5 ans après « The 20/20 Experience« , J.T is back. Justin Timberlake vient de lancer son nouvel album « Man Of THe Woods » avec « Filthy », un premier single où il retrouve ses compères de toujours. Timbaland, Danja, mais aussi James Fauntleroy ont travaillé ensemble sur l’élaboration de ce single, qui confirme qu’il reste un fin analyste du paysage musical, avec toujours un coup d’avance, ou une vraie prise de recul par rapport à ce qui se fait.

Une identité.

Afin de bien comprendre « Filthy » qui est mélange décapant de sonorités R&B, Country et Electro, il est utile de l’inscrire dans l’historique artistique de l’homme. En effet, Justin Timberlake a été aux côtés de Timbaland en amont de la tendance R&B dance qui s’est emparée des charts au milieu des années 00’s. C’est même eux qui avaient fait le lien entre R&B et Electro, qui a ensuite ouvert la voie à des David Guetta ou Red One. Cependant, en 2006, quand il est arrivé avec « Sexyback », il portait avec lui un vent de fraicheur. Il n’était pas dans la tendance et aussi bien la critique, que le grand public : l’initiative fut unanimement salué et l’a crédibilisé.

Mais ce n’est pas tout. C’est aussi comme ça qu’il a poussé tous les autres, Chris Brown, Usher et autres à se lancer mains et pieds joints dans l’electro brutal.

C’est en voulant jouer sur cette tendance « futuriste » qu’ils l’ont fait notamment Usher, et c’est ce qui a tué ce dernier, car il n’avait aucune originalité ou apport réel dans ce style. En effet, toute l’intelligence de Justin était dans la cohésion des productions de l’équipe Timbaland/Danja, dans un son R&B/Electro millimétré et apprêté sur lui. Usher et les autres ont voulu suivre en touchant à toutes les productions pop/dance totalement ringardes que n’importe quel producteur voulait bien leur offrir.

Il aurait aussi pu le faire.. mais il a soigneusement évité cette période. Dans toute la période pop/dance, alors qu’il avait ouvert la porte. Il a laissé tous les autres (les opportunistes) s’embourber dès que ça a commencé à ne plus sentir très bon. Entre 2009 et 2013, il est aux abonnés absents et quand il revient en 2013, il a encore le coup de génie de prendre le contre-pied de la tendance. C’est avec le très rnb-retro « Suit and Tie » qu’on le retrouve pour un album très R&B/Soul.

Il anticipe encore à ce moment-précis que le public va en avoir marre de la tendance pop/dance et leur offre directement quelque chose de plus organique, de plus musical. Une fois encore, c’est une réussite aussi bien artistique que marketing. Et la même chose se produit, à savoir que les opportunistes qu’il avait poussé à la pop/dance ( sans lui même vraiment y toucher) font leur « mea-culpa » et reviennent juste après au R&B/OldSchool/Soul.

Le public verra les ficelles, ça ne prendra pas. Cela signera même le coup de grâce commercial pour Usher, mais tout ça montre surtout très bien comment, c’est quelqu’un qui ne fait pas que faire ce que tout le monde fait. Il est fidèle aux mêmes producteurs. Il a une vraie équipe autour de lui, les pousse, et va jusqu’à les réconcilier quand ça ne va pas, comme pour Timbaland et Danja, qui n’avaient pas travaillé ensemble depuis plus de 10 ans avant ce fameux « Filthy ».

Une audace qui ne meurt pas.

Un titre qui prend encore à contre-pied ses petits amis. Tout le monde est dans la trap et il décide de prendre le son R&B/Electro qui le caractérisait en 2006, avec une touche plus épurée, plus cintrée, comme un mélange entre « The 20/20 Experience » et  » FutureSex/LoveSounds » auquel on ajoute cette fois une touche country fine, mais bel et bien affirmée. C’est musicalement un ovni sur la scène mainstream actuelle, avec ce côté « chill » et « laid-back » dans le chant qui scinde avec la production plus scintillante. On retrouve une fois encore l’influence de Prince, ce qui n’est pas pour nous déplaire, car le titre n’est pas évident. C’est ce qu’on appelle un « grower », une chanson qui s’apprécie au fil des écoutes et ça dans une ère où tout les artistes s’appuient sur des « gimmicks » ou des mélodies pop bien faciles, ça va continuer de perpétuer l’unicité de J.T. Toutes les personnes qui vont écouter la radio dans les jours à venir et qui tomberont sur cette chanson sauront que c’est lui.. et dans ce monde où plus personne n’a d’identité musicale, c’est un très gros coup. Qu’on aime ou pas, c’est lui et c’est déjà une victoire, un vrai ascendant sur les autres, qui veulent toujours copier le dernier tube d’un tel ou d’un autre tel. Il y a ce recul, cette cohérence artistique, qu’on ne peut que louer. La chanson est groovy, détonante, avec ce côté un peu immuable. A certains moments, on ne sait pas si on est dans les 70’s, en 2006, ou en 2028, elle lance avec brio ce 3e essai, et surtout, elle donne envie d’écouter entièrement son disque, ce qui est encore une fois, quelque chose d’assez rare de nos jours avec un artiste pop.

Le clip est censé miser sur l’originalité, et le fait dans un sens. Le concept est vraiment réussi et on se laisse prendre dès les premières secondes. Cependant, il tourne un peu vite en rond. Il aurait été vraiment plus fort qu’il entame une vraie chorégraphie en rythme avec les robots, mais ça fait un certain temps, qu’il n’est plus ce qu’il était au niveau de la danse. Cependant, ce n’est de toutes façons pas ce qui va le perdre, le public qu’il vise avec « Man Of The Woods« , ne devrait pas lui en tenir rigueur, car ils adorent ce costume du gendre parfait qu’il abhorre dans la vidéo. Ce sera donc le contraire, l’audace devrait être louée et la chanson (même si elle n’est pas énorme tube en elle-même) devrait lui permettre de très bien vendre l’album. Encore une fois, elle fait très bien la liaison entre un son qui la caractérise et une drague annoncée et avouée au public Country. Un public qu’on sait très familial et qui sera aussi devant sa télé lors du Superbowl. Un superbowl calé dans la semaine de lancement du disque pour lui permettre de faire le meilleur démarrage possible. Il rend les choses (hyper complexes chez tous les autres) presque trop simples. Un welcome back s’impose !

 

[Chronique/Dossier] Justin Timberlake – The 20/20 Experience.