Le premier album de Maxwell « Urban Hang Suite » fête ses 20 ans. L’opus, sorti le 2 avril 1996, a marqué un tournant de l’histoire de la nu-soul, mais aussi dans la carrière du chanteur, qui n’a même pas encore 25 ans à cette époque. Un opus qui aura marqué toute une génération, aura été acclamé par les critiques, mais surtout dont la résonance est encore très actuelle. Urban Hang Suite est un concept, une histoire, une vraie, une de celles qui n’ont rien perdu de leur charme, et qui peuvent toujours être racontées 20 ans après avec la même flamme, la même passion.

Histoire de Maxwell.

Maxwell est originaire de New-York. il commence à composer à l’âge de 17 ans après qu’un de ses amis lui ait offert un piano. Très fan des groupes des années 80’s et particulièrement de ce qu’il appellera la « jheri curl soul« ,  il est très inspiré par des artistes comme Patrice Rushen, S.O.S. Band et Rose Royce. Il admire particulièrement la musique de cette époque du fait de son orchestration live, une chose qu’on ne retrouve pas dans les albums R&B-Hip hop et qu’il se met en tête de garder dans sa musique. Il continue de composer et suite  à un buzz grandissant et à un journaliste l’ayant vu en live titrant « The Next Prince« .  Il signe son premier contrat chez Columbia Records en 1994. C’est le début de l’enregistrement de Urban Hang Suite.

Au début, le label a du mal à lui donner une totale liberté créative, en terme de son. Ils finissent par se résoudre à le faire, mais refusent de le laisser produire l’album seul.  Une situation qui ne plait pas du premier coup à Maxwell,  mais ils font appel à Stuart Matthewman, qui avait déjà travaillé sur les albums de Sade et ça donne un coup de foudre musical entre les 2 hommes qui écriront la majeure partie des titres du disque.

Urban HangSuite, un album profondément romantique et sensible.

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Aujourd’hui, considéré comme un album intouchable et l’un des meilleurs albums néo-soul de l’histoire, Urban Hang Suite n’a cependant pas eu un très bon démarrage dans les charts. L’album prend ses empreintes dans les racines de la soul avec des artistes comme Marvin Gaye, Curtis Mayfield, Barry White, Stevie Wonder et bien sur Prince comme principales influences.  Le son du disque est donc assez inédit pour les auditeurs à sa sortie. C’était d’ailleurs la principale crainte de Columbia qui trouvait que le disque en 1995 ( le moment où Maxwell leur donne l’album) semblait trop daté pour les nouveaux auditeurs.  Sa sortie fut retardée pendant un an et  Maxwell empira les choses en refusant d’avoir sa photo sur la pochette du disque. Il estimait vouloir que les auditeurs soient intéressés par sa musique, par le disque et non distrait par d’autres choses. Un choix non compris par la maison de disques, mais respecté. Ils lui demandèrent cependant d’accepter de faire un shoot qui fut utilisé pour la deuxième de couverture du disque. Le premier single  » Till The Cops Come Knockin » est envoyé aux radios, un slow-jam groovy et sensuel, mais malgré le très bon environnement autour de l’album, il ne prend pas.

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La chanson ne propulse pas Maxwell. Ce dernier se lance dans une tournée avec les Fugees. Il fait leur première partie, ce qui permet de tester la popularité de l’album dont du fameux « Ascension ». Le chanteur et son équipe perçoivent le potentiel de la chanson qui est immédiatement approuvée comme second single. Un titre aux influences funky assumées qui élargira la cible du jeune chanteur.

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Le titre se classe à la 36e place du hot 100 américaine et est certifié Or avec plus de 500.000 ventes. Il propulse Maxwell et propulse aussi l’album, vu qu’il est relancé et passe la barre des 500.000 ventes à ce moment-là.  La chanson permet à l’opus d’avoir un tube, son seul tube, mais c’est largement suffisant vu que les journalistes saluent le disque et sa présence sur scène. Tantôt comparé à Michael Jackson, bientot à Teddy Pendergrass, c’est un boulevard pour le chanteur.

Un 3e extrait sera exploité Sumthin Sumthin. Une autre galette groovy-funk pour rester dans la vibe de « Ascencion » pour le label, mais le succès ne sera pas le même vu que le titre n’entrera pas au hot 100 et restera « juste » à la 27e place des charts r&B américains.

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Cependant,  l’album était déjà dans une très bonne dynamique à la fin de l’année 1996. Une certification platine, une énorme reconnaissance critique et un héritage sur lequel il vit encore aujourd’hui.

Classique, la chronique.

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Maxwell disait d’UrbanHangSuite qu’il l’a conçu avec une sensibilité féminine, que l’opus a cette sensibilité qu’on ne trouve quasiment que chez la gente féminine. Difficile de dire qu’il a totalement raison tant cet opus est universel et finalement grand. C’est l’un de ses albums qui mélange énormément d’influences, tout en sachant rester lui. Il aborde le romantisme, avec une rare subtilité et une authenticité qui s’entend dès les premières notes du « Urban Thème », le titre instrumental qui ouvre l’album avant d’enchainer sur  » Welcome« , une entrée en matière dense comme une nuit d’hiver enneigée. La richesse des instrumentations a une sorte de décalage face à la finesse, voire candeur du timbre du chanteur. On dirait qu’il chuchote, qu’il ne veut pas se laisser aller aux premiers abords, mais c’est cette fausse-timidité, cette extrême tendresse qui donne au projet toute sa force. « Sumthin Sumthin » est groovy et dansant, de la feel-good music qui introduit à merveille « Ascencion ( Don’t Ever Wonder) » qui nous fait découvrir l’incroyable falsetto de Maxwell.

Le titre est un mid-tempo  qui a aussi ce rythme très fluide. La batterie a des influences disco, la ligne de guitare reste très classique et l’ensemble donne une chanson qui sort de l’espace temps. DanceWithMe est assez unique dans son  genre sur l’opus avec une reprise des ingredients des up-tempo 80’s et une sorte de reverbe sur la voix qui donne une touche psychédélique à la chanson qui a tôt fait de tendre la main à «  Till The Cops Come Knockin« . Un titre qui fut donc choisi en tant que premier single et ça s’explique assez facilement. Les influences new-jack, le langage moins policé, la rythmique et même la construction aurait pu le classer sur un album de Jodeci. Bien sur, l’interprétation assez extatique de Maxwell en fait quelque chose de très personnel, mais le titre est surement l’une des chansons les plus « classiques » du disque.  Le choix de l’exploiter était évident, même si son timide accueil le fut moins.

Dans tous les cas, UrbanHangSuite brille aussi du fait de son concept, comme dit précédemment, l’album raconte une histoire autobiographique. Il rencontre une femme, tombe amoureux d’elle très rapidement, passe un week-end avec elle, la demande en mariage.. et elle le quitte pour ne plus jamais revenir. Chaque titre de cet opus est une pièce de ce puzzle, un bout de cette reconstitution qui se termine en réalité avec la ballade  » Whenever Whenever Whatever »Maxwell supplie sans succès son amoureuse de lui rester. Les critiques ont souvent aussi dit qu’à partir de cette chanson, l’album tombait dans une certaine mollesse, mais ce n’est point vrai. Il se console comme il peut sur les 3 derniers titres du disque et c’est souvent brillant comme sur « Lonely’s The Only Company (I & II) » avec son impressionnant solo au saxophone à la fin,  Reunion où il bouillonne sur son amour perdu et bien sur The ProposalJam, chanson d’amour sans sens au vu de l’histoire, plus pénible que réellement festive et surtout magnifiquement porté vocalement.  Elle emboite la fin de l’opus clôt par « The Suite Theme« .

Un opus qui franchira les frontières et lui permettra d’être aussi bien acclamé par la presse pop ( Rolling Stone, Time, et USA Today) que par la presse urbaine. Urban Hang Suite fut nommé pour le grammy du meilleur album R&B en 1997, recevra 3 nominations aux NAACP Image Award dont 2 victoires pour le meilleur artiste R&B/Soul et la meilleure chanson R&B/Soul pour  » Ascencion« .

Le succès du disque lui permettra même d’avoir un MTV unplugged.

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Le disque sortira en 1997, lui permettant d’avoir son second plus gros succès single avec « This Woman’s Work », une magnifique reprise de Kate Bush qui se classera à la 58e place au hot 100 américain.

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A ce jour, l’album est considéré comme un des meilleurs disques neo-soul et on espère que son nouvel album qui sera lancé Vendredi prochain avec la chanson Lake By the Ocean, saura lui rendre hommage.