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Mary J Blige est sûrement la seule vraie légende féminine R&B des 20 dernières années. Alors que Mariah Carey et Whitney Houston seront principalement reconnues auprès du grand public pour leurs travaux pop, avec MJB, on a l’impression de vivre de grands moments. Il y a chez elle une force de caractère qui impose le respect mais pas seulement, on a souvent l’impression de faire partie de l’histoire comme avec ce nouvel album « The London Sessions« . L’origine même du projet (le fait de quitter son pays, son socle pour s’installer dans une ville à la rencontre de nouvelles personnes et de nouvelles inspirations), rappelle certains grands projets de l’époque. C’est aussi un processus qu’on rencontre beaucoup dans la World Music et qui a été très bien exploité dans la communication de cet album concocté aux cotés de Sam Smith, Disclosure, Emeli Sande ou encore Naughty Boy. La pochette, le concept noir et blanc fait penser à de vieux disques vinyles de Nina Simone, c’est d’ailleurs sous ce format qu’on a envie de s’emparer de l’album. Comme les vieux albums qu’on a souvent vu et revu dans ces reportages télémusicaux, il ne donne pas simplement envie d’être écouté mais d’être possédé, comme s’il y avait quelque chose de plus fort, de plus profond que la simple musique. Et c’est vrai, Mary J Blige, ce n’est pas simplement de la musique, c’est aussi une idée de la vie.

The London Sessions !

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Mary J.Blige est une femme torturée, surement comme nous tous, mais elle a une manière si particulière de raconter sa peine, de pouvoir la décrire, qui fait en sorte qu’elle n’est pas comme toutes les autres. The London Sessions, quand on connait l’artiste, se conçoit comme une session thérapeutique. Une inextricable envie de se vider de sa peine, de la raconter afin de retrouver la lumière. Après « Stronger With Each Tear » et « My Life II : The Journey Continues ( Act I) », on l’avait accusée d’avoir perdue la main, de tourner en rond. Ici, elle opte pour le renouvellement après 22 ans de carrière sans perdre de vue son « message » principal. Cet album se sépare en 3 parties. Une MJB Pop, une MJB Urbaine-Street et une MJB plus Dance/Garage dans la lignée du premier single «  Right Now ». Cette dernière sera sûrement la plus controversée chez les adeptes de la chanteuse. Même si on reconnaitra sans grand mal qu’un titre comme «  My Lovin » amène une indéniable fraicheur au projet, il aura du mal à faire face à des perles comme le sublime «  A Whole Damn Year » ou encore le subtil mais frétillant «  Therapy « . Encore une fois, on retrouve la patte de la diva sur le titre que lui écrit Sam Smith et qu’elle modifie tout légèrement. Au lieu de nous dire «  When I Can Get a Therapy » , elle s’en sert comme un verbe «  When I Can Go  Therapy ». Ce qui n’est pas une première, il y a souvent ces écarts de langage dans les textes de MJB pour se rapprocher de sa cible, pour montrer qu’elle est proche de son public.

« A Whole Damn year«  est sublime mais ce n’est pas la seule, «Doubt» ou encore  » Long Hard look » s’érigent au panthéon des choses qu’on aime chez elle : ces titres urbains forts  qui parlent. Les ballades plus pop comme «  When You’re Gone » ou  » Not Loving You«  et  « Worth My Time«  savent aussi toucher par la sobriété de leur interprétation. Elle a une manière bien à elle de tutoyer la banalité sans jamais totalement y céder et c’est justement pour ça qu’hormis  » Right Now » et  » My Lovin, » on a du mal à retenir quoique ce soit de ces collaborations électro/garage qui virent très vite à la redondance et cassent le rythme de ce projet.

Un album ambitieux donc, d’une certaine manière frais, mais pas parfait. On saluera l’énorme prise de risque mais hormis chez les fans le plus fidèles, ce n’est pas un opus qui restera dans les mémoires. Les chiffres le prouvent, le public ne raffole pas du tournant musical de la diva… et pour cause. En entendant « London » la plupart des gens pensent à Adèle. MJB était attendue sur le terrain de la blue-eye pop/soul et elle propose finalement autre chose, un mix de… trop de choses qu’elle assume.. mais que son public (du fait aussi d’une communication beaucoup trop centrée sur les titres électro) boude  un peu violemment..

Mais il n’y  a pas à s’inquiéter car cette histoire, cet album et mêmes ses chiffres feront partie intégrale de l’histoire de l’artiste, de sa peine, et inspireront sûrement sa prochaine aventure musicale.

14/20.