Dans le monde du R&B féminin US,les chanteuses sont très souvent rangées dans des cases bien distinctes. Globalement, on t’aime ou t’apprécie pour ce avec quoi tu t’es présenté au départ. Le public R&B américain est très critique et crie au scandale ou à la trahison aux moindres écarts, ce qui contraint très souvent les chanteuses à prendre leurs précautions dans la gestion de leurs carrières. La technique est qu’il faut savoir évoluer sans toute fois donner à l’impression au public d’avoir changer de style . Une qui a parfaitement réussi dans cet exercice est sans aucun doute Mary J.Blige qui a gardé un succès constant sur la scène urbaine en 20ans de métier. Certes, il y a eu des bas mais elle reste toujours globalement très bien positionnée par rapport à la moyenne de la scène.Elle n’a jamais eu de scores faramineux.. et justement d’une certaine manière, ça lui a permis de toujours chouchouter sa base fan.

Ashanti était censée être la « petite sœur  » de Mary J.Blige. La 1st Lady du Inc avait été plébiscité et vendue par son label comme étant « La princesse du R&B/hIpHop ». D’ailleurs, il ne fallait pas chercher bien loin. Il fallait juste avoir de bonnes oreilles dès le départ pour voir que c’était exactement sur ça qu’elle était vendu notamment avec « Foolish », son plus gros tube qui reprenait un sample de Biggie à la manière d’une Faith ou justement d’une Mary J.BLige. Sauf que Shany ( de son petit nom) a toujours été plus édulcorée, plus sucrée, plus pop et ce de manière très volontaire à ses débuts. Ils voulaient qu’elle touche le plus large public possible tout en la gavant de samples urbains. L’illusion a tenu le temps d’un album :  le premier. « Ashanti » cartonne mais manque totalement de personalité . Les dirigeants du Inc essaient ensuite  de lui donner une coloration plus hip hop  avec le second.. mais la sauce ne prend pas.

La seule chanson qui marche est le single encore très orienté teenage « Rock With You » pendant que « Rain On Me » ( qui est vraiment un bébé des Faith/MaryJ.Blige ) se casse la gueule. Le chant manque de réalisme, de peine pour porter le titre. Là on se rend en fait qu’Ashanti est bien trop sucrée pour convaincre les amateurs de R&b sur le long terme et son équipe fait une erreur qui lui sera fatale. Ils l’envoient au choc, avec un vrai son pop, une chanson de superstar « Only U »…. pour faire face à Beyonce.

1. La rivalité avec Beyonce.


Il faut se souvenir pour la petite histoire à cette époque que la plupart des journaux américains soutenaient Ashanti face à Beyonce. On a des articles du New-York Times ou du Daily News où elle était mise en avant au detriment de l’ex Destiny’s Child.  Matthew Knowles avait même hésité à sortir « Dangerously In Love » , le même été que « Chapter 2 » de peur justement qu’elle subisse une débâcle face à la princesse du Inc. C’est le contraire qui s’est produit, Beyonce a cartonné .. pendant que Shany elle s’est affaiblie et pour répliquer, elle a très rapidement envoyé « Only You » qui quittait totalement la vague hip hop de ses départs pour justement se lancer dans un son Pop teinté très accessible qui aurait pu être chantée par … Beyonce.

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Elle avait très mal vécu  le soir des BET Awards où elle s’était toutes les 2 presentées sur la scène et Beyonce l’avait fait passer pour une collégienne dansant pour la soirée de fin de trimestre. Du coup, elle a aussi pris les cours de danse, pompé quelques hairflips, essayer d’ameliorer sa presence scènique, toutes ces choses dont elle n’avait en réalité pas réellement bésoin à ce moment precis là.

La chanson était bonne, voir très bonne dans son genre mais elle a signé sa fin. Comme on vous l’expliquait au début de l’article, le public r&b est généralement très amère avec ce genre de déviations. Au moment où « Only You » sort , Ashanti devait se faire une crédibilité et prouvait qu’elle était vraiment la descendante de Mary J Blige avec un vrai son urbain. Elle fait le contraire. Le titre a un succès assez mitigé.. malgré les bonnes critiques.. et le desamour du public urbain devient clair. Dans le même temps, la mode autour de son label ( The Inc, car ce sont aussi eux qui faisaient tout) se termine.. et les chances pour elle de se rattraper deviennent minces.
Ceci étant, elle comprend son erreur. En 2005, elle revient au ghetto et propose « The Collectables » qui est sans doute aucun le projet le plus urbain de sa carrière où on la retrouve aux cotés de Methodman, Nas, Paul Wall, un remix très rap  de « Only You »,et bien d’autres. Elle essaie de faire de vrais appels de pieds aux quartiers mais c’est trop tard.. Keyshia Cole a pris sa place.

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2. L’arrivée de K.C

En effet, Pendant qu’ Ashanti sort « Only You » et s’essaie donc au combat avec Beyonce. Sa place de petite descendante de Mary lui est piquée par Keyshia Cole qui pond « Love »… La chanson est un enorme hit urbain qui marque. Elle crie, elle gueule, elle aime, elle a mal sans trop avoir.. c’est mini-MJB, c’est exactement à ce jeu qu’était attendue Ashanti..mais elle a raté le coche. « The Way I love You » qui est sort 4 ans plus tard est dans cette veine là.C’est typiquement ce genre de ballades endiablées feroces que les mamas aiment entendre à la radio..mais son temps est deja passé surtout il n’y a pas eu de marques indélébiles dans le monde urbain. Ses albums ont trop souvent été inégaux et elle n’a jamais eu d’empreinte vocale. Au contraire, son travail vocal souvent trop simpliste, voir cheesy, a souvent donné l’impression qu’on avait affaire à une choriste.
Le seul titre retenu sera « Foolish » et ce principalement pour le sample Notorious Big.. Le reste est un peu passé sous silence. Elle aurait sorti « Love « ou « The Way I Love You » à la place de « Only You » en 2004 que sa carrière aurait pris une toute autre tournure.

3.Toutes logées à la même enseigne..

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C’est la cruauté des choix et des carcans dans lesquels les chanteuses urbaines sont souvent installées. Regardez Brandy quand elle fait de la pop avec Human. Monica quand elle essaie de faire danser sur «  Everytime the beat drop ». Mariah Carey depuis qu’elle n’hurle plus, son seul succès à elle depuis s’est fait sur  » The Voice », The Emancipation Of Mimi est un album bien gueulard, pas forcement le meilleur de Carey depuis les 00’s mais il correspondait à ce qu’on attendait d’elle. Elle crie!
Ciara qui a tout perdu le jour où elle a quitté le ghetto natal pour la pop/sexy ( Love/sex/magic) et malgré toutes les tentatives depuis, ils ont du mal à l’accepter à nouveau.
C’est un problème recurrent chez les chanteuses us. D’ailleurs pour avoir du succès, elles reviennent souvent au début au niveau du son mais aussi d’un point de vue de l’image. Monica a repris la coiffure de ses 14ans avec  » Still Standing ». MJb essaie avec joue continuellement et toujours sur le thème de la peine. Brandy a ressorti les rastas pour Put It Down.Keyshia Cole a floppé quand elle a fait un opus de chansons d’amour et a du revenir aux chansons tristes pour marcher et elle l’a expliqué elle même qu’elle savait que le flop de son album «  Calling All Hearts«  reposait sur le fait qu’il était bien trop fleur bleue. Même Beyonce a subi un revers le jour où elle s’est inclinée vers l’electro avec « Run The World » qui s’est ramassé une giffle malgré toute la promo autour. Elle est revenue avec le Jay-z de son premier succès « Crazy In Love », comme Toni Braxton retrouve elle aussi une partie de son son public depuis qu’elle s’est remise avec Babyface qui avait composé son premier album il y a 20ans…. tout ça n’est pas innocent.

Ashanti est elle par contre perdue. Ce qu’elle a fait au départ n’était pas assez consistant mais on lui pardonnait, c’était frais, elle était jeune, il y avait Ja Rule, elle avait comme un truc de  » Lorie »( pas dans le péjoratif) du r&b, une certaine légèreté, facile d’accès à tous notamment aux ados…mais elle n’a jamais pu mûrir du moins dans la lumière et c’est pour ça que c’est aussi violent le retour de battons. Au final, les gens n’attendent rien d’elle.. ou presque.
Elle a voulu devenir une superstar pop urbaine ( avec Only U) sans avoir bien assis sa place de princesse du R&b/Hip Hop.Elle a trop vite voulu toucher les étoiles et s’est brûlée les ailes en chemin pour se retrouver sans rien.. ou presque.

Triste Réalité!

[Chronique]

Ceci dit, Ashanti ne lâche rien. Elle a selon ses propres dires, un cœur de gagnante, de vraie petite battante. C’est pour ça qu’elle s’est acharnée au cours des 3 dernières années pour avoir la chance de nous proposer «  Braveheart » sur son propre label. Un travail qui a paru extrêmement laborieux et qui on le sait est clairement mort-né commercialement parlant.

Cependant, il était intéressant de voir ce qu’elle était capable de faire sans la houppe constante de 7 Aurelius et force est de constater que le résultat n’est pas si mal, surtout pour quelqu’une dont les albums ont toujours manqué de réelle substance.

L’opus est séparé en 2 parties. D’entrée, on est accueilli par des titres urbains voguant entre influences old school ( Nowhere, Runaway) et street anthem comme «  Braveheart » et sa cadence saccadée ou encore «  Early Morning » qui n’est rien d’autre qu’un petit plaisir coupable comme on en trouve sur les mixtapes récentes de Future, le grain de voix de la miss en plus. Les pistes se succèdent sans se ressembler et sans tomber dans une quelconque niaiserie comme ce fut le cas dans ses précédents projets. A cet effet, on aurait d’ailleurs pu avoir peur du résultat de sa collaboration avec Jeremih mais «  Love Games » est un mid tempo R&B qui se savoure tendrement. Entre les 2 protagonistes, ce n’est pas la grande alchimie mais la retenue fait de la chanson, un titre plaisant,agréable mais pas trop non plus, aucune emphase … à l’image globale de l’opus.

Sur «  Scars », on retrouve la Ashanti vindicative de «  The Declaration », le titre est solide mais manque peut être de fraîcheur et d’un refrain suffisamment accrocheur pour ratisser large comme avait pu le faire un «  The Way I love You ». Son flow fait pourtant fureur dans les couplets confirmant bien qu’elle n’est jamais autant à l’aise que dans ce style. Dommage, qu’elle n’ait pas pensé à s’y explorer plus souvent et surtout que la fin de l’album nous réserve des chansons bien plus pop, voir fades. De «  Never Should I Have » à l’horripilant «  First Real Love », on s’ennuie un peu. Bien évidemment , on a «  I Got It » mais ça ne suffit pas, surtout que «  Don’t Tell Me No » enregistré aux cotés de James Fauntleroy déçoit. La chanson est mignonne mais bien loin de ce à quoi le songwriter nous avait habitué. Une impression de raté quand ça aurait pu donner quelque chose de visionnaire et de très diffèrent de ses compositions habituelles.

« Braveheart » est donc un album qui ne surprend aucunement mais qui ne déçoit pas non plus. Un projet qui s’écoute assez simplement mais malheureusement pour Ashanti, il y a très peu chances qu’il change sa situation dans l’industrie du disque actuelle. Il n’y a rien de marquant ou d’intemporel, c’est un album de R&B mainstream 2014 chanté par une fille qui aura tout eu trop vite… et tout perdu exactement de la même manière.

Triste Réalité!

12.5/20.

Le nouveau single  » Scars » et le clip sera une suite de sa vidéo pour  » Rain On Me« .

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