Sans doute l’un des albums les plus attendus sur la scène mainstream depuis plus d’un an, Rihanna a mis son album Anti sur la plateforme Tidal sans prévenir. Le 8ème album de la chanteuse barbadienne, qui essaie de marquer une rupture dans sa carrière après une décennie de succès radios et de compilations NRJ. À plusieurs reprises, on l’a vu expliquer que ses tubes avaient mal vieilli, qu’elle n’était pas forcément très fière musicalement en parlant des travaux qui font d’elle la pop star qu’elle est et qu’elle avait donc ce désir de devenir crédible, ce désir de faire des chansons qu’on écouterait encore dans dix ans comme tous ces artistes très talentueux qu’elle admire. C’est le projet Anti, une volonté de faire un pas, son propre pas, après avoir été diligentée et pilotée par Def Jam pendant plus de 10ans. Elle décide pour son premier album sans ce label qu’elle prendra ses propres décisions et se débarrasse donc des Stargate, Max martin, Sia, etc., tous les producteurs avec qui elle a l’habitude de travailler et qui, encore une fois, ont fait d’elle la popstar qu’elle est. C’est presque une auto-révolution, un début d’audace pour celle en qui personne ne croyait réellement à ses débuts en 2005.

Anti, c’est l’envie de finalement franchir un cap et montrer qu’on mérite sa place au banc des artistes. Dès qu’on retire le duo avec Drake qui est présent pour lui assurer un minimum de soutien de la part des radios, Miss Fenty nous plonge dans un univers assez sombre, brumeux, mais toujours assez léché. Les productions de l’album se suivent pour s’emmêler, presque s’amouracher, tout en faisant l’écueil de plusieurs courants musicaux. Rihanna veut être une artiste, une grande, mais c’est une démarche qui est nouvelle pour elle. Elle y va doucement et c’est peut-être là où réside le charme de tout cet album. Hormis le fait qu’elle ait écrit la majeure partie des titres, il y réside une sorte de délicatesse. Elle frôle et tutoie beaucoup de choses sans y rentrer en profondeur, c’est encore très succinct. Dans les invités, on retrouve, Timbaland, Boi 1da, Dj Mustard, Kuk ou encore SZA, qu’on retrouve à notre grande surprise sur le tout premier titre Consideration. En effet, cette gente parolière et talentueuse artiste indé n’a pas toujours eu des mots tendres pour Rihanna. Elle fait justement partie de cette scène musicale très peu respectueuse des talents artistiques de cette dernière… et qu’il était si important pour Rihanna de séduire. C’est sûrement pour ça que cette dernière a dû passer sur le fait qu’elle avait balancé « Ni Rihanna, ni Ciara ne peuvent tenir une seule note, elles sont aussi mauvaises l’une que l’autre » lors du beef entre les 2 chanteuses, il y a quelques années. Il faut comprendre qu’à l’heure de la recherche de crédibilité, le passé devient le passé et les anciennes rancunes se transforment en « Considération« . Un titre de qualité qui laisse Rihanna s’exprimer dans le domaine qu’elle maitrise le mieux avec cette raggaflavor qu’elle gère toujours aussi bien. Le mariage de leur 2 timbres est extrêmement plaisant, ça parle de respect, c’est presque ironique au vu de l’histoire, mais ça ne gâche en rien l’excitation quant à ce titre d’ouverture bien ficelé. Il est suivi par une interlude qu’on connait depuis près d’un an James Joint mais qui est sûrement une des meilleures chansons de la carrière de Rihanna avec cette ambiance qui nous rappelle un peu Stevie Wonder et cette façon de poser un peu brumeuse à la Frank Ocean. C’est d’ailleurs un peu dommage que le titre soit aussi court, il y avait matière à lui donner une dimension plus grande avant de passer à Kiss It Better avec ses influences 80’s. Suave et avec néanmoins une bonne dose de sucre, c’est sûrement le titre le plus plébiscité par les fans de Rihanna car c’est aussi le plus pop de l’album. C’est celui qui ressemble le plus à ses anciens hits, le plus accessible, mais avec une production vachement accrocheuse et cette guitare soigneusement placée dès le début de la chanson. Un single évident et peut-être le seul vrai titre diffusable radiophoniquement tandis qu’elle flirte ensuite avec plusieurs courants de la musique urbaine. On pourra parler du mélancolique Yeah I Said It, du plus caustique Woo avec la lègere touche trap ou alors du très réussi Same Ol Mistakes qu’elle reprend intégralement au groupe Tame Impala.

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La reprise et la version originale n’ont absolument aucune nuance, aucun apport personnel. Il y a ce côté très scolaire dans l’interprétation, dans le travail vocal, qui est le principal talon d’Achille du projet dans sa globalité. On l’a dit plus haut, mais c’est le début d’une nouvelle ère pour Rihanna. Elle n’a jamais été dans une position où il fallait creuser ses chansons ou sa musique. On ne lui a jamais demandé, on lui apportait les titres et elle posait dessus. En faisant cet album, Anti, elle fait ce qu’elle imagine être un album mature en vertu de ce qu’elle a écouté chez les autres. Il n’y a pas de thèmes qui lui tiennent à cœur, on n’a pas de réelle introspection. Le modèle et la construction même de l’opus sont très similaires à ce que font beaucoup d’artistes R&B indépendants depuis 2ans. C’est un mimétisme musical comme elle faisait avant sauf que, cette fois-ci, elle l’a dirigé sur quelque chose de plus respectable musicalement. La mayonnaise prend très bien au niveau des productions mais la voix est souvent peu habitée. On a rarement la note parfaite. Bien que Love On The Brain soit très sympathique et qu’on retrouve très bien la patte et l’influence des travaux de Johnny Otis dans cette tentative soulful, l’interprétation reste un peu théâtrale, ça manque de saveur.  Le titre interprété par une autre prendrait une vraie dimension. Elle manque de variations et de chaleur dans la voix et ça ça ne se recopie pas. Pareil, Higher a du charme, mais sonne un peu faux, ou prête à sourire. On ne niera pas qu’elle a fait de nombreux progrès et que cette démarche soit louable, mais il y a souvent cette idée de l’adolescente de 16 ans qui a porté les habits et le maquillage de sa maman. Elle est très jolie, très charmante mais ça n’en fait pas d’elle une femme, elle reste tout de même une ado de 16 ans.

Ici, Anti est sans doute le meilleur travail de la carrière de Rihanna. Un projet respectable dans la démarche d’une pop star qui a accumulé plus de 8 projets en 11 ans, ce qui reste énorme, mais ça n’en fait pas un grand album, un pas dans la bonne direction, c’est certain, mais juste un album sympathique, ce qui reste déjà une très bonne chose dans son cas.

Triste Réalité!

13/20.