J’étais sur Twitter avant hier quand j’ai vu passer un article de Billboard qui m’a dans un premier temps amusé. Le célèbre magazine américain titrait  » Rihanna passe la barre des 10 millions de ventes d’albums en 8ans« . J’ai de prime abord eu envie de me dire : « seulement ça?? »
Dans le détail, ça donnait :
« Unapologetic, » ( 1.113 million ); « Talk That Talk » (1.118 million); « Loud » (1.761 million); « Rated R » (1.110 million); « A Girl Like Me » (1.349 million); « Music of the Sun » (609,000) et « Good Girl, Gone Bad » et sa réédition à 2.8 millions.

Je le savais déjà mais c’était une énième confirmation que Rihanna n’est clairement pas une grande vendeuse d’albums aux U.S.A. Elle y reste clairement en recherche d’une certaine crédibilité qui lui permettrait de conquérir le public acheteur d’opus. Cependant,ces chiffres sont intéressants parce qu’il montre aussi une véritable transition dans l’histoire de la musique pop mainstream et surtout, dans la manière dont elle est consommée et conçue.

Dans les années 80/90’s, si tu n’avais pas de vrai talent, d’empreinte, et que le public acheteur d’albums ne te faisait pas confiance, tu ne perdurais pas. C’est juste ça, il était impossible de se construire une carrière autrement. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a tous pensé que cette petite barbadienne ne durerait pas à son arrivée. Tout le monde avait en tête ce qu’on peut aujourd’hui considérer comme étant les anciens codes de l’histoire de la musique.

Désormais qu’on le veuille ou pas, il y aura un après et un avant Rihanna. Sans que l’on ne s’en rende compte (et c’est d’ailleurs aussi une de ses forces), son équipe a modulé l’industrie du disque et la façon dont cette dernière fonctionnait…ou plutôt le contraire.
Les gens derrière elle ont su anticiper et exploiter au maximum les changements de la volonté du consommateur. Dans les 2 cas, la méthode a fonctionné.

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Rihanna, qui ne sait pas particulièrement bien chanter, qui ne sait pas danser, et qui ne fait pas une musique extraordinaire, s’est imposée sur la scène musicale avec une dextérité peu commune. Elle s’est comportée comme une espèce de mannequin musical, aussi bien au niveau de ses prestations scéniques totalement bâclées, pas travaillées, que de la musique proposée.Un jour R&B, un autre très hip hop, après plus reggae, demain plus pop, ensuite la dance.. elle a enfilé les chansons et les producteurs comme des costumes interchangeables et c’est cette combinaison qui a fait mouche.Le « génie » se trouve là.

Tout en existant pleinement et en apparaissant tout le temps, elle a réussi à incarner une sorte de vide. Le top-model  de la chanson qui ne représente pas grand chose de lui même mais qui est effectivement capable de tout revêtir et donc d’une certaine manière de se pérenniser dans l’espace temps.
A l’heure où on va maintenant lui remettre son premier Icon Award aux AMAS, elle passe cette barre symbolique des 10 millions de ventes. Symbolique parce qu’au final, en prenant un certain recul, on voit qu’il n’y a que très peu de chanteuses pop mainstream américaines qui ont totalisé 10 millions de ventes d’albums depuis 2005*.Beyonce, Britney Spears, Christina Aguilera, ayant chacune leurs anciennes formules n’ont pas pu faire face. Rihanna étant largement devant en terme de succès singles, la question ne se pose plus, la victoire en terme de force sur la scène pop s’impose.

Là j’en vois déjà beaucoup me sauter à la gorge en m’expliquant qu’elle a sorti plus d’albums. Mais n’est ce pas justement là la clé de tout? Le management derrière cette fille a parfaitement analysé la situation et ciblé son public. Ils sont même allés jusqu’à l’ étouffer mais ça a porté ses fruits et aujourd’hui, elle est clairement au dessus des autres en terme de pouvoir sur la scène pop et ça, personne ne l’avait vu venir. De plus, il n’est pas dit que les autres, en sortant le même nombre d’albums auraient pu avoir des ventes similaires; l’effet contraire est tout à fait possible. ( Cc à Britney qui n’avait jamais été autant diffusé à la radio américaine avec Femme Fatale mais c’est son album qui s’est le moins vendu!)

Cependant, la prédominance sur une bataille, ne signifie pas forcement que la guerre est gagnée. Le plus dur reste à venir. Si la barbadienne et son équipe ont balayé d’un revers de la main tous les codes de la musique mainstream des années 80/90’s, les 10 ans de carrière restent une étape difficile à passer. Beaucoup s’y sont cassés la gueule et à l’heure du digital, où tout va très vite, peut être même trop, il n’est pas dit que ces mêmes méthodes qui lui ont servi à avoir le monde de la pop entre ses mains ne la mèneront pas à sa perte au cours des prochains 24 mois.