5 ans après  «  Memoirs of an Imperfect Angel »,  Mariah Carey revient avec un opus qui scinde avec son image de diva clinquante et déconnectée de la réalité, qui tient plus à ses  régimes Weitght Watchers qu’à ses enregistrement studios.   On a souvent tendance à penser que celui qui a de la voix, c’est celui qui pousse le plus haut, chante le plus fort, et ce n’est pas faux. Une voix, une grande voix est une voix qui porte, qui va haut mais elle ne fait pas que ça : une grande voix c’est aussi une voix qui sait gérer toutes les notes de « poitrine » et dans ça Mariah excelle .

La construction, la richesse des arrangements dans la chanson d’entrée « Cry » est assez fabuleuse. Il faut bien tendre l’oreille pour entendre qu’elle dirige chaque compartiment, chaque choeur, chaque bout de mélodie par sa voix. Elle réalise un travail absolument monstrueux qui prouve dès l’attaque, qu’elle a encore toute sa superbe.

Le titre aurait pu assez facilement se retrouver sur « Butterfly », mais il n’est pas le seul : une autre chanson de très haut niveau, est sans aucun doute « Dedicated » où la diva retrouve Nas pour qu’ils aillent refeuilleter ensemble les plus belles pages du hip hop old school. La rencontre est sans doute le plus beau moment du disque . Une production aboutie, cohérente, fraîche pour un titre groovy  qui rappelle les meilleurs moments de la période. Le trait d’union et le coté sauvage, très vintage de l’enregistrement lui donne une dimension intemporelle. « Dedicated » est une chanson qui n’a pas d’âge, un peu à son image. Il est d’ailleurs dommage que Carey ne choisisse pas de telles chansons pour se présenter au grand public. A défaut d’être fédératrices, elles montrent toute la richesse de l’artiste qu’elle est : Dedicated est une de ses chansons qui vous font vous sentir bien. Une sensualité et une réelle finesse s’en extirpe, quelque chose de très naturel, un pur bonheur auditif .

La suivante, la formidable track 3, vient de MikeWILLMadeit ; le jeune producteur a écouté les récents travaux de la diva, il s’en inspire mais ne copie pas.  « Faded«  a beau avoir une construction assez similaire à celle de «  We Belong Together » et « Hate U« mais le titre n’est pas aussi évident. La mélodie est plus sulfureuse, moins facile, plus mélancolique, clairement plus urbaine aussi; on retrouve ce sens du détail, de l’histoire qu’on raconte jusqu’à l’explosive fin : « Always somewhere, but you’re not here for me » . Tout va en crescendo et ça donne une réelle puissance à la chanson qui aurait sans doute mérité d’être exploitée à la place d’un  » You’re Mine « , qui est le seul titre un peu plastique du projet. En effet  » Beautiful  » a beau être un peu fade comme single aux premiers abords, il s’intègre bien à l’ambiance un peu poussiéreuse  et redonne du peps après les 3 chansons d’entrée.  On apprécie le placement comme on se fait à la présence de  » Thirsty «  qui pêche par des couplets trop froids alors que les refrains et le bridge regorgent de chaleur. Le fait aussi que la production de «  Hit-Boy «  soit calquée sur «  Niggas in Paris  » est un frein aux premiers abords, mais pardonnable surtout que le titre est suivi par  » Make It Look Good To Me « . C’est un peu une surprise car c’est la première production de Jermaine Dupri et B.Cox sur le projet et on se retrouve avec un titre soulful entraînant sublimé par quelques lignes d’harmonica du maestro Stevie Wonder. Une chanson efficace et bien construite avec ses petites allures motown 60’S-70’S.

 » You Don’t What To Do « , leur autre chanson à la suite garde cette même pêche. Une ambiance disco entrainante qui n’a rien à envier aux tubes des Daft Punk et de Pharell dans les charts actuellement. C’est à la fois moderne et tout à fait rétro avec le tape de Wale qui s’intègre parfaitement à l’ensemble. Le titre aurait du être la parfaite vitrine de l’opus dès le départ. Ce n’est pas le cas de  » Météorite  » acclammée par certains fans. L’association entre Q-Tip et Mariah sur «  Meteorite » dans un délire un peu deep house laisse pantois. On ressent les influences soulful mais on a du mal à ne pas être derouté par cette production qui relève plus du bonus que du placement d’album. Le seul bon point est que comme avec les autres titres, il dégage cette ambiance typique de la première partie des 90’s et réussit donc à ne pas faire trop tâche avec le reste.

On pourra parler de la ballade «  Camouflage » dans un registre plus doucereux ou encore de l’excellent  » Money «  avec Fabolous où elle s’engage dans un délire hip hop plus rythmé mais aussi révélateur de son amour et de sa culture pour ce genre musical. Elle n’a aucun mal à se mettre en retrait quelques fois derrière les rappeurs parce que c’est quelque chose qu’elle admire et ce même si la majeure partie des gens ne le comprennent pas,  » Money «  est une bien jolie réussite, un jeu de rôles, un tic-tac old school bien abordé et on sent l’évidente complicité entre les 2 artistes.

«  One More Try «  reprise de Georges Michael, fait appel à la Mariah de «  Daydream « ; Elle nous ressort une pluie d’acrobaties qu’on la sait incapable de reproduire de nos jours sur scène. Ca ne mange pas de pain, ça s’apprécie en tant que chanson d’album. C’est très fidèle, pas très original mais ça fait du bien en fin d’album avant l’exquis  » Heavenly « . Une reprise  gospel de Mary Mary et de Kim Burrell, bien sur, c’est Mariah donc ça reste très sucré, très soft pour le genre mais son timbre prime et porte cette version qui est sans aucun doute un des plus beaux moments de cet album avec la rage sur la fin dans  » i just can’t give up on now « . Une fois encore, Jermaine Dupri et B-Cox font du beau boulot pour la diva qui clôt l’opus sur une note positive.

15/20.

Carey ne fait donc pas mentir son talent, et propose un album abouti qui malgré quelques erreurs, montre qu’elle a encore clairement les capacités et l’oreille musicale nécessaire pour ne pas entacher sa discographie . Cependant, il n’y a aucune nouveauté dans  » Me I Am Mariah, The Elusive Chanteuse« . Son charme vient surtout qu’il fonctionne comme un best of . Elle refait ce qu’elle a déjà fait au début des années 00’s et à la fin des 90’s avec  passion . C’est en ça qu’il ressemble à « The Emancipation Of Mimi« . C’est un album-cv, un opus qui regroupe plusieurs facettes de l’artiste sans qu’il n’y ait une volonté d’innovation ou de prise réelle de risques. Cependant après 24ans de carrière et près d’une quinzaine d’albums, c’est très compliqué, voir souvent impossible pour un nom comme le sien de sortir des sentiers qu’on s’est créé, de l’univers qu’on s’est forgé.

Est-ce le problème?

The Elusive ( quand on voit ses capacités lives actuelles ) a du lui demander un travail absolument titanesque en studio d’où la longue attente.  Ce qu’elle fait dans une chanson comme «  Cry  » est tout ce que Beyonce a essayé et rêvé de faire ( sans succès ) dans  » I Care «  sur l’opus  » 4 « … ET c’est dommage qu’elle ait n’ait pas eu l’ambition de le présenter au public tel quel. Les titres présentés en single sont les plus légers et les moins intéressants de ce projet qui s’inscrit dans la gamme de maturité entamée depuis  » Memoirs  Of An Imperfect Angel ». En effet, si son image reste la cause de tous ses soucis, elle a très bien compris que musicalement elle doit se ranger mais a encore du mal à le faire à cause de cette obsession du  19ème numéro 1 single. Le sacrifice de cet espoir pour la reconquête de la crédibilité, serait salvateur et c’est ce qui plombe malheureusement la réception de ce projet qui aurait mérité d’être promu avec  » Faded  » et «  You Don’t know What to do  » dès les premiers jours.

Est-ce son meilleur depuis The Emancipation?

La qualité de cet album «  The Emancipation of Mimi«  » est souvent surévaluée du fait de ses grosses ventes. Ce n’est pas un mauvais album mais ce n’est pas non plus un classique musical, la critique l’avait d’ailleurs reçu assez tièdement. Partant de ce point là, c’est un bon album et ce fut une ère formidable donc c’est compréhensible que le public s’y attache et en garde une excellente image. Maintenant l’opus le sous-évalué de Carey est sans aucun doute  » Memoirs Of An Imperfect Angel  » qui est tout sauf médiocre mais qui a bénéficié de tout ce qu’il y agit de plus mal : une image désastreuse, des lives horribles et un single assez parodique «  Obsessed ». Personne n’a voulu réellement fouillé cet album pourtant c’est celui que la critique a le mieux accueilli pour elle dans les années 00-201O et ils ont eu raison; Ce n’est pas un album qui s’apprivoise facilement mais c’est un album de rnb sucré homogène et concis qui s’accepte et s’assume tel quel. Les arrangements ne sont pas aussi grandiloquents que sur  » The Elusive « , elle ne crie pas autant que dans  » The Emancipation of mimi » mais l’album surfe, il occupe son territoire et vieillit magnifiquement bien dans son genre. Des titres comme «  Hate U « ,  » Candy Bling « ,  »  The Impossible « ,  » More Than Just Friends« ,  passent  très bien l’espace temps. Il est vraiment très homogène, rnb 90’s sucré, slow jam très dilatent et peut être pas forcement accessible à tout le monde.

A certains égards, on  aurait du inverser les titres des 2 albums.  » The Elusive Chanteuse » séduit pour son coté best of, Mariah fait tout ce qu’elle a déjà fait en mieux, un peu comme un mémoire et elle aurait pu l’appeler  » Memoirs of an Imperfect Angel « , pendant que de son coté «  Memoirs  » est plus dispersé, plus personnel, c’est une longue histoire de rupture et le titre   »  The Elusive Chanteuse « , l’insaisissable aurait sans doute été plus approprié. Enfin donc, vous l’aurez compris, difficile de dire que c’est son meilleur album depuis  » The Emancipation  » vu que bien qu’étant un bon album, Emancipation n’est pas non plus un classique, loin de là. En revanche, c’est compréhensible que les fans qui restent très attachés à Mariah le perçoivent comme tel parce qu’ils ont l’impression qu’ils leur donnent ( comme avec The Elusive) un tout petit peu de tout ce qu’ils aiment chez elle dans un album.  C’est aussi pour ça qu’ils croient au potentiel commercial du disque. Ils se disent qu’on est obligé d’aimer une des Mariah présentée, comme elle adopte la même formule que le succès de 2005. Cependant tout le succès de  » The Emancipation of Mimi  » a été basé sur l’image d’une diva classe, moderne, sexy, mais plus vulgaire de L.A Reid. La promo a été travaillée pour ça et quand elle a voulu déraper avec des clips comme « Get Your Number « , le label a réservé ça aux pays européens pour qu’effectivement la grande majorité des américains aient envie d’aller acheter l’album et découvrir effectivement les nombreuses facettes de M.C. Il fallait qu’elle soit classe. En revanche, 10 ans après, son image est désastreuse. Ils ont essayé de faire un passage à American Idol qui n’a fait qu’empirer la situation et l’a laisser cloitrée dans un monde imperméable à n’importe qui d’autre que ses fans… les plus hargneux.

Musicalement, bien que l’opus soit de qualité, il n’est pas très homogène en terme de sonorités, ce qui contribue au fait que le public ait du mal à la cerner et qui donne les résultats qu’elle a actuellement. C’est à dire que «  The Elusive Chanteuse » est effectivement un album agréable mais il ne donne pas envie d’être  saisi par bon nombre de facteurs extérieurs à sa qualité musicale intrinsèque. Ce n’est pas la formule, le titre, le timing ou même le projet qui va faire en sorte que Mariah revienne ou occupe la place qu’elle devrait. Ce qui était pardonnable  ou charmant à 35 ans ne l’est plus à 45 ans; Elle trouvera son salut en remodelant son image et en offrant un opus cohérent de bout en bout dans un genre précis ( soulful/jazz/country..) qui fera en sorte que le public veuille à nouveau la cerner et s’intéresser à elle. La continuelle prétention quand on est incapable de chanter ses propres chansons en live fait désormais plus pitié qu’autre chose d’où l’intransigeance du grand public.

Est-elle finie?

Mariah Carey ne sera jamais vraiment  « finie ». Quand on a vendu 200.000 millions de disques dans le monde sur 2 décennies. On ne peut pas sortir  comme ça juste à cause de quelques claques commerciales. Cependant, son personnage de vielle coincée, pas du tout naturelle, qui ne sait plus chanter et veut prendre sa revanche sur les petites jeunes n’a juste plus lieu d’être, le rejet est désormais trop violent. Si elle continue sur cette route et n’arrive pas à changer le regard que le public pose sur elle, il y a des chances qu’elle entache très gravement son héritage musical.

Triste Réalité !