanteuse qui n’a rien eu de concret depuis le début de la précédente décennie?

Le pari était donc on ne peut plus risqué et l’équation au combien difficile. Et pourtant à l’arrivée avec « 2/11″, Brandy a reçu un accueil exceptionnel de la part des critiques et de ses pairs signant un des meilleurs scores de l’année sur le site Metacritic. Est-ce mérité? Pourquoi?

Musicfeelings a   décortiqué le projet de la chanteuse titre par titre, voici:

1. Intro:  C ‘est un beat urbain un peu laconique, sombre et solennel qu’on aurait facilement pu imaginer produit par Timbaland qui nous ouvre l’opus.

2.Wildest Dreams: Une production de ThaBizness, un Sean Garett à l’écriture, Wildest dreams est sans doute aucun une des chansons les plus abouties de cet album. C’est un peu comme un best of  urbain de Brandy résumé en une chanson. Le beat est typiquement old school comme on aurait pu en trouver sur l’opus  » Brandy« , le coté mélodique un peu fort fait penser à  » Never Say Never » , les  » Neva Oh » du début  font écho à la période «  Full Moon » et la manière de poser est à la fois une continuité et une amélioration de ce qu’on pouvait trouver sur Afrodisiac.  C’est sans doute aucun un de ses titres les plus solides qu’on pourra aussi qualifier de «  Grower« .  En effet, la chanson n’est pas forcément une de celles qui nous prennent aux tripes dès la première écoute et c’est surement en ça que ce n’était pas le bon second single. En effet, s’il est bien vrai qu’il est un des titres les plus solides de l’opus et de Brandy, il n’est pas un des plus rassembleurs en 2012. Il se serait sans aucun doute inscrit parmi ses classiques et fait un carton en 2000-2002 mais 10ans plus tard, ce n’était pas exactement ce qu’il aurait fallu  en second single d’une chanteuse sur le retour après 4ans. Cependant, encore une fois, elle n’a pas à rougir de la qualité de la chanson et devrait songer à retravailler avec ThaBizness qui lui a offert là ce que Rodney n’avait pas pu lui donner en 2008.

3. So Sick : Favorite du label, d’abord annoncée comme premier single, puis comme second single, la chanson a finalement à la dernière minute perdue sa pole position face à « Wildest Dreams » et c’est à la vérité assez peu compréhensible. Le titre produit par Bangladesh est un peu un des ovnis de l’album car on s’attendait à un  beat urbain  très hip hop et on se retrouve avec une production « TheDreamesque »  d’une fraîcheur absolue. Aussi bien dans les paroles, que dans la production, les chuchotements et le chant,  » So Sick » a été construite dans le stricte respect de ce qui a fait le succès de The Dream à ses débuts.  Sean Garett sur Twitter aimait à le qualifier de  » Ladie’s Anthem » et c’est exactement ça, avec les «  ouuuh« , les petites claquements et la voix de Brandy qui  varie sur tous les tons de grave en font quelque chose de relativement catchy et accrocheur. La fin notamment est un petit bijou d’harmonisation vocale qui me fait dire que les radios n’y auraient pas été insensibles. C’est en tout cas un des meilleurs moments du projet et  une des premières fois qu’on entend Bangladesh sur une production aussi « soft », ce qui n’est pas pour nous déplaire.

4. Slower: De l’aveu de Brandy, bien avant la sortie du Brandy,  Slower , ce serait une « fan-favorite », une chanson idolâtrée par ses fans de la première heure et  elle n s’était pas trompée. Slower,  nous renvoie aux meilleures heures de Timbaland  et de Brandy vu qu’on ne peut nier qu’il aurait pu trouver sa place sur  « Afrodisiac ». Un mid tempo catchy qui se partage entre old school et modernité avec une excellente dextérité. Les refrains sont envoûtants, la voix de Brandy est constamment pêchue et le subtil mélange des choeurs à la fin donnent des airs de paradis. Le seul reproche qu’on pourra lui faire est qu’il est trop court, 2.57, pour une telle pépite, ça frôle la criminalité.

5.No Such A Thing As Too Late : Les choses se gâtent un peu à partir de cette chanson. Les premiers titres étaient plutôt costauds et là on tombe sur une production pop/R&B extrêmement banale  et radiophonique de Rico Love. Ce n’est vraiment différent de tout ce qu’il a pu offrir à Kelly Rowland,Monica ou encore Usher  et Trey Songz récemment du coup, on est déçu de prime abord mais avec le temps, il peut se révéler charmant. Les variations vocales que Brandy opèrent entre les couplets et le début des refrains  » And When It’s Time » sont le principal point fort du titre qui auraient sans doute été un parfait second single. Il est  certainement une des moins bonnes chansons (si ce n’est la pire) du projet  mais il correspond très bien à ce que les auditeurs lambda aiment et ont l’habitude d’entendre en ce moment. De plus, il a un côté pop, public de Brandy un peu oublié dans cette ère et la mayonnaise aurait donc pu fonctionner en terme d’exploitation, même si encore une fois c’est très loin d’être une des plus abouties.

6. Let Me Go: C’est le petit frère  direct de « Put It Down« , un beat bien urbain, une basse excessive et des refrains ultra répétitifs. La chanson tire son salut des ad-libs  superbement bien placés dans les couplets, du reste, ce n’est pas vraiment un grand titre. Dans la veine du premier single, il a été conçu  pour plaire aux radios et au public jeune. On peut s’en servir une ou 2 fois pour danser mais ce n’est certainement pas l’une des parties les plus brillantes de l’opus. Cependant, il a le mérite de couper et de mettre une sorte de variations dans l’ambiance générale du projet. En cas de désastre dans les ventes, elle pourra y inviter un rappeur et ressortir sa chorégraphie du clip de  » Pid », le public qui a adhéré à celle-là, soutiendra certainement celui-ci .

7. Wihout You : « OOOH Boiiiiiiiiiiii, i really neeed youuuu ». Vous voulez de la performance vocale simple, soyeuse mais absolument prenante? Ecoutez  » Wihout You » qu’a offert Harmony à Brandy. C’est un  R&B un peu sombre, un peu niais, extrêmement classique mais qui a l’avantage de retrouver Brandy dans un univers plus mature. Une ballade à envolées  qui n’a rien à envier à un »  Have You Ever » duquel il se rapproche pourtant clairement  beaucoup dans l’esprit. La chanson souffre d’une faiblesse mélodique dans les refrains qui font qu’elle ne prend pas toute l’ampleur qui devrait être la sienne  et l’empêcheront surement d’être considérés sérieusement parmi les titres à exploiter.

8. Put It Down: A classer dans les chansons les moins utiles de l’album même s’il fait une bonne coupure entre les ballades et mid tempos.  Put It Down est un titre R&B /hip hop pour faire danser dans les boites de nuit et en ça c’est plutôt réussi, le bridge est absolument somptueux et elle  n’aurait eu aucun autre choix pour lancer son album. C’était le parfait premier single et il  a eu le succès qu’il pouvait. Il serait allé plus haut si le label avait permis qu’il aille dans les radios pop mais dans ce qu’on lui demander de faire ( à savoir réconcilier les radios urbaines avec Brandy), il a été parfait. Il ne restera pas parmi ses plus grands titres mais il  lui a fait du bien. Elle a été obligée de s’écarter de ses sentiers  battus, de danser, de bouger et de prendre confiance. Ce sera  sans doute aucun un pari très difficile pour son prochain album d’avoir un titre qui puisse aussi facilement s’accrocher aux radios sans totalement aliéner sa base fan.

9.Hardly Breathing : Autre moment avec Rico Love mais cette fois , c’est du grand cru. Contrairement à  » No Such Thing As Too Late », il lui a livré une production classique mais beaucoup plus ombiliquée, plus travaillée et surtout plus prompt à porter de qualité, ce qu’elle ne se prive pas de faire. Partagé entre un R&B soft et une pop , Hardly Breathing est absolument transcendée par les multiples couches de Brandy qui va d’une voix hantée dans les premières  notes de la chanson à   des harmonies aussi soft et touchantes que celles qu’on retrouvaient sur « Full moon » . La scène musicale actuelle ne  permet plus d’exploiter ce genre de chansons qui se partagent un peu trop entre pop et R&B mais c’est sans aucun doutes un des titres les plus faciles d’accès e de  » 2/11″.

10.Do You Know What You Got Here: Tube de l’album. #MikeWillMadeIt. S’il y a bien quelque chose qui peut rattraper le faux départ de Wildest Dreams dans cette ère, c’est bien ce titre. C’est un mid tempo  urbain sexy dont la simplicité  fait le charme. Les couplets sont très actuels, le refrain  nous transportent dans les 90’s et le petit piquant des paroles fera rire les mamas américas quand elles l’écouteront à la radio. Il a absolument tout ce qu’on peut vouloir d’un slowjam moderne.  C’est le digne héritier des productions de Joe, Ginuwine dans les années 90’s façonné pour Brandy. Si elle ne l’exploite, on retrouvera cette chanson mais exactement  la même dans tous les albums prochains de ses consœurs, elles vont toutes essayer de la refaire de Ciara à Monica passant Kelly Rowland.  Communément c’est un «  Slowjamheaven » et il est urgent que son équipe se dépêche de l’exploiter.

11. Scared Of Beautiful : L’histoire de cette chanson est un peu particulière, elle aurait du se retrouver sur « Loud » de Rihanna, finalement cette dernière n’en a pas voulu. Frank a gardé sa demo sans trop savoir quoi en faire, finalement Brandy a bien voulu la prendre mais c’était trop  » pop » dans l’état donc on a appelé Warynn Campbell pour R&Bisé un peu tout ça sans que non plus… ça ne soit trop dénaturalisé de la patte Ocean. Enfin, c’est un rabibochage de gauche à droite et c’est un peu ça qui est gênant  Il n’y a pas l’expression d’une chanson de Frank Ocean crée seulement pour Brandy. Vocalement, elle  y ajoute clairement plus de soul notamment dans les couplets, elle est bien plus assise  mais il manque définitivement quelque chose (Brandy?) dans les couplets pour que la chanson prenne toute son ampleur et c’est dommage. Le titre est bon pas mauvais mais il aurait clairement pu être meilleur, du moins, on aurait clairement pu attendre mieux d’une collaboration Brandy/Ocean. En espérant que  pour le prochain album, on les retrouve en studio pour un véritable travail collectif.

12. Wish Your love away :  Mario Winams parle de cette chanson depuis près d’un an et demi, c’était sans aucun doute celle que j’étais personnellement le plus impatient d’entendre surtout quand j’ai su que la production vocale revenait à « Tc » qui avait déjà conçu le divin  » Accapella » sur « Human ». A la première écoute, c’est une mini déception car on reprend exactement les mêmes codes utilisés dans le « Can’t be Friends »  de  Trey Songz en 2010. C’est ce qui fait que ça aurait un excellent second single mais c’est aussi ce qui peut rebuter aux premières notes. C’est pourtant a contrario de son grand frère, un monstre de subtilité vocale, une mélodie très classique 90’s qui n’a pas rougir en 2012. La chanson dégage une nostalgie sans perdre un brin de sa modernité avec des  harmonies qui rappelle les plus bons moments d’Afrodisiac notamment sur la fin du titre qui est un grand moment, très grand moment d’harmonisation vocale. Les couches de voix qui soutiennent la fin du titre sont absolument mémorables.

13.Paint this house:  Une nouvelle fois, une 3eme fois, on retrouve Rico Love sur cette album et cette fois, c’est sans doute aucun l’une des meilleures productions qu’il ait jamais faite depuis le début de sa carrière. La boucle mélodique  douce et totalement épurée, les espèces de violons qui parsèment les refrains  s’accordent parfaitement avec la voix de Brandy qui se veut plus suave plus douce pour un des titres les plus sexys qu’elle ait jamais enregistrée. La coupure assez inattendue dans le bridge donne une réelle fraîcheur et un regain d’intérêt absolument monstrueux dans la chanson qui est sans doute aucun, l’une des plus abouties de l’album.

**

14. Can You Hear Me Now:    Dans l’édition deluxe, on continue avec une Brandy sexy et crue mais sur un beat de Danja.  Très facile donc de repenser à Timbaland dans cette ambiance sombre et lourde. Can You Hear Me Now est à la fois aguicheuse et costaude. C’est un sumo en train de jouer à la danseuse étoile et la magie fonctionne. L’ambiance presque gênante de la chanson fait réellement corps avec la voix de Brandy notamment sur les  anormalement catchys refrains.

15 Music: Le petit ovni de l’opus, du moins vocalement. La chanson a été enregistrée, il y a plusieurs années déjà avec Mike City et quand on arrive, on sent tout de suite le décalage vocalement.  Sa voix a beaucoup changé depuis, elle s’est clairement aggravée, amélioré. Music a une production plus soulful, plus épurée, on peut même penser à du Sade dans la manière dont la voix de Brandy est posée, les respirations. Peut-être le titre le plus mature de l’opus et il y a ce côté aérien qui reste tout à fait dans l’esprit de ce qu’on aurait attendre d’une Faith Evans ou d’une Toni Braxton.  Ce serait très intéressant qu’elle la chante en live car avec sa voix actuelle, ça peut donner quelque chose de tout à fait sublime .

16. What You Need : Nouvelle production de Bangladesh qui surprend  par sa construction peu atypique ou plutôt totale déconstruction. Des couplets super doux, super mélodieux laissent place à des refrains hip hop beaucoup plus durs, plus crus et ce n’est pas forcément facile d’assez à la première écoute. On se laisse assez facilement prendre au jeu avec notamment un plaisir pour le timbre qu’elle emprunte sur les  » Fiya Fiya, Candles Candles« .  Globalement, c’est la 4eme production de Bangladesh et on se rend bien compte qu’il a fourni un travail bien supérieur à ce qu’il a l’habitude de faire pour Brandy, surtout au niveau des mélodies qui sont présentes dans la plupart des chansons qu’il produit alors qu’avant c’était rarement le cas.

Au final, « 2/11 »  s’érige au rang des albums les plus concis et complets de Brandy, et au panthéon des meilleures sorties de l’année avec Frank Ocean et Miguel. Vocalement, c’est aucun doute  le meilleur. Celui où elle montre à ceux qui en doutaient encore  pourquoi elle est considérée comme la bible vocale (The Vocal bible) dans le monde du R&B américain. La subtilité des harmonies, du placement des voix et les multiples démonstrations de musicalité donnent une ambition peu commune  à cet album. En effet, il lui aurait été plus simple de faire quelque chose  de très 90’s, un album urbain  adulte et de s’arrêter là. Au contraire, là, «  2/11 » pose pas mal de pierres de ce que  devrait être le R&B des années 2010 pour une chanteuse issue des 90’s.  Le R&B étant un genre mort commercialement, il ne se vendra sans doute pas à des millions d’exemplaires mais dans son but principal qui était d’entamer une réconciliation de B.Rocka avec son public de base, c’est une totale réussite. C’est un album suffisamment frais et consistant pour montrer qui elle est à la nouvelle génération et elle peut être fière d’avoir réussi ce pari-là. Plus humain, plus cérébral que  » Human » moins fusionnel et innovant que les terribles  » Full Moon et »  Afrodisiac » mais tout à fait de taille à livrer bataille  à un » Never Say Never ». L’engouement des critiques et de l’industrie du R&B toute entière est  donc totalement justifié, elle signe là un opus solide et consistant pour assurer ses arrières et dire qu’elle a une totale maîtrise de son genre à ceux qui auraient encore pu en douter. Cependant, les fans du côté  pop de Brandy pourront être laissés sur le bord de la route, à savoir qu’il n’y a plus cette dimension rassembleuse qu’on avait sur «  Full Moon », c’est un très bon album de  « r &B Cross over » mais ce n’est pas un album où il y a une recherche qui a vocation à vouloir faire changer de voie aux fans de Kesha. Cette ancienne dimension d’une Brandy très large public, peut être visionnaire et ce n’est pas plus mal. L’industrie grand public étant en changement et forçant tout le monde à choisir dans un sens ou dans l’autre. Il est rassurant de voir Brandy en 2012 choisir de rester vraie au lieu de jouer aux chaises musicales entre l’électro et la pop comme Usher ou Chris Brown surtout que ça laisse de l’espoir. Comme dit au début, la fille Norwood a une grande qualité, elle ne rate jamais ses rendez –vous quand il s’agit de faire de la bonne musique.  D’ici, 2  ou 3ans, elle se relancera surement le défi de reconquérir avec talent les premières places du Hot 100 , mais pour le moment, elle va profiter de son règne qualitatif sur le monde du R&B et ça sachant d’où elle revient, c’est déjà une grande une victoire.

15/20.

 

Les stars louent  » 2/11″ de Brandy: Ecoutez l’opus.